CONJUGAL
60. — Enfin, la gourmandise, quand elle est partagée, a rinfluence la plus marquée sur le bonheur qu'on peut trouver dans l'union conjugale.
Deux époux gourmands ont, au moins une fois par jour, une occasion agréable de se réunir; car, même ceux qui font lit à part (et il y en a un grand nombre] mangent du moins à la même table; ils ont un sujet de conversation toujours renaissant; ils parlent non-seulement de ce qu'ils mangent, mais encore de ce qu'ils ont mangé; de ce qu'ils mangeront, de ce qu'ils ont observé chez les autres, des plats à la mode, des inveu« tions nouvelles, etc., etc.; et on sait que les causeries familières [chit chat) sont pleines de charmes.
La musique a sans doute aussi des attraits bien puissants pour ceux qui l'aiment; mais il faut s'y mettre, c'est une besogne.
D'ailleurs, on est quelquefois enrhumé, la musique est égarée, les instruments sont discordant on a la migraine, il y a du chômage.
Au contraire, un besoin partagé appelle les époux à table, le même penchant les y retient; ils ont naturellement l'un pour l'autreces petits égards qjal annoncent ïenvie d'obliger, et la manière dont se passenl* lesre^
pas entre pour beaucoup dans le bonheur de la vie. Cette observation, assez neuve ea France, n'avait
point échappé aa moraliste anglais Fielding,, et U Ta
dévelojpée^n peignant, dans sou roman de Paméla^ la
manière diyersa 4pni âeiiix. couples nia^rl/és Qaisaeut
^^ï^ipwnéo*
Le premier est un lord, l'aîné, et par conséquent le possesseur de tous les biens de la famille.
Le second est son frère putné, époux de Paméla; déshérité à cause de ce mariage, et vivant du produit de sa demi-paye, dans un état de gène assez voisin de Tindigence.
Le lord et sa femme arrivent de différents côtés, et se saluent froidement, quoiqu'ils ne se soient pas vus de la journée. Ils s'asseyent à une table splendidement servie, entourée de laquais brillants d'or, se servent en silence et mangent sans plaisir. Cependant, après que les domestiques se sont retirés, une espèce de conversation s'engage entre eux; bientôt l'aigreur s'en mêle : elle devient querelle, et ils se lèvent furieux pour aller, chacun dans son appartement, méditer sur la douceur du veuvage.
Son frère, au contraire, en arrivant dans son modeste appartement, est accueilli avec le plus tendre empressement et les plus douces caresses. Il s'assied près d'une table frugale; mais les mets qui lui sont servis peuvent-ils ne pas être excellents? C'est Paméla elle-même qui les a apprêtés ! Ils mangent avec délices, en causant de leurs affaires, de leurs projets, de leurs amours. Une demi-bouteille de madère leur sert à prolonger le repas et l'entretien ; bientôt le même lit les reçoit, et après les transports d'un amour partagé, un doux sommeil leur fera oublier le présent et rêver un meilleur avenir.
Honneur à la gourmandise, telle que nous la présentons à nos lecteurs, et tant qu'elle ne détourne l'homme ni de ses occupations ni de ce qu'il doit à sa fortune I car, de même que les dissolutions de Sardanapale n'ont pas fait prendre les femmes en horreur, ainsi les excès de Yitellius ne peuvent
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pas faire tourner le dos à un festin savamment ordonné.
La gourmandise deyient-elle gloutonnerie, voracité, crapule^ elle perd son nom et ses avantages, échappe à nos attributions, et tombe dans celles du moraliste, qui la traitera par ses conseils, ou du médecin, qui la gué^ rira par les remèdes.
La gourmandise^ telle que le professeur Ta caracté* risée dans cet article, n'a de nom qu'en français; elle ne peut être désignée ni par le mot latin gula, n> par l'anglais gluttony, ni par Tallemand lusternhsit; nous conseillons donc à ceux qui seraient tentés de traduire ce livre instructif, de conserver le substantif, et de changer seulement l'article ; c'est ce que tous les peuples ont fait pour la coquetterie et tout ce qui s'y apporte.
NOTE d'un gastronome PATRIOTE.
le remarque avec orgueil que la coquetterie et la gourmandise, ces deux grandes modifications que l'extrême sociabilité a apportées à nos plus impérieux besoins, sont toutes deux d'origine française.
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«DITATÎON XII