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INCONVÉNIENTS DE L'OBÉSITÉ

<04. —L'obésité a une influence fâcheuse sur les deux sexes en ce qu'elle nuit à la force et à la beauté.

Elle nuit à la force, parce qu'en augmentant le poids de la masse à mouvoir, elle n'augmente pas la puissance motrice; elle y nuit encore en gênant la respiration, ce qui rend impossible tout travail qui exige un emploi prolongé de la force musculaire.

L'obésité nuit à la beauté en détruisant l'harmonie de proportion primitivement établie; parce que toutes les parties ne grossissent pas d'une manière égale.

Elle y nuit encore en remplissant des cavités que la nature avait destinées à faire ombre : aussi, rien n'est si commun que de rencontrer des physionomies jadis

DE 4i'^BiaBC£. 23S

très-piquantes ^t qae Tobësité a randues à peu prâa iih* signifiantes.

Le cbef du dernier gwwmemeut n'aiaU pas échappé i cette loi. Il avait fort engraissé dans ses dernières campagnes; de p&le, il étaitdevenu blafard» et ses yeux avaient perdu une partie de leiur fierté.

L'obésité entraîne avec elle le dégoût pour la danse, la promenade, l'équîtationy «ou Tinaptitude pour toutes les occupations ou amusements qui exigent un peu d'agilité ou d'adresse.

Elle prédispose aussi à diverses maladies, telles que l'apoplexie, l'hydropisie, les ulcères aux jambes, et rend toutes les autres affections plus difficiles à guérir.

XXBKFLES O'OBÊSITÉ.

405. -* Parmi les héros corpulents, je n'ai gardé le ^avenir que de Marins et de Jean Sobieski.

Marins, qui était de petite taille, était devenu aussi large que long, et c'est peut-être cette énormité qui effraya le Cimbre chargé de le tuer.

Quant au roi de Pologne, son obésité pensa lui être Funeste; car, étant tombé dans un gros de cavalerie turque devant lequel il fut obligé de fuir, la respiration lui manqua bientôt, et il aurait été infailliblement massacré, si quelques-uns de ses aides de camp ne Tavaient soutenu presque évanoui sur son cheval, tandis que d'autres se sacrifiaient généreusement pour arrêter l'en- BemL

Si je ne me trompe; le duc de Vendôme, ce digne hls du grand Henri, était aussi d'une corpulence remarquable. Il mourut dans une auberge, abandonné de tout le monde, et conserva assez de connaissance pour voir le dernier de ses gens arracher le coussin sur

lequel il reposait au moment de rendre le dernier soupir.

Les recueils sont pleins d'exemples d'obésité monstrueuse; je les y laisse pour parler en peu de mots de ceux que j'ai moi-même recueillis.

M. Rameau, mon condisciple, maire de la Chaleur, en Bourgogne, n'avait que cinq pieds deux pouces, et pesait cinq cents.

M. le duc de Luynes, à côté duquel j'ai souvent siégé, était devenu énorme; la graisse avait désorganisé sa belle figure, et il passa les dernières années de sa vie dans une somnolence presque habituelle.

Mais ce que j'ai vu de plus extraordinaire en ce genre était un habitant de New-Yorck, que bien des Français encore existants à Paris peuvent avoir vu dans la rue de Broadway, assis sur un énorme fauteuil dont les jambes auraient pu porter une église.

Edouard avait au moins cinq pieds dix pouces, mesure de France, et comme la graisse l'avait gonflé en tout sens, il avait au moins huit pieds de circonférence. Ses doigts étaient comme ceux de cet empereur romain à qui les colliers de sa femme servaient d'anneaux; ses bras et ses cuisses étaient tubulés, de la grosseur d*un homme de moyenne stature, et il avait les pieds comme un éléphant, couverts par l'augmentation de ses jambes; le poids de la graisse avait entraîné et fait bâiller la paupière inférieure; mais ce qui le rendait hideux à voir, c'étaient trois mentons en sphéroïdes qui lui pendaient sur la poitrine dans la longueur de plus d'un pied, de sorte que sa figure paraissait être le chapiteau d'une colonne torse.

Dans cet état, Edouard passait sa vie assis près de la fenêtre d'une salle basse qui donnait sur la rue, et buvant de temps en temps un verre d'ale, dont un pitcher de grande capacité était toujours auprès de lui.

Une figure aussi extraordinaire ne pouvait pas manquer d'aprêter les passants; mais il ne fallait pas qu'ils y missent trop de temps, Edouard ne tardait pas à les mettre en fuite, en leur disant d'une voix sépulcrale : « What hâve you to stare like wild cats !. . . Go your way «you, lazy body... Be gone you good for nothing, «dogs... » (Qu'avez-vous à regarder d'un air effaré, comme des chats sauvages?... Passez votre chemin, paresseux... Allez-vous-en, chiens de vauriens!) et autres douceurs pareilles.

L'ayant souvent salué par son nom, j'ai quelquefois causé avec lui; il assurait qu'il ne s'ennuyait point, qu'il n'était point malheureux, et que si la mort ne venait point le déranger, il attendrait volontiers ainsi la fin du monde.

De ce qui précède il résulte que si l'obésité n'est pas une maladie, c'est au moins une indisposition fâcheuse, dans laquelle nous tombons presque toujours par notre faute.

Il en résulte encore que tous doivent désirer de s'en préserver quand ils n'y sont pas parvenus, ou d'en sortir quand ils y sont arrivés; et c'est en leur faveur que nous allons examiner quelles sont les ressources que nous présente la science aidée de l'observation.

TRAITEMENT PRÉSERVATIF OU GllRATIF

406. — Je commence par un fait qui prouve qu'il faut du courage, soit pour se préserver, soit pour se guérir de Fobésité.

M. Louis GrefiFulhe, que Sa Majesté honora plus tard du titre de comte, vint me voir un matin, et me dit qu'il avait appris que je m'étais occupé de l'obésité; qu'il en était fortement menacé, et qu'il venait me demander des conseils.

€ Monsieur, lui dis-je, n'étant pas docteur à diplôme, € je suis maître de vous refuser; cependant je suis à vos € ordres, mais à une condition ; c'est que vous donnerez € votre parole d'honneur de suivre, pendant un mois, f avec une exactitude rigoureuse, la règle de conduite € que je vous donnerai. »

if. Greflfulhefit la promesse exigée, en me prenant h main, et dès le lendemain je lui délivrai mon fetva, dont le premier article était de se peser au commencement et à la fin du traitement, afin d'avoir une base mathématique pour en vérifier le résultat.

1. Il 7 a environ vingt ans que j'avais entrepris un traité ex profeêto fobésité. Mes lecteurs doivent surtout en regretter la préface : elle avait la romt dramatique, et j'y prouvais à un médecin que la fièvre est bieu moins daogtreuse qu'un procès, car ce dernier, après avoir fait courir, attendre, mentir^ pester le plaideur, après l'avoir indéfiniment privé de repos, de joie et d'aegent, finissait encore par le rendre malade et le faire mourir de malmort : vérité tout aussi bonne à propager qu'aueuoe autre»

TRAITEMENT DE L'OfiÉfilTÉ. 239

A un mois de là, M. Greffulhe revint me voir, et me parla à peu près en ces termes :

f Monsieur, dit-il, j'ai suivi votre prescription comme € si ma vie en avait dépendu, et j'ai vérifié que dans le €mois, le poids de mon corps a diminué de trois livres, tmême un peu plus. Mais, pour parvenir à ce résultat, € j'ai été obligé de faire à tous mes goûts, à toutes mes

< habitudes, une telle violence, en un mot, j'ai tant

< souffert, qu'en vous faisant tous mes remerciments de

< vos bons conseils, je renonce au bien qui peut m'en « provenir, et m'abandonne pour l'avenir à ce que la f Providence en ordonnera. »

Après cette résolution, que je n'entendis pas sans peine, l'événement fut ce qu'il devait être; M. Greffulhe devint de plus en plus corpulent, fut sujet aux inconvénients de Textrême obésité, et, à peine âgé de quarante ans, mourut des suites d'une maladie suffocatoire à laquelle il était devenu sujet.

6ÉNÉRALITÉS.

<07. — Toute cure de l'obésité doit commencer par ces trois préceptes de théorie absolue : discrétion dans le naanger, modération dans le sommeU, exercice à pied ou à cheval.

Ce sont les premières recsoufces que nous présente la science : cependant j'y compte peu, parce que je coûDais les hommes et les choses, et que toute prescription qui n'est pas exécutée à la lettre ne peut pas produire d'effet.

Or, 1® il faut beaucoup de caractère pour sortir de table avec appétit; tant que ce besoin dure, un morceau appelle l'autre avec un attrait irrésistible ; et en général Qu mange tant qu'on a faim, en dépit des docteurs, et même à l'exemple des docteurs.

2** Proposer à des obèses de se lever matin, c'est leur percer le cœur : ils vous diront que leur santé s'y oppose ; que, quand ils se sont levés matin, ils ne sont bons à rien toute la journée; les femmes se plaindront d'avoir les yeux battus; tous consentiront à veiller tard, mais ils se réserveront de dormir la grasse matinée; et voilà une ressource qui échappe.

30 Monter à cheval est un remède cher, qui ne convient ni à toutes les fortunes ni à toutes les positions.

Proposez à une jolie obèse de monter à cheval, elle y consentira avec joie, mais à trois conditions : la première, qu'elle aura à la fois un beau cheval, vif et doux; la seconde, qu'elle aura un habit d'amazone frais et coupé dans le dernier goût; la troisième, qu'elle aura un écuyer d'accompagnement complaisant et beau garçon. Il est assez rare que tout cela se trouve, et on n'équite pas.

L'exercice à pied donne lieu à bien d'autres objections : il est fatigant à mourir, on transpire et on s'expose à une fausse pleurésie; la poussière abîme les bas, les pierres percent les petits souliers, et il n'y a pas moyen de persister. Enfin si, pendant ces diverses tentatives, il survient le plus léger accès de migraine, si un bouton gros comme la tête d'une épingle perce la peau, on le met sur le compte du régime, on l'abandonne, et le docteur enrage.

Ainsi, restant convenu que toute personne qui désire voir diminuer son embonpoint doit manger modérément, peu dormir, et faire autant d'exercice qu'il lui est possible, il faut cependant chercher une autre voie pour arriver au but. Or, il est une méthode infaillible pour empêcher la corpulence de devenir excessive, ou pour la diminuer, quand elle en est venue à ce point. Cette méthode, qui est fondée sur tout ce que la phy-

sique et la chimie ont de plus certain, consiste dans un régime diététique approprié à l'effet qu'on veut obtenir.

De toutes les puissances médicales, le régime est la première, parce qu'il agit sans cesse, le jour, la nuit, pendant la veille, pendant le sommeil ; que Teffet s'en rafraîchit à chaque repas, et qu'il finit par subjuguer toutes les parties de l'individu. Or, le régime anti-obésique est indiqué par la cause la plus commune et la plus active de l'obésité, et puisqu'il est démontré que ce n'est qu'à force de farines et de fécules que les congestions graisseuses se forment, tant chez l'homme que chez les animaux; puisque, à l'égard de ces derniers, cet effet se produit chaque jour sous nos yeux, et donne lieu au commerce des animaux engraissés, on peut en déduire, comme conséquence exacte, qu'une abstinence plus ou moins rigide de tout ce qui est farineux ou féculent conduit à la diminution de l'embonpoint.

« 0 mon Dieu ! allez-vous tous vous écrier, lecteurs et « lectrices, ô mon Dieu ! mais voyez donc comme le « professeur est barbare I voilà que d'un seul mot il « proscrit tout ce que nous aimons, ces pains si blancs

« de Limet, ces biscuits d'Achard, ces galettes de et

« tant de bonnes choses qui se font avec des farines et « du beurre, avec des farines et du sucre, avec des f farines, du sucre et des œufsl II ne fait grâce ni aux f pommes de terre, ni aux macaronis! aurait-on dû f s'attendre à cela d'un amateur qui paraissait si bon ?

« — Qu'est-ce que j'entends là? ai-je répondu en pre- « nant ma physionomie sévère, que je ne mets qu'une « fois l'an ; eh bien, mangez, engraissez; devenez laids, « pesants, asthmatiques, et mourez de gras-fondu ; je « suis là pour en prendre note, et vous figurerez dans tma seconde édition... Mais que vois-je? une seule « phrase vous a vaincus; vous avez peur, et vous priez

€ pour suspendre la foudre... Rassurez-vous; je rais € tracer votre régime, et vous prouver que quelques € délices vous attendit encore sur cette terre où Ton c vit pour manger*

€ Vous aimez, le prât : eh bien, vous mangerez du pain € de seigle : Testimable Cadet de Taux en a depuis € longtemps préconisé les vertus; il est moins nour- € rissant, et surtout il est moins agréable : ce qui rend € le précepte plus facile à remplir. Car pour être sûr de € soi il faut surtout fuir la tentation. Retenez bien cec;^ € c'est de la morale»

€ Vous aimez le potage, ayez-le à la julienne, aux € légumes verts, aux choux, aux racines; je vous in- € terdis pains, pâtes et purées.

f Au premier service tout est à votre usage, à peu € d'exceptions près : comme le riz aux volailles et la € croûte des pâtés chauds. Travaillez, mais soyez cirf conspects, pour ne pas satisfaire plus tard un besoin € qui n'existera plus.

€ Le second service va paraître, et vous aurez besoÎK € de philosophie. Fuyez les farineux, sous quelque € forme qu'ils se présentent; ne vous reste-t-il pas le € rôti, la salade, les légumes herbacés? et puisqu'il faut € vous passer quelques sucreries, préférez la crème au « chocolat et les gelées au punch, à l'orange et autres IL pareilles.

€ Voilà le dessert. Nouveau danger : mais si jusquec là vous vous êtes bien conduit, votre sagesse ira tou- € jours croissant. Défiez-vous des bouts de table (ce sont f toujours les brioches plus ou moins parées); nere- « gardez ni aux biscuits ni aux macarons; il vous reste € des fruits de toute espèce, des confitures, et bien des € choses que vous saurez choisir si vous adoptez mes € principes.

f Après dîner, je vous ordonne le café, vous permets f la liqueur, et vous conseille le thé et le punch dans € roccasion.

« Au déjeuner, le pain de seigle de rigueur, le cho- € colat plutôt que le café. Cependant je permets le caW < au lait un peu fort; point d'œufs, tout le reste à vo- € lonté. Mais on ne saurait déjeuner de trop bonne € heure. Quand on déjeune tard, le dîner vient avant € que la digestion soit faite; on n'en mange pas moins; i et cette mangerie sans appétit est une cause de Tobé- € site très-active, parce qu'elle a lieu souvent. »

StJITE DU RÉGIME.

408. — Jusqu'ici je vous aï tracé, en père tendre et un peu complaisant, les limites d'un régime qui repousse l'obésité qui vous menace : ajoutons-y encore quelques préceptes contre celle qui vous a atteints.

Buvez, chaque été, trente bouteilles d'eau de Seltz, un très-grand verre le matin , deux avant le déjeuner, et autant en vous couchant. Ayez à Tordinaire des vins blancs, légers et acidulés, comme ceux d'Anjou. Fuyez la bière comme la peste, demandez souvent des radis, des artichauts à la poivrade, des asperges, du céleri, des cardons. Parmi les viandes, préférez le veau et la volaille; du pain, ne mangez que la croûte; dans le cas douteux, laissez-vous guider par un docteur qui adopte mes principes ; et quel que soit le moment où vous aurez commencé à les suivre, vous serez avant peu frais, jolis, lestes, bien portants et propres à tout.

Après vous avoir ainsi placés sur votre terrain, je dois aussi vous en montrer les écueils, de peur que, emportés par un zèle obésifuge, vous n'outrepassiez le but.

244 MÉDITATION XXIî.

L'écueil que je veux signaler est Tusage habituel des acides que des ignorants conseillent quelquefois, et dont l'expérience a toujours démontré les mauvais effets.

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