PRÉAMBULE
Benjamin Constant n'avait, au total, été que peu tracassé par le gouvernement consulaire et le gouvernement impérial. Tout en l'éloignant, on lui témoignait
encore une certaine estime; il fut même, à la fin, dans les bonnes grâces du prince, qui recourut à lui pour tâcher de galvaniser sa puissance ébranlée. Mais c'est surtout auprès des derniers ministres de Charles X qu'il ne fut pas en odeur de sainteté. Alors on surveilla tous ses déplacements, ses moindres allées et venues; tous le molestèrent, l'injurièrent à qui mieux mieux. C'est un espionnage en règle, un réquisitoire de tous les instants. Qu'on lui offre un punch, un banquet, un feu d'artifice, une parade en musique ou une coupe ciselée, rien ne leur échappe; ils voient tout cela d'un visage courroucé; ou tout au moins ils feignent, par respect de la consigne, de s'en émouvoir (1). Esmangart, qui le déteste, s'en donne à cœur joie de le dénoncer. Le préfet de Bordeaux, Breteuil, écrivant au ministre de l'intérieur (2), enfourche ses grands chevaux; pour un peu, il promettrait de tenir en chartre privée cet individu. En
(1) Sur les alarmes du préfet Esmangart, augurant, non sans raison, que les ovations présageaient une candidature, cf. Coulmann, Réminiscences, t. III, pp. 140-142. — Une lettre bien comique aussi d'Esmangart est celle où il accuse B. Constant d'avoir répandu ou fait répandre à dessein le bruit de la chute du ministère, pour profiter de l'émoi des esprits.
(2) Le département de l'Intérieur est, à cette époque, rue de Grenelle, n° 101. — Rappelons ici les noms des ministres qui s'y sont succédé de 1821 à 1830 : le comte Corbière (14 décembre 1821-4 janvier 1828). Intérim : Peyronnct (6 septcmbre- 29 octobre 1822); id. (9 juillet-2 août 1825) ; ici. (30 août-19 septembre 1826). Villîlc (intérim; 31 octobre 1827-4 janvier 1828). Vicomte deMartignac (4janvier 1828-8 août 1829) . Du 27 août 1828 au 26 septembre 1828, intérim du comte Portalis, garde des sceaux. — Du 8 août 1829 au 18 novembre 1829, le comte de Labourdonnayc. Du 18 novembre 1829 au 19 mars 1830, le baron de Montbel. Du 19 mars 1830 au 27 juillet 1830, le comte de Peyronnet. — En tout, cinq ministres seulement.
tout cas, il s'engage à ouvrir l'œil sur lui,... et Je bon. Ancien préfet <lu Mans, BreteuiL, je le soupçonne, a dû
avoir maille à partir avec Benjamin Constant dans la Sartbe, alors <[ue celui-ci était député du département.
u Que signifient, s'exclament ces messieurs, ces orgies, ces saturnales au rabais, ces applaudissements soudoyés, ces festins composés en majorité de convives médiocres, de gens racolés, de petits commerçants, d'hérétiques en goguettes? » — Voilà comment s'exprime, à peu près, Esmangart, dans son message (bien curieux à tous égards) au ministre de l'intérieur, à la date du 5 octobre 1827.
Eh ! sans doute, il y avait dans ces réceptions, si l'on veut, un élément un peu drôle. C'est l'histoire courante de la plupart des manifestations populaires, je dis les plus tapageuses, celles où « les acclamations spontanées et l'enthousiasme unanime » coûtent parfois une très laborieuse préparation (1). Pour autant qu'on peut hasarder de pareils rapprochements, et toutes proportions gardées, ne vîmes-nous pas, aux jours du boulangisme, de fâcheuse mémoire, ce que vaut l'engouement des masses, et les trésors d'illusion d'une foule qui jauge la capacité d'un général d'après la hauteur de son panache ou l'âme d'un patriote à la sonorité de sa voix? — Mais enfin, Benjamin Constant prenait ces cris pour argent comptant, et cela suffisait à son bonheur. Il était heureux alors; il se sentait vivre. Il avoue lui-môme qu'il adore la popularité, qu'il la recherche, qu'il en jouit avec délices. Jamais il n'était de meilleure humeur, d'esprit plus pétillant, que lorsqu'il venait de se montrer au balcon entre deux chandelles, pour saluer les attroupements. Alors il connaissait l'entrain,
(1) Cf. la jolie comédie d'Éo. Pailleron, Cabotins.
la verve. Les mots plaisants abondaient sur ses lèvres. Il laissait volontiers venir à lui les bambins des écoles, même mal lavés: les clameurs enfantines le ravissaient : u Lorsqu'il arriva cbez moi, à Brumath, conte Coulmann (Rem., III, 70), la Société musicale vint lui donner une sérénade, les habitants accoururent presque tous pour l'acclamer; il y eut foule dans la cour, et des enfants du milieu desquels s'échappaient toutes sortes d'odeurs le serraient de près. « Laissez-les s'approcher, « dit-il; un empereur romain prétendait que le corps « mort d'un ennemi ne sentait jamais mauvais; je « trouve que les corps de mes amis vivants sentent touu jours bon. » — Le trait est un peu cru, un peu réaliste, mais assez spirituel. Il est d'un vrai démocrate de savoir respirer sans broncher la sueur du peuple.
Si l'on veut mesurer la puissance de séduction exercée par Benjamin Constant sur ses amis, même de fraîche date, c'est aux Réminiscences qu'il faudra s'adresser. Coulmann est un apologiste incomparable ; mieux, un panégyriste convaincu. Tout en regrettant des faiblesses qui n'échappent point à son œil avisé, il défend son cher grand homme contre les injustes reproches de Guizot (1) ; et nous aimons mieux croire l'apprenti libéral, disciple de Constant, qu'était Coulmann à cette date, que d'adhérer aux rigides sentences du rancunier doctrinaire, devint qui nul, à peu près, ne trouvait grâce. — Dès la première heure où Benjamin Constant a posé le pied sur le sol de l'Alsace, Jacques Coulmann s'est mis à sa dévotion; il l'héberge en son logis, il s'institue son cicérone, il lui sert d'introducteur chez les notables de
(1) Voy. Coulmann, Réminiscences, t. III, p. 60.
la région. Un jour, il le conduit à ces merveilleuses ruines du Schlosswald que M. Frédéric Hartmann avait entourées d'un admirable parc; une autre fois, Constant parcourt sous ses auspices les gracieuses campagnes ou visite les fertiles vallons dont la vue lui rappelle en miniature les gorges de sa Suisse natale (l). Rentré dans ses pénates, et dès sa seconde lettre (De Paris, rue cT Anjou-Saint-Honoré, n° 45 ; ce 30 juillet 1823), Benjamin remercie chaudement son cher hôte : « Je suis bien reconnaissant, lui écrit-il, de toute la peine que vous avez bien voulu prendre pour m'indiquer les moyens de me fixer dans votre excellente Alsace. » — Il y a, dans cette correspondance toute familière, plusieurs billets envoyés de Bade, où il annonce son arrivée, où il consulte Coulmann sur le choix d'un hôtel, etc.
Le 9 nov. 1827, il lui écrit de Paris : « Vous nous dites de bien aimables choses sur notre séjour à Brumath; vous nous y avez rendus bien heureux ; mais vous nous avez gâté celui de Paris. Depuis que j'ai été l'objet d'une affection alsacienne, je ne peux me faire à l'indifférence de la capitale, et ma femme regrette sans cesse ce qu'elle appelle l'Allemagne, ce qui est dans sa bouche un bien grand éloge. Vous et moi, nous réclamons l'Alsace pour la France; et certes, si elle a la solidité allemande, elle a aussi l'énergie française. Mais, pour en revenir à
(1) Coulmann aimait à recevoir dans son rustique Brumath, ou ii .Strasbourg, les personnalités célèbres. M"e Mars y est venue (cf. Rémin., t. III, pp. 33 sqq.). — On trouve dans les Réminiscences (t. III, chap. xu, pp. 90 sqq.) toute une série de lettres adressées par Constant au patriote alsacien. — Cf. aussi, au chap. xvi, pp. 143-146, la superbe description des fêtes offertes à Foy et à Benj. Constant par Frédéric Hartmann en son domaine de Schlosswald (vallée de Munster, Haut-Rhin).
Brumath, Brumath et Miiiister sont deux paradis à part. Le souvenir des jours que nous y avons passés, l'espoir d'y retourner dès que la saison des fleurs reviendra, telles sont nos idées fixes, et nous comptons les jours et les heures. » — Quelle gentille lettre intime ! et quel joli jugement, bien français, porté par ce bon patriote sur l'Alsace, que son épouse allemande confond par une triste anticipation avec la terre d'outre-Rhin ! . . .
D'autres lettres sont simplement politiques : « La circonspection de Tiïrckheim modère le courage de Saglio (1). Cependant le Bas-Rhin ne laissera pas le Haut-Rhin donner seul des preuves de son patriotisme constitutionnel. »
Les Réminiscences conservent encore les fragments des souvenirs qu'à la campagne, à Brumath, en 1828, durant les lentes soirées d'automne, et tandis qu'ils étaient tous deux seuls, Constant avait coutume de dicter à son ami Goulmann : récits de coin du feu, esquisses familières des événements où, depuis quinze ans, Benjamin avait joué son rôle. Coulmann les recueillait en scribe fidèle, admirant la précision, la netteté, la vigueur, l'amertume parfois de ces épanchements impromptus, de « ces portraits, dit-ii, où le burin de Tacite se mêle au trait de Saint-Simon : improvisations qui découlent d'une longue méditation (2)... » La lecture, effectivement, en est instructive et agréable, et fait regretter que l'auteur de ces notes rapides n'ait point laissé des Mémoires complets, où la passion, certes, n'eût pas
(1) Nous verrons souvent figurer tout à l'heure ces deux personnages, députés du département. — Cette lettre à (loulmann (i datée de Munster, 30 novembre 1829.
(2) Coulmann, Réminiscences, t. III, chap. vin, pp. 44-56; treize pages serrées d'impression.
manqué, mais d'où se fussent détachés en plein relief, comme sous le ciseau d'un maître sculpteur, tant de faits et de caractères saillants.
J'ai dépouillé, aux Archives nationales, une liasse assez volumineuse, près de cent pièces (exactement quatre-vingt-dix-neuf), de documents de police relatifs à la vie politique de Benjamin Constant, de 1814 (l) à 1830. Ces documents concernent, en grande majorité, les campagnes électorales en Alsace (2} (de 1827 à 1830). Quelques-uns, pourtant, — les premiers qu'on rencontrera — ont trait aux années antérieures à ces voyages. Toutes ces pièces, sans exception, nous ont paru bonnes à retenir ; elles valent par leur suite même ; elles s'enchaînent étroitement, depuis l'épître où Constant exprime à Sieyès son vif désir de participer aux affaires du pays, jusqu'aux rapports officiels où l'on sent que, malgré tous les efforts tentés pour battre en brèche sa candidature, l'ancien député libéral gagne du terrain, affermit sa situation, conquiert les suffrages des électeurs, et, finalement, regagne de haute lutte son siège à la gauche du Parlement.
(1) Quelques pièces sont bien antérieures à cette date.
(2) Cet important dossier est inscrit sous la cote F7 6719. — • J'ai feuilleté également, sans y rien trouver qui, cadrât avec mon sujet, les pièces enfermées dans le carton Flc. m, Léman 2.
La collection d'autographes (n° 220, section moderne) ma fourni la remarquable lettre de Benjamin Constant à Sieyès qui tigure au seuil de ce chapitre (pp. 310-311).
Lettre de Benjamin Constant à Sieyès.
« Citoyen Consul,
« Sans la gradualite (1), qui probablement va faire partie de la constitution nouvelle, je ne vous écrirais assurément pas pour vous demander une place. Celle de député étoit la seule que je désirais, parce que je crois que j'y servirais la liberté. Mais puisque l'on dit que dès (2) les élections procbain.es, il faudra, pour y arriver, avoir été administrateur de département ou commissaire, j'ai cru devoir faire une démarcbe pour être nommé, soit dans le Léman, où je suis né, et où je pourrais être fort utile à Genève, qui a beaucoup souffert sous le Directoire, soit dans Seine-et-Oise, où je suis domicilié depuis plusieurs années (3), et administrateur municipal depuis trois. Je préférerais ce dernier, comme méloignant moins de vous. Quant à celui du Léman, on y nommera, je crois, le citoyen Girod, député de
(1) Gradualite est un terme de formation récente, un néologisme marqué d'une croix dans le Dictionnaire de LiïtrÉ, ce qui signifie que le mot ne ligure pas dans le dictionnaire de l'x\cadémie : « Motion pour qu il soit établi une gradualite dans les élections aux fonctions publiques. » Mirabeau, Collection, t. II, à la Table.
(2) Mot rajouté dans l'interligne.
(3) A Luzarclies (voir les Lettres a Fauriel).
L'Ain (1), homme estimable sous tous les rapports: mais on assure qu'on adjoindra un simple citoyen à chaque député, chargé de mission pareille.
« Vous jugerez, Citoyen Consul, si ce que je désire est possible ou convenable. Aujourd'huy que les destinées de la République se rattachent à votre nom, il me serait doux de la servir, sous ce nom qui rappelle à l'Europe les premiers principes de la liberté. Si l'usage du Consulat étoit de laisser ces nominations subordonnées aux autorités immédiatement supérieures, et que vous voulussiez bien m'en instruire, je crois pouvoir répondre de l'appui de plusieurs noms honorables. Sans leur en avoir encore parlé, je nommerai Daunou, Boulay, Cabanis; que ne puis-je ajouter Baudin?
« Salut, respect, dévouement sans bornes. »
Rue Greuelle Germain, n° 362.
Ce 24 brumaire an VIII (8).
(Suscription : « Au citoyen Sieyes (sic), Consul de la République française (2). Pour lui seul. » — Pas de timbre postal.)
(1) Nous retrouvons beaucoup plus tard {Almanach royal, 1822, p. 129, le baron Girod, député de l'Ain (rue Saint-Gerinnindes-Prés, n° 15). En 1830 (cf. Almanach royal, p. 145), le même Girod, de l'Ain, représente l'Indre-et-Loire.
(2) Cette lettre intéressante, transcrite d'une superbe écriture, d'une fermeté et d'une personnalité rares, appartient aux dossiers des Archives nationales (section moderne) : collection d'autographes, n° 220. Constant (Benjamin). Lettre au Consul Sieyès ; 24 brumaire an VIII (15 novembre 1799); une pièce. — Elle est revêtue (en tête) de plusieurs annotations que je reproduis scrupuleusement. A droite : « Seine-ct-Oise. Le c. Benjamin Constant demande une place d'adeur ou de comre dans le dép'.
11 ressort de cette lettre que, de bonne heure, Benjamin Constant avait voué à Sieyès une admiration profonde et une confiance absolue, au point d'invoquer son patronage, sans probablement le connaître beaucoup personnellement. — L'abbé Emmanuel- Joseph Sieyès méritait cette estime. Député aux Etats généraux parles électeurs de Paris, il apparaît en toute première ligne dès les débuts de la Révolution française. Il est un des promoteurs du Serment du Jeu de Paume, le 20 juin 1789; membre de la Convention nationale, il vote la mort de Louis XVI. Membre du Comité de Salut public après le 9 thermidor, il refuse de siéger dans le Directoire, étant adversaire déclaré de la Constitution de l'an III ; mais il entre au Conseil des Cinq-Cents, où il fut très influent. Ambassadeur à Berlin (1798), bientôt il s'entendit avec Bonaparte, eut une grande part au succès du 18 brumaire. Nommé consul provisoire, il présenta la nouvelle Constitution, dite de l'an VIII. Joué par Bonaparte, qui imagina le titre de Premier Consul pour demeurer seul chef du gouvernement, il fut pourtant favorable à sa dictature. Sieyès, ensuite, se retira. Plus tard, il devint sénateur et comte de l'Empire. Il vécut dans l'exil de 1815 à 1830. Esprit géométrique et philosophique, Sieyès fut sans conteste, à tous égards, un des hommes les plus remarquables de la Révolution.
On connaît déjà Cabanis. — Daunou et Boulay, dont se réclame Benjamin Constant, ne sont pas moins célc-
t" Don 27 Brumrc n° 1592. n° 55. — A gauche, en travers, ce mot, de la propre main de Sieyès : « Renvoyé au ministre de l'intérieur. Sieyès. » Et, à l'encre rouge : R° 1er n° 101. — La pièce porte, sur un timbre sec rectangulaire, 1 écusson : Archives du Royaume, Section admimstiutive.
lues. Daunou (P. -Claude-François), savant et académicien 1761-1840), professeur chez les Oratoriens, députe à la Convention, puis au Conseil des Cinq-Cents, professeur d histoire au Collège de France, devint membre de la Chambre des députés et pair de France sous Louis- Philippe. Il avait l'esprit fort sensé, et il travaillait comme un bénédictin.
Claude-Joseph, comte Boulay, dit de la Meurthe (1761lSiO) (1), membre du Conseil des Cinq-Cents, favorisa, lui aussi, le coup d'Etat de brumaire, s'attacha à Bonaparte, refusa le portefeuille de la police, fut nommé président de la section de législation au Conseil d'Etat, et prit une part active à la rédaction du Code Napoléon. — Ministre d'Etat aux Cent-Jours, il fut avec Benjamin Constant un des rédacteurs de Y Acte additionnel aux constitutions de l'Empire, et tenta vainement d'établir sur le trône Napoléon II. Il fut exilé au retour des Bourbons. Ses Mémoires sont encore inédits (2).
On possède d'autres lettres de Benjamin Constant au directeur Sieyès (voir les Bulletins Charavay), où il fait appel à sa faveur en vue de sa candidature aux prochaines élections du Corps législatif. Constant semble avoir aspiré tout jeune à cette politique qui réserve à ses adeptes tant de déboires, mais aussi, parfois, cette illustration à laquelle la vanité trouve son compte. — Lettre autogr. sign. au citoyen consul Sieyes,
à lui seul, en mains propres. (Ce 22 an VII-1799.
1 p. im~âp,) Il lui demande son appui auprès des patriotes pour être nommé au Tribunat... La réunion de Genève,
(i) Mêmes dates exactement que pour Daunou. (2) Voir sa notice dans la Grande Encyclopédie, ainsi que celle de Bautlin, dit des Ardennes, conventionnel.
dit-il, l'a déclaré Français né, quoiqu'il le fût déjà par une loi... « Qu'il me sera doux de vous devoir et le bonheur d'être utile à la liberté et celui d'entrer dans une carrière que j'ai toujours désirée comme celle de ] a véritable gloire! ..." Cette phrase cadre bien avec d'autres, que nous avons citées, où Benjamin Constant avoue son goût excessif de la popularité. On aimerait mieux lui entendre dire uniquement qu'il compte être utile et bien agissant dans cette carrière : mais quoi ! le détachement de soi-même n'est guère de ce monde, du monde politique en particulier. Briller d'abord, puis songer au bien public, la chose est commune.
Benjamin Constant, après avoir passé à Bruxelles la fin de l'année 1815 (novembre 1815-janvier 1816) et à Londres les premiers mois (février-juin) de l'an 1816 (1), se trouvait à Spa au mois d'août. Sa santé n'était point florissante alors; celle de sa femme non plus. Il écrivait, le 17 août, à Mme Récamier : « J'ai mené Mme de Constant ici très indisposée et presque aveugle du climat de l'Angleterre. Ses yeux se remettent, et les eaux lui font du bien. J'ai été menacé d'une maladie grave pendant quelques jours. J'y ai échappé pour le moment. — Nous avons à Spa un mélange de société que sa variété rendrait amusant, si Pennui secoué cessait d'être de l'ennui. La mode est de monter à cheval depuis sept heures du matin à huit heures du soir, et Ton ne voit que des quadrupèdes... Du reste,
(1) Cf., dans ie recueil de sa correspondance avec Mine Kécainicr (publié par Mine Cli. Lenorinant; Paris, Calinann Lévy, 1882, in-8°), les neuf lettres datées de Bruxelles (6 nov., 8 nov., 12 nov., 20 nov., 29 nov., 7 déc. 1815, et 3 janv., 10 janv., 14 janv. 1816), et les trois lettres datées de Londres (27 févr., 14 mars et 5 juin 1816). — Pages 259-300 inclus.
la majorité est anglaise et vit à l'anglaise. On joue peu, le spectacle est mauvais, le temps détestable (1). Je ne m'ennuie pas parce que j'ai le sentiment que je ne m'amuserais pas plus ailleurs... Nous irons d'ici, je crois, à Paris. Mais je me suis fait des règles sévères sur ce séjour. Je n'y verrai positivement pas une âme, et personne n'aura avec moi la satisfaction de m'exclure ni le plaisir de la générosité. Je ne veux être pour personne une occasion de vertu. Mes projets ultérieurs sont fixes, mais seraient ennuyeux à détailler... »
La veille, il avait expédié cette lettre curieuse :
Spa, ce 16 Aoust 1816.
u Monsieur,
« Après le bon accueil que vous avez bien voulu me faire à Calais, vous ne trouverez pas extraordinaire que je cherche un prétexte pour me rappeler à votre souvenir. Je crois en avoir trouvé un tolérable, et je m'en prévaux tout de suite. Lorsque vous avez eu la bonté de
(1) Constant n'était assurément pas fait pour la vie de casino. Le jeu seul lui agréait. On trouvera clans un rapport subséquent la note sévère d'un préfet, informé qu'aux eaux de Bade il s'est conduit d'une façon scandaleuse, ne quittant presque pas le salon de la roulette. Ceci n'est pas exceptionnel : Benjamin Constant fut plus d'une fois gêné, voire décavé, dans la deuxième partie de son existence. Car il était joueur comme la dame de pique, alors même — le pauvre homme! — que l'autre dame, celle de coeur, lui souriait le moins. L. DE LomÉNIE (Notice précitée) le constate en ce blâme de forme un peu solennelle : « Benjamin Constant, sevré par 1 âge d'émotions plus chères, donnait malheureusement une part de sa vie aux émotions du jeu. »
Il avait soixante ans sonnés alors, en 1827.
viser mon passeport pour aller de Calais à Spa par J)unkerque, j'ai oublié de vous prier, comme ce passeport étoit pour Paris, d'ajouter qu'il seroit bon pour continuer ensuite ma route pour cette capitale. Oserais-je vous demander si, retournant par une frontière qui ne sera plus de votre ressort, je n'ai pas à craindre d'y éprouver quelque difficulté? Si cela étoit, je pourrois facilement prévenir cet embarras, en m'adressant à M. de Gazes (sic) : mais je n'aime pas à me donner une importance à laquelle je suis loin d'aspirer, et qui seroit d'autant plus ridicule qu'elle seroit moins fondée. Si mon doute sur la validité de mon passeport, que le visa pour ressortir de France auroit seul pu détruire, est tout à fait cbimérique, veuillez m'en informer par un mot; ou si vous le partagez, le plus simple ne seroit-il pas que je vous renvoyasse ce passeport pour que vous y ajoutiez : et revenir de là en France? — J'ai commencé ma lettre en vous disant que j'avais cherché plus que toute autre chose, Monsieur, une occasion de n'être pas oublié par vous, et je la finis, en profitant de cette occasion pour vous offrir les assurances de ma reconnoissante et très haute considération (1). >»
Benj. de Constant.
(1) Nous avons découvert cette lettre dans le dossier politique de Benjamin Constant, aux Archives nationales. Elle ne porte pas de suscription. Elle était sans doute à l'adresse du commissaire de po'.ice du port de Calais. On remarquera le style parfaitement courtois de ce billet. C'était, pour le dire en passant, la note familière à Benjamin Constant. Toujours, à la tribune comme en sa correspondance privée, il observe un ton poli, conciliant;, qui, lors même qu'il était véhémentement pris à partie, ne s'abaissait jamais aux triviales grossièretés dont, pas plus qu'un autre, ou mieux, moins que beaucoup d'autres, le langage parlementaire n'est exempt. Ses adversaires même lui rendaient cette jus-
Dlp'. du Pas-de-Calais et littoral du Dép1. du Nord. — Commissariat spécial (1) de police.
À S. E. le ministre de la police générale, à Paris.
Calais, 20 août 1816.
u Monseigneur,
u J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence une lettre qui m'a été écrite par M. Benjamin de Constant. Le passeport de M. l'ambassadeur, qui lui a été délivré à Londres, étant pour Paris, je crois pouvoir accéder à sa demande et lui écris en conséquence.
« Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »
(Signature incertaine) (2).
tice. — Rapprocher cette lettre de celle que nous donnons à l'Appendice (p. 520), où Constant prend ses mesures pour ne pas être fouillé ou perquisitionné au cours de ce voyage.
(1) Le mot est écrit en abrégé. Je lis spécial. Cela pourrait être aussi principal ; je ne le crois pas.
(2) Quelque chose comme : Maurice a" ' Fscaloire (V). — Le ministre de la police a écrit de sa main, au haut de la marge : « Qu'il lui envoie un nouveau passeport, pour plus de sûreté. » — Presque toutes les signatures de ces fonctionnaires sont illisibles sur les pièces des Archives; mais nous les avons restituées sans peine, grâce au secours de Y Almanach royal.
Paris, le 26 août 1816 (IV
A M. le Commissaire spécial de police, à Calais.
u J'ai reçu, Monsieur, avec votre lettre du 20 de ce mois, celle que vous a adressée M. Benjamin de Constant (2). Vous avez fort bien fait d'accéder à la demande qu'elle contient; mais, pour plus de sûreté, je vous invite à envoyer un nouveau passeport à M. de Constant, portant, comme il le désire, la destination de Paris. »
Note.
Voir une correspondance de M. le Préfet de la Sarthe (3), des mois de septembre et octobre 1820, relative au voyage de MM. Lafayette (4) et Benjamin Constant, au dossier 8, 371 objet général. Affaires diverses.
(1) Cette pièce est une inimité, non signée. Elle émane du ministre de la police générale à Paris (le comte Anales}.
(2) C'est la seule fois, dans tout ce dossier, que nous trouvons le nom do Benjamin Constant précédé de la particule.
o) M. de Nugentj préfet au Mans.
V1 Voir !e jugement porté sur La Fayette par M. P. Thureau- Dangi î i Le Parti libéral sous la Restauration, pp. 41-47 inclus). L auteur de cette étude historique s'y montre austère et rigide à I égard de ce patriote comme à l'égard de Benjamin Constant luimême : « Veut-on analyser les sentiments qui inspiraient la constance et le dévouement de ce libéralisme? On y trouverait avant tout le besoin de la louange, etc. » — Chateaubriand disait de La Fayette, non moins durement : « L'aveuglement lui tenait lieu de "énie. »
PREFECTURE
du
loiret ^ Monsieur le Baron Mounier (1).
(Confidentielle)
Orléans, le 1 1 octobre 1820.
« Monsieur le Baron,
« J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. de Constant (Benjamin) est arrivé hier à Orléans, à huit heures et demie du soir, avec sa femme, un jeune homme âgé de vingt-quatre ans, et une femme de chambre, dans sa voiture conduite par des chevaux de
(1) Claude-Pliilibert-Edouard, baron Mounier, (ils de Jean- Joseph Mounier (1758-1806) qui joua un rôle considérable aux Etats du Dauphiné, aux États généraux, et dans plusieurs journées fameuses de la Révolution, était né, comme son père, à Grenoble (le 2 décembre 1784); il mourut à Passy, le 11 mai 1843, après une carrière politique remarquable surtout par la versatilité dont il lit preuve. Cet heureux homme eut la chance, en effel^ ou l'adresse d'agréer à tous les régimes. Auditeur au Conseil d'Etat en 1806, intendant à Weimar et en Silésie en 1807 et 1808. secrétaire du cabinet de Napoléon en 1809 et baron le 31 décembre de la même année, pour ses étrennes, il se rallia aux Bourbons, fila en Allemagne pendant les Cent-Jours, et fut récompensé de sa fidélité par un siège de conseiller d'Etat en 1816. Il occupa, en 1818, les importantes fonctions de directeur général de l'administration départementale et de la police, sous le ministère du duc de iliclielieu, et, après la retraite de celui-ci, fut nommé pair de France (5 mars 1819). Il prêta serment ensuite au gouvernement de Louis-Philippe. C'était, par conséquent, un opportuniste avant la lettre, ou, si l'on veut, un homme à convictions successives, dictées par le seul souci de plaire au pouvoir.
la poste de Saint-Ay, dernier relais de la route de Tours à Orléans.
u II n'est point sorti de l'hôtel de la Boule d'Or (1), dans lequel il a logé, et il n'a vu personne.
« Il a écrit trois lettres, qui ont été mises à la poste ce matin ; elles étaient adressées à des négociants, l'une pour Paris, les deux autres pour Nantes.
« Ce matin, entre sept et huit heures, il s'est remis en voyage par la route de Pithiviers.
« J'ai lieu de croire qu'il se rend chez M. de Sursteintein (sic), arrondissement de Montargis.
« J'ai donné avis du voyage de M. de Constant, par voie accélérée, au sous-préfet de Pithiviers (2), en lui prescrivant de prendre toutes les mesures qui sont en son pouvoir, tant par les voies de police que par les relations sociales, pour être instruit de toutes ses actions, et se mettre à portée de déjouer les intrigues auxquelles il pourrait vouloir se livrer. Je l'ai chargé de prévenir de sa marche ses collègues, suivant la direction qu'il prendra; et, par prévoyance, je leur ai mandé sa présence dans le département : à tous j'ai recommandé une grande prudence.
« J'ai l'honneur d'être, avec une respectueuse considération, Monsieur le Baron, votre très humble et très obéissant serviteur. »
Le Préfet du Loiret, Le Ve de Riccé(3).
(1) Près de la place du Martroi, point central de la ville.
(2) Le baron Asselin.
(3) En cette même année 1820, Constant avait fait paraître sa Lettre à M. (toyct, électeur de la Sarthe ; Pièces relatives à la saisie de lettres et de paj>iers dans le domicile de MM. Goyet et Pasquier, avec (jaelques réflexions sur la direction de la police générale (1820, in-8°).
Extrait (finie lettre d'un habitant de Paris sur la situation du gouvernement (1).
Paris, 19 juin 1797.
u Un des hommes qui joue (sic) le plus grand rôle, parmi les nouveaux républicains, est un Suisse nommé Ben;amin Constant, qui était, dit-on, secrétaire du duc de Brunswick, lors de son entrée en France, et qui fabriqua sa foudroyante proclamation. Ce Benjamin a hésité longtemps avant de se déclarer. Depuis le 9 thermidor jusqu'au 13 vendémiaire, il tint une conduite assez adroite pour lui permettre de crier, selon les événements : u Vive le Roi! » ou : « Vive la Ligue! » La victoire de vendémiaire le décida : il écrivit plusieurs ouvrages fortement républicains, se flattant que les suffrages se porteraient sur lui; mais, comme ce ne sont plus les faiseurs de pamphlets qui captivent aujourd'hui la confiance, il perdit ses efforts. Il cherche à se dédommager au Luxembourg de l'indifférence des corps électoraux. Il est à présumer que son zèle y sera mieux récompensé : abstraction faite du talent de l'intrigue que ce Suisse possède éminemment, et dont la baronne de Staël lui donne encore journellement des leçons, il a, comme écrivain politique, quelque mérite; son stile est concis, nerveux (2), mais quelquefois un peu obscur. »
(1) A Hambourg, chez Fauche et G10, et à la Bibliothèque royale, à Paris. — Cf. Le Spectateur du Nord, t. II, p. 461.
(2) Ceci n'est pas toujours vrai, loin de là, surtout en ce qui concerne la correspondance. Constant est, parfois, diffus et verbeux; mais l'intérêt du fond rachète le plus souvent ce vice de forme.
PRÉFECTURE
de la
mosëlle A Monsieur le Directeur-général
de l'administration départementale et de la police (1).
Bureau particulier
Metz, le 24 août 1821.
u Monsieur le Directeur-général,
u Le général Fov, après avoir séjourné vingt-quatre heures à Metz, est parti ce matin pour Strasbourg-. Il est accompagné de son frère, qui est en même tems son aide de camp. Ils ont déclaré qu'ils allaient aux eaux de Bade. On prétend que le général Foy a dit à quelqu'un qu'après avoir rejoint M. Benjamin Constant à Strasbourg, il irait avec lui chez M. d'Argcnson auprès de Mulhausen. M. le colonel de gendarmerie s'est chargé de me rendre un compte exact des actions du général Foy pendant son séjour à Metz. J'attends encore son rapport.
« Le général Sébastiani se rend aux eaux de Spa : u On m'assure que M. Manuel a quitté les eaux de Cortrexeville pour aller à celles de Bains, d'où il rejoindra ses collègues chez M. d'Argenson.
« Les voyages de ces députés agitent les libéraux et leur font croire qu'on prépare de nouveaux événements.
(1) Archives nationales, F7. 6719 (Police générale; affaires politiques : 1814-1830. 8371. Députés. A-F. Dossier de Maximilien-Sébastien Foy cl sa famille.
SUR LKS ROUTES DALSACK 323
On dit ici que le général Foy va à Bade s'aboucher avec le Prince Eugène tandis que les autres députés, réunis chez M. d'Argenson (1), achèveront de mûrir la révolution qui doit replacer sur le trône le fils de Bonaparte.
« Je suis avec une haute considération, Monsieur le Directeur-général, votre très humble et très obéissant serviteur. »
u Le Préfet de la Moselle,
U DE T OCQUEVILLE. »
Après son rapport, il ajoute :
« Le général Sébastiani vient de sortir de France par Longwy. On mande de Verdun, où il a passé, que le motif qu'il donne à son voyage est de se rendre aux eaux de Spa. »
De son côté, le préfet du Haut- Rhin, dans une lettre datée de Colrnar, 5 septembre 1821, traite Foy de charlatan politique.
Diable! voilà qui est grave !.. . Ainsi, en. 1821, Constant était soupçonné de fomenter avec ses amis, en des voyages et conciliabules inquiétants, une restauration napoléonienne au profit du duc de Reichstadt, âgé de dix ans! — Je soumets ce document à l'auteur de l'Aiglon et à M. Henri Welschinger, si bien informés tous deux de tout ce qui touche au Roi de Rome (2).
(1) Voyer d'Argenson était représentant du Haut-Rhin.
(2) Eugène de Beauharnais, après la chute de l'Empire, s'était retiré auprès de son beau-père, le roi de Bavière. Il mourut à Munich, en 1824.
Ce même carton F7. 6719 contient encore d'autres pièces intéressantes sur le général Foy, sur la surveillance maligne dont il fut l'objet, sur les souscriptions que l'on organisa pour lui élever un monument, etc. — Une lettre du préfet du Bas-Rhin, maître des requêtes, adressée au Directeur-général de l'administration départementale et de la police (Strasbourg, le 26 août 1821), consigne une de ces réceptions banales dont on trouvera tout à l'heure plusieurs relations presque identiques entre elles : « Monsieur le Baron, — J'ai l'honneur de vous informer que M. le général Foy est arrivé à Strasbourg dans la soirée du 24 — On parlait ici depuis plusieurs jours de la prochaine arrivée de ce dépulé, et de celle de MM. Etienne et Benjamin Constant, et l'on annonçait que des sérénades devaient leur être données... » — On en donna une, en effet (poursuit le préfet), au général. Cette petite fête se passa sous la pluie; cela dura vingt minutes. Les musiciens jouèrent l'air : Où peut-on être mieux..., etc. Une voix seulement cria : « Vivent tes défenseurs de ta liberté! » D'autres : « Vive le général Foy! » A la fin, on cria : u Vive la Charte! » — Foy, couché sans doute, ne se montra point (1).
Foy paraissait volontiers en public aux côtés de Benjamin Constant, et surtout d'Horace Sébastiani (2).
Tous trois, Foy, Sébastiani, Fa Fayette, ont inauguré chez nous, — avec les meilleures intentions du monde, s'entend, — la funeste lignée des généraux politiciens abandonnant la carrière des armes pour l'arène parle-
(1) Le général Foy mourut quatre ans plus tard, en 1825.
(2) Au cabinet des Estampes, on trouve souvent leurs deux portraits unis. Ceux de Sébastiani sont nombreux. On admire sa belle tête italienne, à la fois énergique et caressante.
montai iv, et perdant sur ce second champ d'action une partie du prestige que leur avaient conquis leur inaltérable dévouement à la patrie et l'utile emploi de leurs vrais talents. — Le comte Horace-François-Bastien Sébastiani (1772-1851), qui devait si longtemps survivre à ses amis libéraux, avait, général et maréchal de France, conservé L'âme aventureuse d'un partisan. Compatriote de Napoléon Bonaparte (1), élevé dans ces taillis de Corse où sifflent plus de balles que de merles, dressé précocement au courage, au mépris du danger, nommé chef de bataillon à 24 ans pour sa belle conduite à Arcole (nov. 1796), il s'associa au coup d'Etat du 18 brumaire, se distingua dans la plupart des guerres de l'Empire, notamment dans la campagne de 1812, — à Smolensk, à la Moskowa, etc. — Membre, aux Cent-Jours, de la Chambre des représentants, c'est lui qui ménagea l'entrevue fameuse entre Benj. Constant et Napoléon, lequel, pour mieux affirmer sa transformation en souverain libéral, chargea son ancien proscrit de rédiger Y Acte additionnel, promulgué le 22 avril 1815.
Commissaire, après Waterloo, désigné pour négocier la paix avec les alliés, Sébastiani demeura sans emploi dans l'année sous la Restauration. Elu député par la Corse en 1819 (de 1819 à 1824), puis par le collège de Yervins en 1826 (de 1826 à 1830), en remplacement du général Foy, il siégea à l'extrême-gauche, fit échec même au ministère Martignac. 11 eut, le 7 nov. 1830, le portefeuille des affaires étrangères, qu'il garda près de trois ans, devint ensuite ambassadeur à Naples (avril 1834), puis à Londres (7 janv. 1835-7 fév. 1840), où Guizot lui
(1) Né à La Porta, près de Rastia, le 15 novembre 1772; mort à Paris, le 20 juillet 1851.
succéda. Ces fonctions diplomatiques lui avaient été confiées par Louis-Philippe, qui le traita toujours avec faveur et lui donna en 1840, près de trente ans après ses derniers exploits militaires, le bâton de maréchal. — Sébastian i était, lui aussi, un libéral convaincu. Ge n'est pas un écrivain (1). Si l'on peut former un énorme infolio de tous les discours que Benj. Constant prononça, pendant quinze ans d'opposition, sur la seule matière de la liberté de la presse, je ne sache pas que Sébastiani ait écrit même une brochure qui compte... Mais, comme Constant, il eut à lutter publiquement et contre les ennemis de la liberté, et contre les meneurs des sociétés secrètes (2), génération nouvelle, et toute bouillante, qui d'un bond voulait dépasser les champions prudents de l'indépendance et du progrès.
(:l) Sébastiani n'était pas davantage orateur : k Nul enthousiasme, nulle flamme, dans sa parole froide et flasque. » — Voir son portrait, peu flatté (poseur déclamatoire, fat solennel, plein de lui-même, etc.) dans l'ouvrage précité de M. Thuhkau-Dangin, Le Parti libéral sous la Restauration;, pp. 419-421. « C'était l'opposé du général Foy, qu il avait, disait-on, le désir de remplacer. »
(2) Sur l'intrusion dans les cercles libéraux de ces périlleux chefs de file, cf. (Revue des Deux-Mondes, 1er janvier 1833) le beau portrait en raccourci de Benjamin Constant par LoÈve- Veimars, article animé par un goût ardent des lettres et de la liberté.
A Messieurs les électeurs du premier arrondissement du département de la Seine (1).
Messieurs et honorables collègues,
u J'espérais concourir avec vous à la nomination qui doit résulter de vos suffrages. Une difficulté inattendue, élevée par M. le préfet, au sujet de mon domicile dans e premier arrondissement, la veille môme de la réunion électorale, me privera de cet avantage. Le soin pris par ce magistrat de n'envoyer les cartes d'électeurs que deux fois vingt-quatre heures au plus avant la convocation, de manière que nul n'a pu savoir jusqu'au 28 au soir s'il ne recevrait pas la sienne, m'empêche de lever cette difficulté avant le moment où nos opérations doivent commencer. Tous les artifices sont naturels sous une administration qui ose prescrire nominativement à des électeurs indépendans le choix qu'ils doivent faire.
« Le courage avec lequel la majorité d'entre vous, Messieurs, a lutté, il y a quatre ans, contre les manœuvres
(i) Echantillon amusant du style de proclamation et profession de foi de Benjamin Constant dans sa maturité politique. On devine en son ton une violence, une rage sourde ; il proteste contre les manœuvres de la dernière heure. Son manifeste rappelle bien des affiches plus récentes. Les mœurs électorales n'ont guère changé !
d'un ministère bien plus habile, et peut-être moins antinational que celui-ci, nous permet à tous d'espérer que vous repousserez une indication qui a l'air d'un ordre, et qui est une insulte à nos droits et à nos libertés. Vous prouverez ainsi que vous ne redoutez ni les empiétemens d'un préfet qui méconnaît les limites de son autorité, ni les vexations dune police qui, pendant une élection, c'est-à-dire au moment où la publicité devrait être plus respectée que jamais, défend la vente des journaux du soir, afin que les sections ne soient pas instruites de leurs opérations respectives.
« Et pour profiter de leur ignorance, ne respectant pas même les principes professés par les ministres, qui, dans leur projet de loi sur la presse périodique, quelque vexatoire qu'il soit, ont déclaré que les journaux seraient libres, dans le cas d'une dissolution de la Chambre.
« L'injustice de M. le préfet à mon égard m'ayant engagé à vous expliquer, Messieurs, pourquoi je ne puis me réunir à tant d'honorables citoyens, dont les anciennes bontés me pénètrent encore de reconnaissance, j'ose profiter de cette occasion pour vous rappeler que, depuis la loi du 29 juin 1820, les collèges électoraux d'arrondissement sont la seule et dernière ressource de la France, frappée chaque jour dans le petit nombre d'institutions qu'elle avait conquises. Je sais que leur tâche est difficile. Je n'ai point oublié que. l'année dernière, des présidons n'ont pas rougi de pénétrer illégalement dans le secret des scrutins, et d'écarter ouvertement toute surveillance. Mais, si les moyens de la menace et de la séduction sont puissans, le zèle aussi a sa puissance. Vous avez lu les projets que nous a proposés le ministère : vous assistez à nos discussions : vous connaissez la Chambre.
«(Ajouter un seul mot serait faire injure à votre patriotisme et à vos lumières. La génération que 1789 avait émancipée ne voudra pas léguer à ses enfans la servitude de 17S8.
(( Agréez, Messieurs et honorables collègues, l'hommage de mes regrets et de mon respect. »
député de la Sarthe
Rue d'Anjou, n° 17 (1).
Ce 28 janvier 1822.
Pour réduire à néant, en s'abritant derrière la légalité, les doléances articulées par Benjamin Constant, le préfet de police, Delavau, tout récemment installé quai des Orfèvres (2), écrivit spontanément au ministre de l'intérieur, vicomte de Martignac, une lettre explicative, amusante surtout par les détails qu'elle renferme sur les feuilles parisiennes, dont le nombre et le débit étaient relativement assez restreints encore dans le premier quart du dix-neuvième siècle. La lettre de Constant avait été distribuée dans Paris dès le lendemain du jour dont elle porte la date, c'est-à-dire le 29 janvier, dans la matinée.
(1) En 1827-28-29, Benjamin Constant, député de la Seine, demeurait rue d'Anjou-Saint-Honoré, n° 15. — En 1830, on le trouve toujours à la même adresse. Il est alors député du Bas- Rhin (cf. Y Almanacli royal desdites années^).
(2) Depuis un mois exactement (20 décembre 1821), il remplaçait le comte Angles, nommé le 29 septembre 1815; et il ceda lui-même la place à Debelleyme le 6 janvier 1828. A l'Hôtel-de- Ville, le préfet de la Seine était alors le comte Chabrol de Volvic, conseiller d'Etat, commandeur de la Légion d'honneur, et membre de l'Institut royal (académicien libre, section des Beaux-Arts).
CABINET
Au ministre de l'Intérieur.
Préfet de police (i).
1822 . — 29 janvier, à 4 heures, u Monseigneur,
« Je m'empresse de faire parvenir immédiatement à Votre Excellence une lettre imprimée que M. Benjamin Constant a fait distribuer ce matin aux électeurs de Paris.
« En ce qui touche les plaintes de M. Benjamin Constant contre M. le préfet de la Seine, et la difficulté élevée sur son domicile, il n'y a qu'une chose à dire : c'est qu il se plaint de ce que la loi a été exécutée à son égard comme à l'égard de beaucoup d'autres. Il voudroit, sans doute, qu'un privilège fût établi pour lui. M. le comte de Chabrol, au reste, pourra transmettre à Votre Excellence des détails qui établissent positivement la légalité de sa marche.
u 2° Quant à l'inculpation dirigée contre le préfet de police relatives (sic) à l'interdiction de la vente des journaux du soir :
« L'article 290 du Code pénal défend positivement
I ) Cette pièce me semble écrite, en entier, de la main du préfet de police en personne (Delavau). L'en-tête même est écrit à la main, et non imprimé.
de crier ou colporter des écrits imprimés, sans autorisation de la police, sous peine de six jours à deux mois d emprisonnement (l). Des ordonnances de police anciennes et toujours en vigueur règlent l'application de cet article.
» Le colportage des journaux dans les rues est donc formellement défendu par la loi.
« A mon arrivée à la Préfecture, j'ai eu l'honneur de demander à Votre Excellence si elle desiroit que l'application de la loi fut faite aux journaux du soir C Etoile et le Pilote, qui étoient ainsi colportés dans les rues.
« Le Pilote m'avoit demandé cette autorisation dans les premiers jours de mon administration; et je Favois refusée, parce que la loi est formelle.
u On n'en a pas moins continué à faire ce colportage dans les rues et sur le Pont-Neuf. — C'est alors que j'ai fait intimer l'ordre aux éditeurs de l'Etoile et du Pilote de ne plus, à l'avenir, crier ou colporter leur journal.
« Je prie Votre Excellence de remarquer qu'on a dénaturé le droit et le fait.
« .le n'ai point empêché la publication du journal; je n'en avois pas le droit; mais j'ai défendu de crier et colporter dans les rues; ce dont j'avois le droit établi formellement par la loi.
« Cela est si vrai que, si l'on ne crie plus les journaux du soir dans les rues, on peut en prendre lecture dans tous les caffés (sic) et cabinets de lecture, et que
(1) Il est tout naturel d'opposer à ces mesures prohibitives de l'ancien temps la pleine licence qui règne à notre époque, où les camelots des boulevards, vendeurs de feuilles publiques, hurlent à nous rompre les oreilles, en assaisonnant parfois leur marchandise d'annonces mensongères et de nouvelles controuvées. Il est rare qu'ils soient inquiétés par la police, même en ce cas-
tout le monde les reçoit à domicile; hier, premier jour des élections, tout le monde a pu les lire.
« Une autre remarque encore que je dois faire à Votre Excellence, c'est que ce n'est nullement dans la vue des élections, mais par une décision antérieure, et pour l'exécution de la loi, que j'ai intimé cette déffense (sic); et ce qui l'a déterminée principalement, c'est que les colporteurs accompagnoicnt la vente du journal de réflexions et de commentaires de nature à troubler l'ordre publique (sic).
a Je prie Votre Excellence d'excuser la rapidité (1) de la rédaction de cette note.
« J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur. »
a Le Préfet de Police, u G. Delavau. »
(1) L'écriture, en effet, est assez mauvaise; on compte plusieurs ratures et quelques fautes d'orthographe. C'est écrit en hâte, au pied levé.
Extrait d'une lettre adressée an Préfet du Loiret, le 6 mai 1822.
u Je suis informé que les députés Benjamin-Constant et Manuel se trouvent au château de La Ferté-Saint- Aubin (1), appartenant au prince (VEsse'ing (sic), et Ton m'assure que le général Foy doit aussi se rendre à ce château. Comme La Ferté est la première étape au delà d'Orléans, on pourrait présumer que la réunion de ces députés dans cette commune aurait pour objet de travailler l'opinion du 4e régiment de ligne, qui se rend de Paris à Toulouse, en passant par Orléans. »
(Voir 8873.)
L'inculpation, ou, si l'on veut, l'imputation que renferme ce simple avis est grave au premier chef, si grave même qu'elle en est proprement absurde, inadmissible. Comment! ces messieurs — et dans le nombre il y a
I La Ferté-Saint-Aubin est un chef-lieu de canton du département du Loiret (arrond. d'Orléans, à 19 kil. sud du ehef-lieu\ qui compte aujourd hui près de quatre mille âmes et qui n'avait guère, au début du rièele dernier, qu'un millier d'habitants. Le château, entouré d'un superbe domaine de deux mille hectares, reconstruit presque en entier par Mansart, sous Louis XIV ^il datait des treizième et quatorzième siècles), et acheté en J 748 par le maréchal de Lowendahl, vainqueur de la place de Berg-op- Zoom, appartenait en 1822 aux héritiers du maréchal Masséna, prince d'Essling, le héros de Rivoli, de Zurich et de Gênes, mort en 1817. — L'édifice fut. depuis, converti en orphelinat.
trois anciens soldats — sont accusés légèrement de ce crime infâme entre tous : tenter de débaucher l'armée! Rien, assurément, dans leur passé, n'autorisait un semblable soupçon. Manuel, enrôlé volontaire en 1793, à dix-huit ans, comptait, à sa libération, qui suivit le traité de Campo-Formio (oct. 1797), quatre ans de distingués services. Nommé représentant aux Cent-Jours, il avait marqué par son fervent patriotisme. Mais le gouvernement de Louis XVII 1 ne pouvait oublier que Manuel, élu député par la Vendée (1817), avait vigoureusement tenu tête à la réaction royaliste, et, par sa tenace opposition, exaspéré le parti dominant. — Benjamin Constant n'avait pas davantage prêché l'indiscipline et l'insoumission militaires: on le suspectait gratuitement. — Et Foy, artilleur à quinze ans, Foy, l'ancien élève de Dumouriez en 92, l'ancien subordonné, en Portugal, de Masséna, maréchal prince d'Essling, le vaillant lutteur de la campagne de France, le blessé de Waterloo (1), Foy, que l'Empereur avait fait général de division, et que Louis XVIII, dès son avènement, en 1814, créait inspecteur de l'armée, pouvait-on décemment l'englober dans une aussi honteuse enquête, lui, depuis trois ans le noble et éloquent défenseur des principes constitutionnels? — Et La Fayette enfin! La Fayette, l'admirable auxiliaire des Etats-Unis d'Amérique, le commandant, à deux reprises, en juillet 1789 et en juillet 1830. de la garde nationale, le chef heureux, en 1792, d'une des armées destinées à refouler sur la frontière du Nord l'invasion étrangère, fallait-il que ce patriote dont le désintéressement, l'honnêteté et la hauteur
(1) Sa quinzième blessure ! — Cf. Thureau-Dangin, le Parti libéral, pp. 1:32-137.
d'âme commandent le respect de la postérité, passât pour le rentre d'un complot, pour le vulgaire excitateur des commotions populaires (1) ! — Voilà donc (on croit décidément rêver quand on constate ces turpitudes), voilà à quels sots griefs, à quejles présomptions d'attentats ne tenant pas debout étaient en butte, au milieu de l'an de grâce 1822, des citoyens sans reproche, des hommes dont la rumeur publique, mieux informée que les policiers de l'Intérieur, vantait et consacrait déjà le dévouement légendaire à la patrie (2)... » Mais quoi! tout leur était bon, à ceux-là. Molière l'a dit :
Qui veut nover sou chien l'accuse de la râpe.
Les vrais enragés, c'étaient ces despotes, ces accusateurs en l'air : enragés à susciter des périls imaginaires, pour feindre tous les jours de sauver le régime. C'est une manie qui n'est pas neuve, hélas; c'est une ortie qui repousse périodiquement sur notre vieux sol.
(1) La Fayette, qui, sous le consulat et l'empire, n'avait voulu prendre nulle part aux affaires publiques, fut, en 1814, élu membre de la Chambre des Représentants : à ce titre, il parla et vota pour la déchéance. Dans sa carrière de député, sous la Restauration, d'abord de 1818 à 1824, puis de 1827 à 1830, il ht une opposition très vive à la branche aînée des Bourbons. Il fut. de même, l'adversaire des d'Orléans, après 1 avènement aux affaires de Casimir-Perier (mars 1831).
(2) Le général Foy, ami de B. Constant (1775-1825), était député de l'Aisne (1819). Tout, dans sa personne et dans son talent, incarnait l'idée, si populaire sous la Restauration, du soldat libéral. Un de ses plus remarquables discours fut celui où il combattit les lois suspensives de la liberté individuelle et de la liberté de la presse, qui furent présentées aussitôt après l'assassinat du duc de Berrv. Le dossier F' renferme des feuilles de souscription. La mort de Foy avait donné lieu à une manifestation populaire des plus significatives et menaçantes (voir les
Extrait du rapport du Préfet de police en date du ier octobre 1822.
« La veille du départ du général Lafayette, c'est-à-dire dans la soirée du 24 ou 25 septembre, MM. Benjamin- Constant, Lafitte (sic), Barbier-Dufay et Pages se sont rendus chez lui et se sont retirés dans l'appartement du général, où ils sont restés jusques à 2 heures après minuit. »
(V. Lafayette.)
Réunion secrète, conciliabule dangereux durant jus qu'à une heure indue, voilà ce que, doué d'une imagination grossissante, le préfet de police flairait sans hésiter dans ce qui n'était peut-être qu'une amicale causerie d'hommes politiques du même bord devisant, sans la moindre intention subversive, de leurs projets et de leurs espoirs, en fumant un cigare. Pour tout Argus, la défiance systématique est le commencement de la sagesse. — Le général marquis de La Fayette, qui, anrès les journées de juillet 1830, nommé pour la
nombreuses estampes du temps). Les magasins furent fermés; un cortège de cent mille personnes suivit sa dépouille (30 nov. 1825). Un orateur avant rappelé sur la tombe que le défunt laissait des enfants sans fortune : « La France les adopte! » cria-t-on. — Et une souscription, ouverte sans délai de toutes parts, produisit promplement la somme d'un million.
seconde fois chef des gardes nationales du royaume, contribua fort, dans ces fonctions que d'ailleurs il conserva peu de mois, au maintien de l'ordre et à l'établissement de la dynastie récente (I), La Fayette avait été, comme suspect sous le précédent régime, gratifié d'un nombre incalculable de notes de police. Sans compter celles que l'on conserve aux Archives, et où l'on constate combien de fois, sans nul motif sérieux de culpabilité, il eut maille à partir avec les sergents de son pavs, sans cesse le hasard des ventes d'autographes en représente de nouvelles : telle cette copie (2) d'une lettre confidentielle d'un commissaire de police de Meaux, datée de 1828, relative à une tournée électorale entreprise par le marquis dans le département de Seineet-Marne. Il avait 71 ans; et l'on appréhendait encore, malgré son grand âge, son prestige et son activité.
(1) Ses sentiments pour la branche d'Orléans éclatent dans une lettre révélatrice, qui date de son extrême vieillesse (30 novembre 1830); il y regrette de ne pouvoir se trouver parmi ses électeurs : il aurait été heureux de les aider à recevoir le jeune et, a tous éqards, bien digne héritier du trône civique.
(2) Voy. le Catalogue À. Voisin, n° 249 (janvier 1905), p. 7, cote 13957 . — Sous la même rubrique de ce dossier figuraient deux autres pièces, à savoir : une demande d'indemnité au sujet des immeubles aliénés dans la Haute-Loire, au préjudice de La Fayette, pendant la Révolution, et un acte relatif à la succession de Mine Anne-Louise d'Aguesseau de Noailles, mère de Mme la marquise de La Fayette. — Le général Gilbert Motier, marquis de La Fayette, était né, en 1757, au château de Chavagnac (Cantal) : il appartenait à une très ancienne et très noble famille d'Auvergne. Un de ses ancêtres, maréchal de France sous Charles VII, se signala pendant la guerre de Cent ans, où il prit une part active à l'expulsion des Anglais. Les Anglais étaient les ennemis héréditaires, et, en quelque sorte, personnels des La Fayette.
PREFECTURE
do la