RECHERCHE A FAIRE
87. — Quand le fluide nerveux est ainsi porté au cerveau, il y afflue toujours par les couloirs destinés à l'exercice de quelqu'un de nos sens, et voilà pourquoi il y réveille certaines sensations ou séries d'idées préférablement à d'autres. Ainsi, on croit voir quand c'est le nerf optique qui est ébranlé, entendre quand ce sont les nerfs auditifs, etc. ; et remarquons ici comme singularité, qu'il est au moins très-rare que les sensations qu'on éprouve en rêvant se rapportent au goût et à l'odorat ; quand on rêve d'un parterre ou d'une prairie» on voit des fleurs sans en sentir le parfum; si l'on croit assister à un repas, on en voit les mets sans en
savourer le goût.
SIO HÉSITATION XIX.
Ce serait un travail digne des plus savants que de rechercher" pourquoi deux de nos sens n'impressionnent point rame pendant le sommeil, tandis que les quatre autres jouissent de presque toute leur puissance. Je ne connais aucun psychologue qui^ s'en soit occupé.
Remarquons aussi que plus les affections que nous éprouvons en dormant sont intérieures, plus elles ont de force. Ainsi, les idées les plus sensuelles ne sont rien auprès des angoisses qu'on ressent si on rêve qu'on a perdu un enfant chéri, ou qu'on va être pendu. On peut se réveiller en pareil cas tout trempé de sueur ou tout mouillé de larmes.
NÀTBRErDES SONGES.
88. — Quelle que soit la bizarrerie des idées qui quelquefois nous agitent en dormant, cependant, en y regardant d'un peu près, on verra que ce ne sont que des souvenirs ou des combinaisons de souvenirs. Je suis tenté de dire que les songes ne sont que la mémoire des sens.
Leur étrangeté ne consiste donc qu'en ce que Passociation de ces idées est insolite, parce qu'elle s'^st affranchie des lois de la chronologie, des convenances et du temps; de sorte que, en dernière analyse,, personne n'a jamais rêvé à.ce. qui lui était auparaiiaat tout à fait inconnu.
On ne s'étonnera pas de la singularité de^ no&^réves si Ton réfléchit que, pour l'homme éveillé^ quatrepuisssauces se surveillent et se rectifient réciproquemmt^. savoir : la. vue, l'ouïe, Je toucher et la mémoire; au lieuii ' que, chez celui qui dort.,. chaque^ sens. esé abandonnera» ses. seules ressources.
Je seraistenté deicompanen ces deux états du cerve&ui
DES RÊVBS. 2il
m piano près duquel serait assis un musicien qui, ant par distraction les doigts sur les touches, y forerait par réminiscence quelque mélodie, et qui pourit y ajouter une harmonie complète, s'il usait de tous 5 moyens. Cette comparaison pourrait se pousser laucoup plus loin, en ajoutant que la réflexion est IX idées ce que l'harmonie est aux sons; et certaines ées en contiennent d'autres, tout comme un son prinpal en contient aussi d'autres qui lui sont seconlires, etc.^ etc.