GIRONDE
Lcsparrc} le 5 janvier loao.
4e division.
« Monsieur le Préfet (1),
« Je tiens dune source certaine que, par le courrier du 1er de l'an, M. Auyuste Lnssac, juge de paix du canton de Lesparre, a reçu une lettre de son beau-frère, M. Geay, qui doit venir au mois d'avril prochain passer quelques jours sur ses propriétés, avec le fameux ou (sic) honorable M. Benjamin Constant. Cette annonce précoce a, suivant moi, pour but de préparer les esprits, et de leur donner le change, dans le cas où il convienne (sic) à l'intérêt du comité directeur que ce voyage s'effectue. Qu'il arrive quelque événement, et ils diront encore que fort innocemment ils avaient dès longtems formé le projet de ce voyage, sans penser au (sic) mal, et dans l'objet unique de visiter des propriétés, de faire délasser l'illustre personnage de ses grands et utile (sic) travaux. Je ne pense pas que la démission supposée d'un député fût la cause d'un tel déplacement. Bien que la liste de nos électeurs se soit, à mon avis, appauvrie, il reste assez de pudeur et de sentiment du bien pour croire que de tels noms seraient repoussés par la très grande majo-
(1) Le comte de liretcuil, maître des requêtes, préfet à Bordeaux. — Cette pièce a évidemment dû être recopiée, car la formule finale est en abrégé, comme nous la donnons, et la signature mal orthographiée : Cavagnac.
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rite; mais la guerre peut être décidée, et alors les communications du comité directeur avec les descami-
rados (sic) (1) de venant plus difficiles, lorsqu'elles devraient être plus actives, ils organiseraient des comités secondaires dans des lieux isolés et rapprochés du littoral et des passages des montagnes. M. Geay, qui a des marais salans au Verdon, aurait un prétexte tout naturel pour faire des excursions sur notre côte, et, à l'aide de signaux dont il aurait donné la clef, savoir ou faire connaître ce qui intéresserait le parti. Telle est l'opinion que j'ai conçue de ce projet de voyage, qui, je (sic) suis persuadé, n'aura pas lieu, si la guerre n'est pas alors déclarée. Je ne crains ni l'un ni l'autre, et je serai heureux si, par mon activité et par mon zèle, je peux donner quelques preuves essentiellement utiles de ma fidélité et de mon entier dévouement au Roi et à sa dinastie (sic).
« J'ai l'honneur, etc. »
« Le Sous-Préfet.
Signé : « Bon J.-B. Gavagnac (Cavaicjnac.) »
(1) Les descamisados (sans chemise) étaient, en Espagne, de 1820 à 1823, les partisans fanatiques du général libéral révolutionnaire Raphaël del Rie go y Nunez, qui se mit à la tête de bandes d'insurgés et dicta ses ordres à Ferdinand VII. Lorsque ce prince fut rétabli sur le trône, grâce à l'intervention des troupes françaises, il décréta que tous les rebelles seraient punis de mort. Riego fut pendu (5 novembre 1823).
PREFECTURE
de la