CONFIDENTIEL
. , Strasbourg, le 1 1 octobre 1829.
du 1> octobre . •' '
« Mon Colonel,
« J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. Binjamin (sic) Gonstan (sic), député du département du Bas-Rhin, est arrivé à Strasbourg, le 9 de ce mois, à cinq heures du soir; il est descendu à l'hôtel du Poêle des Vignerons; le 10, un dîner d'environ 120 couverts lui a été donné à l'hôtel de l'Esprit; il a eu lieu à cinq heures du soir; la salle du banquet était ornée tout autour de draperies blanches et rouges; au haut bout de la salle, il y avait (1) un tableau garni de guirlandes de feuilles de chêne, portant ces mots : Le Roi, la Charte et Nos Droits; au fond de la salle était un piédestal avec un tableau sur lequel on avait écrit : Aux défenseurs des Libertés publiques ; puis, sur chaque côté, il y avait trois écussons, sur lesquels il y avait : Camille Jordan, Foi (sic), Lameth* Andréosi, Manuel, Girardin.
« À l'issue du diner, vers neuf heures du soir (2), M. B. G. s'est présenté sur le balcon donnant sur le quai et sur le pont de l'Esprit; des acclamations peu
(1) Ici ces deux mots, biffés : il paraît.
2) Peste! quatre heures d'horloge à table! lies festins officiels sont expédiés plus vite, à présent, et nul ne s'en plaint.
nombreuses et peu soutenues ont acceuilli (sic) le député des cris de : « Vive B. C. ! Vive Turkeim (sic) ! Vive Sagliol » M. B. G. a salué le public à plusieurs reprises et s'est retiré. Au même moment, un jeune homme, qu'on croit être un élève en droit, a dit au public que la santé de M. B. G. ne lui permettait pas de rester plus longtemps à la fenêtre. Quelques murmures, alors, se sont fait entendre ; et, un quart d'heure après, M. B. G. s'est présenté de nouveau au balcon. Quelqu'un qui était à côté de lui ayant réclamé le silence, il a prononcé les paroles suivantes en allemand : a Nobles habitans de Strasbourg, nous ferons « toujours tous nos efforts pour défendre vos droits. »
u Dès buit heures du soir, deux barques, dont une très grande, sont parties de deux points opposés de la rivière de l'Ill, et sont venues se placer au milieu de la rivierre (sic) en face de l'hôtel de l'Esprit; elles étaient chargées de lampions, arrangées avec symétrie, et formant un beau coup d'oeil; elles étaient remplies de musiciens qui ont exécutés (sic) différents airs et divers morceaux de musique; au-dessus de chacune de ces barques, il y avait trois écussons portant les lettres initiales des noms et prénoms de MM. B. G., Turckeim (sic) et Saglio, tous trois députés du département siégeant au côté gauche de la Chambre.
u ïl y avait sur les deux quais en face de l'hôtel de l'Esprit un rassemblement d'environ trois mille personnes, attirées par la nouveauté du spectacle et, en général, plus occupées des barques, des lampions et de la musique que de M. B. G. A dix heures du soir, tout était rentré dans l'ordre, et chacun chez soi.
« Aujourd'hui, 1 1 , M. B. G. dîne chez M. Steinner (sic), ancien marchand de chevaux ; c'est là, dit-on, qu'on doit
SUR l>ES ROUTES D ALSACE 479
lui offrir la coupe, ou plutôt le gobelet d'argent qu'on a fait faire pour lui.
u J'ai l'honneur d'être avec respect, mon Colonel, votre très humble et très obéissant serviteur. »
« Pour le chef et escadron, en congé :
« Le Lieutenant de GendTit>, « Houzeau. »
Du 12, au nui lin.
u J'apprends dune manière positive qu'une députation de libéraux s'est réuni (sic) hier, à onze heures du matin, chez le sieur Steinner (sic), et que, de là, elle s'est rendue à l'hôtel des Vignerons pour présenter à M. Binjamin (sic) Constant la fameuse coupe; elle a la forme d'un calice; elle est en argent, et non en or; elle est fixé (sic) sur un plat du même métal, au fond duquel est une couronne figurant des feuilles de chêne; le calice est placé au milieu de cette couronne ; la coupe contient, dit-on, un litre; sur un des côtés du vase est représenté (sic) une femme tenant un livre figurant la Charte; un lion debout tient une de ses pattes sur le livre, comme pour le défendre. Sur l'autre côté, on a gravé : u A Monsieur Binjamin (sic) Constant, député de F arrondissement de Strasbourg » , ou bien quelque chose qui signifie cela (1).
« M. B. C. a répondu à ceux qui lui ont présenté la susdite coupe que, jusqu'au dernier soupir (2), il défendrait les droits des nobles habitants de Strasbourg et la couronne. »
(1) Cette description minutieuse de l'objet d'art, qui ne nous fait grâce d'aucun détail, est assez amusante.
(2) Surcharge. Il a failli écrire : soupière.