BRETAGNE ILE DE JERSEY ANGLETERRE
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à la fondation de la Minerve française (1), où bientôt écrira Benjamin Constant; il devient un des directeurs en titre du Constitutionnel, un des leaders de l'opposition. Il fournit une longue et brillante carrière politique. Le 13 novembre 1820, il est élu député, à quarantetrois ans (2), par le département de la Meuse, où sa popularité était extrême, bien qu'il n'en fut pas originaire, et qui le réélit successivement le 16 mai 1822, le 17 novembre 1827, le 23 juin 1830. Orateur d'affaires, il luttera avec avantage contre le ministère Polignac, et il adhérera avec élan, — plus volontiers encore que Benjamin Constant, — au gouvernement de Juillet. Le collège de la Meuse lui continuera sa confiance (5 juillet 1831, 2L juin 1834, 4 novembre 1837) ; l'Académie lui rendra son fauteuil (3 avril 1829) ; enfin, il sera créé pair de France le 7 novembre 1839. — Tel est son curri-
(1) Ses Lettres sur Paris, dans ce recueil, eurent un grand retentissement.
(2) Sur les conditions censitaires d'éligibilité, à cette date, voir dans Y Almanach royal le texte (trois pages et demie) de la Charte constitutionnelle donnée par Sa Majesté' Louis XVLIL en 1814 (74 articles) : « Art. 37. Les députés seront élus pour cinq ans, et de manière que la Chambre soit renouvelée chaque année, par cinquième. — Art. 38. Aucun député ne peut être admis dans la Chambre, s'il n'est âgé de quarante ans, et s'il ne paie une contribution directe de 1,000 francs. » — Ces dernières clauses sont éminemment défavorables aux jeunes ambitions et contraires, par la taxe pécuniaire, à l'esprit démocratique.
culum vitœ, son cursus honorum, comme disaient les vieux Romains.
Les rapports de police provoqués par les allées et venues d'Etienne dans la région de l'Est sont tous (entre 1822 et 1829) d'une insignifiance ou d une puérilité navrante. Il est clair qu'il n'y avait guère à mordre sur sa vie extérieure; il est inoffensif, doux, pacifique, au cours de ses promenades en province. Rien de spécial à lui reprocher, et sa présence ne fait aucune sensation, ce qui n'est pas pour surprendre ; à peine, de loin en loin, une pauvre petite sérénade, un modeste banquet (août 1822J. Il est surveillé, serré de près par le préfet de la Meurtrie, vicomte Alban de Villencuve-Bargemont (maître des requêtes), légèrement inquiet de ses tournées sans motif connu. Une fois, en 1823, à déjeuner, dans une réunion en petit comité, « il paroitroit que le sieur Etienne a cherché à rassurer les personnes de son opinion sur les affaires d'Espagne (l). » — Un autre jour, un rapport du secrétaire général Servais, de la préfecture de la Meuse (14 juillet 1823), nous montre Etienne soutenu dans sa campagne électorale par Manuel (2) et plusieurs personnes, qui
(1) Lettre du commandant de gendarmerie de la Meurthe (22e légion) ; police générale du royaume \ Nancy, le 30 mai 1823.
(2) Le célèbre Jacques-jLutoine Manuel (1775-1827), l'ancien volontaire de 1792, qui, nommé représentant aux Cent-Jours,
LA POLICE ET L'INTÉRIEUR (l827-183i)) 235
de là se sont rendues aux eaux (1) . — Enfin (4 avril 1 8 2 9) , il a reçu les félicitations des étudiants, lors « de sa nomination à la place d'académicien » , ou plutôt de sa réintégration, comme on Fa vu plus haut (2) . Suit le compte rendu, en substance, de la réponse qu'il leur fit. — Et c'est tout!
Un homme ne se rend pas suspect à si peu de frais.
Maintenant, voyons ce qu'ils ont fait pour Benjamin Constant. Celui-là leur a donné plus de mal, leur a coûté plus de temps et plus d'encre. Nous ne grossirons point par des gloses inutiles le recueil de pièces, — respectable à ce seul titre, j'entends par ses dimensions, — qui forme 1 objet d'un prochain chapitre. Quelques notes explicatives nous suffiront. Il sera loisible au lecteur de faire par lui-même les réflexions et de tirer toutes les conséquences que ce curieux dossier comporte.
demanda que Napoléon II fut élu empereur et s'opposa de tout son pouvoir au retour des Bourbons. Député (1818) de la Vendée, où il combattit éncrgiquement la réaction royaliste, orateur d'un incontestable talent, il attaqua, en 1823, le projet de guerre en Espagne et fut expulsé de l'enceinte du Parlement manu militari, avec éclat.
(1) Détail plaisant; Etienne trouve moyen de dépister sur ses gites les meilleurs limiers : « La police n'a pu découvrir où il a couché la nuit dernière. Il n'a été déclaré par aucun aubergiste ou logeur. » (Lettre du -préfet de la Meurthe, vicomte de Villeneuve, au minisire de l'intérieur, de Corbière) .
(2) Il y avait, par le fait, dix-huit ans qu'il appartenait à 1 Académie française.