‹ Benjamin ConstantChapitre 23 sur 60 · LA POLICE ET L'INTÉBIEUR (SUITE · texte numérisé non relu

LA POLICE ET L'INTÉBIEUR (SUITE

du corps social, et, comme la dit un psycliolo^jne contemporain (qui s'est résolument classé parmi les 7'éactionnaires) , les funestes expériences instituées par les sophistes ou les charlatans de la démocratie (l). — Il n'en était point de même sous les frères de Louis XVl. On s'alarmait de peu. Les Bourbons, revenus dans les bag^ages de 1 étranger, craignaient comme la peste toute saute d'opinion qui les eût remballés pour l'exil. Un mal répandait la terreur, <à la cour ; et ce mal s'appelait la verdeur de lang^ag^e ou de plume des intrépides, des indépendants, qui n'étaient pouitant pas légion à cette époque !

Aussi, tenant compte de cet état d'esprit, ne devons-nous pas trop lever les épaules en constatant l'importance puérile ou l'indignation de commande, à propos de balivernes, dans les messages des agents chargés de tàter le pouls à l'opinion et, au besoin, de la rectifier, de gré ou de force. Peut-être même faut-il savoir g^ré à quelques-uns d'entre eux d'avoir daigné reconnaître que les courses électorales déguisées en voyages d'agrément de Benj . Constant ne constituaient pas un danger bien sérieux pour la sécurité publique. Ne trouve-t-on pas encore aujourd'hui des gens, même sensés, qui arrivent à se convaincre que les attentats sont une utile comédie

(1) Paul Bourgkt, Le ca)i(lidat. — Cf. aussi G. Deschamps, Le malaise de la démocratie^ passim.

truquée d'avance afin de justifier des mesures répressives? des mécontents qui, même de bonne foi, inclinent à voir dans les complots découverts au jour le jour une excellente invention de la police pour fortifier un rég^ime chancelant? — Les gens d'esprit, dans les sphères officielles, évitaient le ridicule de considérer Constant comme un conspirateur, comme un agitateur, un factieux, un révolutionnaire. Tout au plus souriaient-ils do ^es trop nombreux pèlerinages politiques, contents de l'appeler par dérision le touriste cosmopolite, le chevalier errant de l'opposition, le commisvoyageur du libéralisme. Ils le raillaient sur ses manies, sur le désordre de son existence décousue ; ils se refusaient à prendre au sérieux un homme qui menait de front le jeu, 1 activité politique et la méditation philosophique. Mais le ministre Corbière, haineux, défiant et dur, pensait tout autrement à l'endroit de Benjamin : il persistaitàle tenir pour un dangereux adversaire, dont on ne pouvait suivre de trop près les pas et démarches (l).

Et voilà pourquoi l'ex-député de la Seine et de la Sarthe, l'ami de Coulmann, le candidat chan-

(Ij Corbière fut oblige de se retirer avec Villèle le V janvier 1828; ses successeurs à l'Intérieur en 1828 et 1829 continueront la tradition d'espionnage vis-à-vis de Benjamin Constant et des hommes politiques professant des doctrines similaires. — Voir, sur le comte de Corbière, le jugement d'un historien moderne que nous publions dans V Appendice i^pp. 552-553),

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ceux à la députalion de Strasboiir(j, sera sans relâche épié sur les routes et dans les villa^jcs d'Alsace, où l'escortent toujours, où le devancent parfois les émissaires subalternes de la police du roi, tandis que, dans les salons de leurs palais préfectoraux, Esman(jart et Jordan, l'un avec l'impatience et les (jriefs d'un ennemi personnel, l'autre avec le respect du service commandé, attendent des ordres, colligent rapports, notes, notules ou procès-verbaux, ai^juisent leur plume de combat, et s'ima^jinent de la meilleure foi du monde veiller efficacement au salut du royaume, à peu près comme le chevalier de la Triste-Fi(jure, sur les g^rands chemins de la Manche, harcelait les fantômes de bri^jands qu'eng^endrait sa chimère, . . . avec — lui du moins — l'excuse d'une cervelle en délire et l'honneur d'un parfait désintéressement.

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