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PRÉDESTINATION SENSUELLE

1. — Les prédestinés de la gourmandise sout engé» 1 d'une stature moyenne; ils ont le visage rond ou

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carré, les yeux brillants, le front petit, le nez court, les lèvres charnues et le menton arrondi. Les femmes sont potelées, plus jolies que belles, et visant un peu à Tobésite.

Celles qui sont principalement friandes ont les traits plus fins, Tair plus délicat, sont plus mignonnes, et se distinguent surtout par un coup de langue qui leur est particulier.

C'est sous cet extérieur qu'il faut chercher les convives les plus aimables : ils acceptent tout ce qu'on leur offre, mangent lentement, et savourent avec réflexion* Ils ne se hâtent point de s'éloigner des lieux où ils ont reçu une hospitalité distinguée; et on les a pour la soirée, parce qu'ils connaissent tous les jeux et passetemps qui sont les accessoires ordinaires d'une réunion gastronomique.

Ceux, au contraire, à qui la nature a refusé l'aptitude aux jouissances du goût, ont le visage, le nez et les yeux longs; quelle que soit leur taille, ils ont dans leur tournure quelque chose d'allongé. Ils ont les cheveux noirs et plats, et manquent surtout d'embonpoint; ce sont eux qui ont inventé les pantalons.

Les femmes que la nature a affligées du même malheur sont anguleuses, s'ennuient à table, et ne vivent que de boston et de médisance.

Cette théorie physiologique ne trouvera, je l'espère, que peu de contradicteurs, parce que chacun peut la vérifier autour de soi ; je vais cependant encore l'appuyer par des faits.

Je siégeais un jour à un très-grand repas, et j'avais en face une très-jolie personne dont la figure était tout à fait sensuelle. Je me penchai vers mon voisin, et lui dis tout bas qu'avec des traits pareils il était impossible que cette demoiselle ne fût pas très-gourmande. « Quelle

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ff folie ! me répondit-il ; elle a tout au plus quinze ans; € ce n'est pas encore l'âge de la gourmandise... Au surt plus, observons... >

Les commencements ne me furent pas favorables : j'eus peur de m'être compromis; car, pendant les deux premiers services, la jeune fille fut d'une discrétion qui m'étonnait, et je craignais d'être tombé sur une exception, car il y en a pour toutes les règles. Mais enfin le dessert vint, dessert aussi brillant que copieux, et qui me rendit l'espérance. Mon espoir ne fut pas déçu .'nonseulement elle mangea de tout ce qu'on lui offrit, mais encore elle se fit servir des plats qui étaient les plus éloignés d'elle. Enfin elle goûta -à tout; et le voisin s'étonnait de ce que ce petit estomac pouvait contenir tant de choses. Ainsi fut vérifié mon diagnostic, et la science triompha encore une fois.

A deux ans de là, je rencontrai encore la même personne; c'était huit jours après son mariage : elle s'était développée tout à fait à son avantage; elle laissait poin-* ter un peu de coquetterie, et étalant tout ce que la mode permet de montrer d'attraits, elle était ravissante. Son mari était à peindre : il ressemblait à un certain ventriloque qui savait rire d'un côté et pleurer de l'autre, c'est-à-dire qu^l paraissait très-content de ce qu'on admirait sa femme; mais dès qu'un amateur avait l'air d'insister» il était saisi du frisson d'une jalousie très* apparente. Ce dernier sentiment prévalut; il emporta sa femme dans un département éloigné, et là, pour moi, finit sa biographie.

Je fis une autre fois une remarque pareille sur le duc Decrès, qui a été si longtemps ministre de la marine.

On sait qu'il était gros, court, brun, crépu et carré;

qu'il avait le visage au moins rond, le menton relevé,

les lèvres épaisses et la bouche d'un géant; aussi je

1K4 MÉDIfATiOR in.

le proclQimai sur4e^clMiiiip amateur prédestiné dé' la lM)iine chère et des belles^

Cette remarque physiognoraonîqueje la coulai bien dott<îement et bien bas dans l'oreille d'une dame fort jolie et que je croyais discrète^ Héias f je me trompai;) elle était fille d'Eve, et mon secret Teàt étouffée. Aussi, dans la soirée, rExcelIence tut instruite de l'induclion scientifique que j'avais tirée de l'eneemblede ses traits.

C'est ce que j'appris le lendemain {»r une lettre fort aimable que m'écrivit le duc, et par laquelle il se dé^ fendait avec modestie de posséder ks deul qualités, d'ailleurs fort estimables, quej'avaisdéoouvertes en lui* Je ne me tins pas pour battu. Je répondis que la nature ne fait rien en vain; qu'elle l'avait évidemment formé pour de certaines missions, que, s'il ne les remplissait pas, il contrariait son vœu; qu'au reste, je n'avais aucun droit à de pareilles confidences, ete*, etc.

La correspondance resta là; mais^ peu de temps après, tout Paris fut instruite par la voie des journaux de la mémorable bataille qui eut lieu entre le ministre et son cuisinier, bataille qui fut longue, disputée, et oii rExcellence n'eût pas toujours le dessus* Or, si après une pareille aventure le cuisinier ne fut pas renvoyé (et il ne le fat pas]^ je puis, je croi^ éù tirer la conséquence que le duo était absolum^it dominé^ par les talents de cet artiste, et qu'il désespérait d'en trouver un autre qui sti flatter aussi agréablement son goût; sans quoi il n'aurait jamais pu surmonter la répu-gnance toute naturelle qu'il devait éprouver à èire servi par uili préposé aussi belliquoix

Gomme -je traçais ces lignesparîiiie belle sqîréè d'blver,li. Caitier^ ancien premier viîploii de VOpéra et démonstrateur habUe^ entrer ch0E moi et^s'asSitMi près de mon feu. J'étais plein de mon sujet» et le considérant

JiH OOUR^ÂNDS. J8ft

atee attëMîoïi î « Cher professeur, Itti dîâje, cfolhi^èttl f se feîWi que vous iie soyet pas gout^matid, quiahd i tous êtt ^Vez tous tes tfaîts?— Je Télialà très-fort, réipotidit^îl, ùiàié je m'abstiens, — Serait-ce par saf gesse? » lui réplîquai-je. Il ne répondit pas, mais il poussa ûtt soupîi' à la Walter Scott, c'est-à-diré tout à fait semblable à un gémissement.

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