‹ Benjamin ConstantChapitre 25 sur 60 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Benjamin Constant n'avait, au total, été que peu ti'acassé par le gouvernement consulaire et le gouvernement impérial. Tout en l'éloignant, on lui témoignait

encore une certaine estime; il fut même, à la fin, dans les bonnes [;ràces du prince, qui recourut à lui pour tâcher de galvaniser sa puissance ébranlée. Mais c'est surtout auprès des derniers ministres de Gliarles X qu'il ne fut pas en odeur de sainteté. Alors on surveilla tous ses déplacements, ses moindres allées et venues; tous le molestèrent, l'injurièrent à qui mieux mieux. C'est un espionnage en règle, un réquisitoire de tous les instants. Qu'on lui offre un punch, un banquet, un feu d'artifice, une parade en musique ou une coupe ciselée, rien ne leur échappe; ils voient tout cela d'un visage courroucé; ou tout au moins ils feignent, par respect de la consigne, de s'en émouvoir (1). Esmangart, qui le déteste, s'en donne à cœur joie de le dénoncer. Le préfet de Bordeaux, Breteuil, écrivant au ministre de l'intérieur (2), enfourche ses grands chevaux; pour un peu, il promettrait de tenir en chartre privée cet individu. En

(1) Sur les alarmes du préfet Esmangart, augurant, non sans raison, que les ovations présageaient une candidature, cf. Coul- MAisN, Réminiscences, t. III, pp. 140-142. — Une lettre bien comique aussi d'Esmangart est celle où il accuse B. Constant d'avoir répandu ou fait répandre à dessein le bruit de la chute du ministère, pour profiter de l'émoi des esprits.

(2) Le département de l'Intérieur est, à cette époque, rue de Grenelle, n° 101. — Rappelons ici les noms des ministres qui s'y sont succédé de 1821 à 1830 : le comte Corbière (14 décembre 1821-4 janvier 1828). Intérim : Pi:'j-/o;</K'^ (6 septcmbre- 29 octobre 1822); id. (9 juillet-2 août 1825) ; ici. (30 aoùt-19 septembre 1826). Villèle (intérim; 31 octobre 1827-4 janvier 1828). Vicomte deMarti(j)iac (4janvier 1828-8 août 1829^ . Du 27 août 1828 au 26 septembre 1828, intérim du comte Portalis. garde des sceaux. — Du 8 août 1829 au 18 novembre 1829, le comte de Labourdonnaye. Du 18 novembre 1829 au 19 mars 1830, le baron de Montbel. Du 19 mars 1830 au 27 juillet 1830, le comte de Pcyronnct. — En tout, cinq ministres seulement.

SUR LKS ROIJIKS D'Aï, S ACE 305

tout cas, il s'engage à ouvrir l'œil sur lui,... ut le hou. Ancien préfet du Mans, Breteuil, je le soupçonne, a dû avoir maille à partir avec Benjamin Constant dans la Sartlie, alors que celui-ci était dé[)uté du département.

" Que signifient, s'exclament ces messieurs, ces orgies, ces saturnales au rabais, ces applaudissements soudoyés, ces festins composés en majorité de convives médiocres, de gens racolés, de petits commerçants, d'hérétiques en {;oguettes? » — \oih\ comment s'exprime, à peu près, Esmangart, dans son message (hien curieux à tous égards) au ministre de l'intérieur, à la date du 5 octobre 1827.

Eh ! sans doute, il y avait dans ces réceptions, si l'on veut, un élément un peu drôle. C'est l'histoire courante de la plupart des manifestations populaires, je dis les plus tapageuses, celles où « les acclamations spontanées et l'enthousiasme unanime » coûtent parfois une très laborieuse préparation (1). Pour autant (ju'on peut hasarder de pareils rap[)rochements, et toutes proportions gardées, ne vîmes-nous pas, aux jours du boulangisme, de fâcheuse ménioire, ce que vaut l'engouement des masses, et les trésors d'illusion d'une foule ([ui jauge la capacité d'un général d'après la hauteur de son panache ou l'âme d'un patriote à la sonorité de sa voix? — Mais enfin. Benjamin Constant prenait ces cris pour argent comptant, et cela suffisait à son bonheur. Il était heureux alors; il se sentait vivre. Il avoue lui-môme qu'il adore la popularité, qu'il la recherche, qu'il en jouit avec délices. Jamais il n'était de meilleure humeur, d'esprit plus pétillant, que lorsqu'il venait de se montrer au balcon entre deux chandelles, pour saluer les attroupements. Alors il connaissait l'entrain,

(1) Cf. la joHc coiuddie d'Eu. Pailleron, Caboti)is.

la verve. Les mots plaisants abondaient sur ses lèvres. Il laissait volontiers venir à lui les bambins des écoles, même mal lavés: les clameurs enfantines le ravissaient : u Lorsqu'il arriva chez moi, à Brumath, conte Goulmann (Rem., III, 70), la Société musicale vint lui donner une sérénade, les liabitants accoururent presque tous pour l'acclamer; il y eut foule dans la cour, et des enfants du milieu desquels s'écliappaient toutes sortes d'odeurs le serraient de près, a Laissez-les s'approcher, (( dit-il; un empereur romain prétendait que le corps (( mort d'un ennemi ne sentait jamais mauvais; je « trouve que les corps de mes amis vivants sentent toua jours bon. ^ — Le trait est un peu cru, un peu réaliste, mais assez spirituel. Il est d'un vrai démocrate de savoir respirer sans broncher la sueur du peuple.

Si l'on veut mesurer la puissance de séduction exercée par Benjamin Constant sur ses amis, même de fraîche date, c'est aux Réminiscences qu'il faudra s'adresser. Coulmann est un apologiste incomparable ; mieux, un panég^yriste convaincu. Tout en re(}rettant des faiblesses qui n'échappent point à son œil avisé, il défend son cher grand homme contre les injustes reproches de Guizot (1) ; et nous aimons mieux croire l'apprenti libéral, disciple de Constant, qu'était Coulmann à cette date, que d'adhérer aux rigides sentences du rancunier doctrinaire, devant qui nul, à peu près, ne trouvait grâce. — Dès la première heure où Benjamin Constant a posé le pied sur le sol de l'Alsace, Jacques Coulmann s'est mis à sa dévotion; il riiéberge en son lo(;is, il s'institue son cicérone, il lui sert d'introducteur chez les notables de

(1) Voy. CouLMAiNN, Bennniscoiccs, t. III, p. 60.

la réf|ion. Un jour, il le conduit à ces merveilleuses ruines du Schlossvvaldquc M. Frédéric Hartmann avait entourées d'un admirable parc; une autre fois, Constant parcourt sous ses auspices les fjracieuses campa^jnes ou visite les fertiles vallons dont la vue lui rappelle en miniature les (}or(;esde sa Suisse natale (1). Rentré dans ses pénates, et dés sa seconde lettre (De Paris, rue et Anjou-Saint- Honoré, n" 45 ; ce 30 juillet 1823), Benjamin remercie chaudement son cher hôte : « Je suis bien reconnaissant, lui écrit-il, de toute la peine que vous avez bien voulu prendre pour m'indiquer les moyens de me fixer dans votre excellente Alsace. » — Il y a, dans cette correspondance toute familière, plusieurs billets envoyés de lîade, où il annonce son arrivée, où il consulte Goulmann sur le choix d'un hôtel, etc.

Le 9 nov. 1827, il lui écrit de Paris : u Vous nous dites de bien aimables choses sur notre séjour à Brumath ; vous nous y avez rendus bien heureux ; mais vous nous avez (jàté celui de I^aris. Depuis que j'ai été l'objet d'une affection alsacienne, je ne peux me faire à l'indifférence de la capitale, et ma femme regrette sans cesse ce qu'elle appelle l'Allema^jne, ce qui est dans sa boucbe un bien [>rand élo(^;e. Vous et moi, nous réclamons l'Alsace pour la France; et certes, si elle a la solidité allemande, elle a aussi réner[|ie française. IMais, pour en revenir à

(i) Coulmann airnait à recevoir dans son rustique Brumath, ou à Strasbourg, les personnalités célèbres. M"*^ Mars y est venue (cf. Rémin., t. III, pp. 33 sqq.). — On trouve dans les Réminla- (cnces (t. Ili, chap. xii, pp. 90 sqq.) toute une série de loUres adressées par Constant au patriote alsacien. — Cf. aussi, au chap. XVI, pp. 143-IV6, la superbe description des fêtes offertes à Foy et à Benj. Constant par Frédéric Hartmann en son domaine de Schlossvvald (vallée de Munster, Haut-Rhin),

Jiiumath, Bruniath et Munster sont deux paradis à part. Le souvenir des jours que nous v avons passés, l'espoir d'y retourner dès que la saison des fleurs reviendra, telles sont nos idées fixes, et nous comptons les jours et les heures. » — Quelle gentille lettre intime ! et quel joli jugement, bien français, porté par ce bon patriote sur l'Alsace, que son épouse allemande confond par une triste anticipation avec la terre d'outre-Rhin ! . . .

D'autres lettres sont simplement politiques : a La circonspection de Tiirckheim modère le courage de Saglio (1). Cependant le Bas-Rhin ne laissera pas le Haut-Rhin donner seul des preuves de son patriotisme constitutionnel. )>

Les Réminiscences conservent encore les fragments des souvenirs qu'à la campagne, à Brumath, en 1828, durant les lentes soirées d'automne, et tandis qu'ils étaient tous deux seuls. Constant avait coutume de dicter à son ami Coulmann : récits de coin du feu, esquisses familières des événements où, depuis quinze ans. Benjamin avait joué son rôle. Coulmann les recueillait en scribe fidèle, admirant la précision, la netteté, la vigueur, l'amertume parfois de ces épanchements impromptus, de « ces portraits, dit-il, où le burin de Tacite se mêle au trait de Saint-Simon : improvisations qui découlent d'une longue méditation (2)... » La lecture, effectivement, en est instructive et agréable, et fait regretter que l'auteur de ces notes rapides n'ait point laissé des Mémoires complets, où la passion, certes, n'eût pas

(1) Nous verrons souvent fifjurcr (oui à l'heure ces deux personnages, députés du département. — Cette lettre à (^.ouhnann est datée de Munster, 30 novembre 1829 .

(2) CouLM\NN, Réminiscences, t. III, cliap. viii, pp. iV-SG; treize pages serrées d'impression.

manqué, mais d'où se fussent détachés eu plein relief, comme sous le ciseau d'un maître sculpteur, tant de faits et de; caractères saillants.

J'ai dépouillé, aux Archives nationales, une liasse assez volumineuse, près de cent pièces (exactement (juatre-vin{>t-dix-neuf), de documents de police relatifs à la vie politique de Benjamin Constant, de 1814(1) à 1880. Ces documents concernent, en grande majorité, les campa(jnes électorales en Alsace (2} (de 1827 à 1830). Quelques-uns, pourtant, — les premiers qu'on rencontrera — ont trait aux années antérieures à ces voyages. Toutes ces pièces, sans exception, nous ont paru bonnes à retenir ; elles valent par leur suite même ; elles s'enchainent étroitement, depuis l'épître où Constant exprime à Sieyès son vif désir de participer aux affaires du pays, jusqu'aux rapports officiels où l'on sent que, mal(>ré tous les efforts tentés pour battre en brèche sa candidature, l'ancien député libéral (ia{;ne du terrain, affermit sa situation, conquiert les suffia^^es des électeurs, et, finalement, rega^jne de haute lutte son sièye à la gauche du Parlement.

(1) Quelques pièces sont bien antérieures à cette date.

(2) Cet important dossier est inscrit sous la cote F" 6719. — J'ai feuilleté également, sans y rien trouver qui cadrât avec mon sujet, les pièces enfermées dans le carton F"^. ni, Léman 2.

La collection d'autographes (n° 220, section moderne) ma fourni la remartjuable lettre de Benjamin Constant à Sieyès qui figure au seuil de ce chapitre Cpp. 310-311).

Lettre de Benjamin Constant à Sieyès.

u Citoyen Consul,

u Sans la gradualité (1), qui probablement va faire partie de la constitution nouvelle, je ne vous écrirais assurément pas pour vous demander une place. Celle de député étoit la seule que je désirais, parce que je crois que j'y servirais la liberté. Mais puisque l'on dit que dès (2) les élections prochaines, il faudra, pour y arriver, avoir été administrateur de département ou commissaire, j'ai cru devoir faire une démarche pour être nommé, soit dans le Léman, où je suis né, et où je pourrais être fort utile à Genève, qui a beaucoup souffert sous le Directoire, soit dans Seine-et-Oise, où je suis domicilié depuis plusieurs années (3), et administrateur municipal depuis trois. Je préférerais ce dernier, comme m'éloignant moins de vous. Quant à celui du Léman, on y nommera, je crois, le citoyen Girod, député de

(1) Gradualité est un terme de formation récente, un néologisme marqué d'une croix dans le JJictioimaire de LriTRÉ, ce qui signifie que le mot ne ligure pas dans le dictionnaire de l'Académie : « Motion pour qu'il soit établi une gradualité dans les élections aux fonctions publiques. » Min.VBE.\u, Collectioiiy t. II, à la Table.

(2) Mot rajouté dans l'interligne.

(3) A Luzarclies (^voir les Lettres a Fauriel).

SUK Li:S UOUTKS D'ALSACK 311

l'Ain (i), homme estimable sous tous les lapports : mais on assure qu'on adjoindra un simple citoyen à chaque député, charjjé d(; mission pareille.

« Vous ju(j^ei'ez, Citoyen Consul, si ce que je désiie est possible ou convenable. Aujouid'huy que les destinées de la Républic|ue se rattachent à votre nom, il me serait doux de la servir, sous ce nom ([ui rappelle à l'Europe les premiers principes de la liberté. Si rusa(j(; du Consulat étoit de laisser ces nominations subordonnées aux autorités immédiatement supérieures, et que vous voulussiez bien m'en instruire, je crois pouvoir répondre de l'appui de plusieurs noms honorables. Sans leur en avoir encore parlé, je nommerai Daunou, Boulay, Cabanis; que ne puis-je ajouter Baudin?

u Salut, respect, dévouement sans bornes. »

Rue Greuelle Germain, n" 362.

Ce 24 brumaire an VIII (8).

(SuscRiPTiON : " AU citoyen Sieyes (sic), Consul de la République française (2). Pour lui seul. '> — Pas de timbre postal.)

(1) Nous retrouvons Ijcaucoup plus tard (^Aimanach royal, 1822, p. 129, le baron Girod, député de l'Ain (rue Saint-Gerinaindes-Prés, n" 15). En 1830 (cf. Almanach royal, p. 145), le même Girod, de l'Ain, représente l'Indre-et-Loire.

(2) Cette lettre intéressante, transcrite d'une superbe écriture, d'une fermeté et d une personnalité rares, appartient aux dossiers des Archives nationales (^çecf/o/f moderne) : collection d'autographes, n" 220. Oo'Si^TX'S s (Benjamin). Lettre au Consul Sieyès ; 24 brumaire an VIII (15 novembre 1799); une pièce. — Elle est revêtue (en tête) de plusieurs annotations que je reproduis scrupuleusement. x\ droite : " 8eine-ct-()ise. Le c. Benjanun Constant demande une place d'ad"^^"" ou de com'" dans le dép'.

Il ressort de cette lettre que, de bonne heure, Benjamin Constant avait voué à Sieyès une admiration profonde et une confiance absolue, au point d'invoquer son patronage, sans probablement le connaître beaucoup personnellement. — L'abbé Emmamiel- Joseph Sieyès méritait cette estime. Député aux Etats généraux par les électeurs de Paris, il apparaît en toute première ligne dès les débuts de la Révolution française. Il est un des promoteurs du Serment du Jeu de Paume, le 20 juin 1789; membre de la Convention nationale, il vote la mort de Louis XVL Membre du Comité de Salut public après le 9 thermidor, il refuse de siéger dans le Directoire, étant adversaire déclaré de la Constitution de l'an III ; mais il entre au Conseil des Cinq-Cents, où il fut très influent. Ambassadeur à Berlin (1798), bientôt il s'entendit avec Bonaparte, eut une grande part au succès du 18 brumaire. Nommé consul provisoire, il présenta la nouvelle Constitution, dite de l'an YIII. Joué par Bonaparte, qui imagina le titre de Premier Consul pour demeurer seul chef du gouvernement, il fut pourtant favorable à sa dictature. Sieyès, ensuite, se retira. Plus tard, il devint sénateur et comte de l'Empire. Il vécut dans l'exil de 1815 à 1830. Esprit géométrique et philosophique, Sieyès fut sans conteste, à tous égards, un des hommes les plus remarquables de la Révolution.

On connaît déjà Cabanis. — Daunou et Boulay, dont se réclame Benjamin Constant, ne sont pas moins célè-

1™ D"° 27 Brum^'= n" 1592. n" 55. — A gauche, en travers, ce mot, de la propre uiain de Sieyès : « Renvoyé au ministre de l'intérieur. Sikves. i> Et, à l'encre rouge : K'' 1" n" iOi. — La pièce porte, sur un timbre sec rectangulaire, l'écusson : Archivks du Royaume. Section administrative.

btes. Daiinou {P .-Claude-François)^ savant et académicien (1761-1840), professeur chez les Oratoriens, dt'puté à la Convention, puis au Conseil des Cinq-Cents, professeur d'histoire au CoUc'^ye de France, devint membre de la Cliamhre des députés et pair de France sous Louis- Philippe. Il avait l'esprit fort sensé, et il travaillait comme un bénédictin.

Claude-Josepli, comte Boulay, dit de la Meurllie (1761- 1840) (I), membre du Conseil des Cinq-Cents, favorisa, lui aussi, le coup d'Etiït de jjrumaire, s'attacha à Bonaparte, refusa le portefeuille d(^ la police, fut nommé président de la section de lé^jislation au Conseil d'État, et prit une part active à la rédaction du Code ÏNapoléon. — Ministre d'Etat aux Cent-Jours, il fut avec Benjamin Constant un des rédacteurs de V Acte additionnel aux constitutions de C Empire^ et tenta vainement d'établir sur le trône IVapoléon II. Il fut exilé au retour des Bourbons. Ses Mémoires sont encore inédits (2).

On possède d'autres lettres de Benjamin Constant au directeur Sieyès (voir les Bulletins Cliaravay)^ où il fait appel à sa faveur en vue de sa candidature aux prochaines élections du Corps lé(j;islatif. Constant semble avoir aspiré tout jeune à cette politique qui réserve à ses adeptes tant de déboires, mais aussi, parfois, cette illustration à laquelle la vanité trouve son compte. — Lettre autogr. sign. au citoyen consul Sieyes^

à lui seul, en mains propres. (Ce 22 an VIl-1799.

Ip. //i-4".) Il lui demande son appui auprès des patriotes pour être nommé au ïribunat... La réunion de Genève,

M) Mêmes dates exactement que pour Daunou. (2) Voir sa notice dans la Grandk E^cyclopkdie, ainsi que celle de Baudin, dit des Ardennes, conventionnel.

dit-il, l'a déclaré Français né^ quoiqu'il le fût déjà jDar une loi... " Qu'il me sera doux de vous devoir et le bonheur d'être utile à la liberté et celui d'entrer dans une carrière que j'ai toujours désirée comme celle de la véritable p^loire ! ...» Cette phrase cadre bien avec d'autres, que nous avons citées, où Benjamin Constant avoue son goût excessif de la popularité. On aimerait mieux lui entendre dire uniquement qu'il compte être utile et bien agissant dans cette carrière : mais quoi ! le détachement de soi-même n'est guère de ce monde, du monde politique en particulier. Briller d'abord, puis songer au bien public, la chose est commune.

Benjamin Constant, après avoir passé à Bruxelles la fin de l'année 1815 (novembre 1815-janvier 1816) et à Londres les premiers mois (février-juin) de l'an 1816 (1), se trouvait à Spa au mois d'août. Sa santé n'était point florissante alors; celle de sa femme non plus. Il écrivait, le 17 août, à Mme liécamier : « J'ai mené Mme de Constant ici très indisposée et presque aveugle du climat de l'Angleterre. Ses yeux se remettent, et les eaux lui font du bien. J'ai été menacé d'une maladie grave pendant quelques jours. J'y ai échappé pour le moment. — Nous avons à Spa un mélange de société que sa variété rendrait amusant, si l'ennui secoué cessait d'être de l'ennui. La mode est de monter à cheval depuis sept heures du matin à huit heures du soir, et l'on ne voit que des quadrupèdes... Du reste,

(i) Cf., dans le recueil de sa correspondance avec Mme llccaniier (publié par Aime Ch. Lenormant; Paris, Calinann Lévy, J882, in-S'^), les neuf lettres datées de Bruxelles (6 nov., 8 nov., 12 nov., 20 nov., 29 nov., 7 déc. 1815, et 3 janv., 10 janv., 14 janv. 1816), et les trois lettres datées de Londres (27 févr., 14 mars et 5 juin 1816). — Pages 259-300 inclus.

SIJU LKS IIOUTKS D'ALSACE 31.".

la nuijoritô est anglaise et vit à l'aii(;laise. On joue peu, le specta(;le est mauvais, le temps détestable (1). Je ne m'ennuie pas parce que j'ai le sentiment (jue je ne m'amuserais pas plus ailleurs... Nous irons d'ici, je crois, à Paris. Mais je me suis fait des règles sévères sur ce séjour. Je n'y verrai positivement pas une âme, et personne n'aura avec moi la satisfaction de m'exclure ni le plaisir de la générosité. Je ne veux être pour personne une occasion de vertu. Mes projets ultérieurs sont fixes, mais seraient ennuyeux à détailler... n

La veille, il avait expédié cette lettre curieuse :

Spa, ce 16 Aoust 1816.

« Monsieur,

« Après le bon accueil que vous avez bien voulu me faire à Calais, vous ne trouverez pas extraordinaire que je chei'clie un prétexte pour me rappeler à votre souvenir. Je crois en avoir trouvé un tolérable, et je m'en prévaux tout de suite. Lorsque vous avez eu la bonté de

(1) Constant n'était assurément pas fait pour la vie de casino. Le jeu seul lui agréait. On trouvera clans un rapport subséquent la note sévère d'un préfet, informé qu'aux eaux de Bade il s'est conduit d'une façon scandaleuse, ne quittant presque pas le salon de la roulette. Ceci n'est pas exceptionnel : Benjamin Constant fut plus d'une fois [jêné, yoire décavé, dans la deuxième partie de son existence. Car il était joueur comme la dame de pique, alors même — le pauvre homme! — que l'autre dame, celle de ccfur, lui souriait le moins. L. de liOMKNiK (Notice précitée) le constate en ce blâme de forme un peu solennelle : « Benjamin Constant, sevré par l'âge d'émotions plus chères, donnait malheureusement une part de sa vie aux émotions du jeu. »

Il avait soixante ans sonnés alors, en 1827.

viser mon passeport pour aller de Calais à Spa par Dunkerque, j'ai oublié de vous prier, comme ce passeport étoit pour Paris, d'ajouter qu'il seroit bon pour continuer ensuite ma route pour cette capitale. Oserais-je vous demander si, retournant par une frontière qui ne sera plus de votre ressort, je n'ai pas à craindre d'y éprouver quelque difficulté? Si cela étoit, je pourrois facilement prévenir cet embarras, en m'adressant à M. de Gazes (s/cj ; mais je n'aime pas à me donner une importance à laquelle je suis loin d'aspirer, et qui seroit d'autant plus ridicule qu'elle seroit moins fondée. Si mon doute sur la validité de mon passeport, que le visa pour ressortir de France auroit seul pu détruire, est tout à fait cliimérique, veuillez m'en informer par un mot; ou si vous le partagez, le plus simple ne seroit-il pas que je vous renvoyasse ce passeport pour que vous y ajoutiez : et revenir de là en France? — J'ai commencé ma lettre en vous disant que j'avais cbercbé plus que toute autre cliose. Monsieur, une occasion de n'être pas oublié par vous, et je la finis, en profitant de cette occasion pour vous offrir les assurances de ma reconnoissante et très baute considération (1). »

Bknj. de Constant.

(1) Nous avons découvert cette lettre dans le dossier politique de Benjamin Constant, aux Archives nationales. Elle ne porte pas de suscription. Elle était sans doute à l'adresse du commissaire de police du port de Calais. On remarquera le style parfaitement courtois de ce billet. C'était, pour le dire en passant, la note familière à Benjamin Constant. Toujours, à la tribune comme en sa correspondance privée, il observe un ton poli, conciliant, qui, lors même qu'il était véhémentement pris à partie, ne s'abaissait jamais aux triviales grossièretés dont, pas plus qu'un autre, ou mieux, moins que beaucoup d'autres, le langage parlementaire n'est exempt. Ses adversaires même lui rendaient cette jus-

Dép'. du Pas-de-Gaf-ais t:t littoral du Dép'. du Nord. — Commissariat spécial (1) de police.

A S. F., le ministre de la police (jénérale^ à Paris.

Calais, 20 août 1816.

il Monseig^neur,

<( J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence une lettre qui m'a été écrite par M. Benjamin de Constant. Le passeport de M. l'ambassadeur, qui lui a été délivré à Londres, étant pour Paris, je crois pouvoir accéder à sa demande et lui écris en conséquence.

a Je suis avec respect, Monseig^neur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »

(Signature incerlaine) (2).

tice. — Rapprocher cette lettre de celle que nous donnons à 1^4^pendicc (p. 520), où Constant prend ses mesures pour ne pas être fouillé ou perquisitionné au cours de ce voyaji^e.

(1) Le mot est écrit en abrégé. Je lis spécial. Cela pourrait être aussi principal ; je ne le crois pas.

(2) Quelque chose comme : Maurice (VFscnloire ('?). — Le ministre de la policée a écrit de sa main, nu haut de la marge : « Qu'il lui envoie un nouveau passeport, pour plus fie sûreté. » — Presque toutes les signatures de ces fonctionnaires sont illisibles sur les pièces des Archives; mais nous les avons restituées sans peine, grâce au secours de V Almanach royal.

Paris, le 26 août 1816 (1).

A M. le Commissaire spécial de police, à Calais.

u J'ai reçu, Monsieur, avec votre lettre du 20 de ce mois, celle que vous a adressée M. Benjamin de Constant (2). Vous avez fort bien fait d'accéder à la demande qu'elle contient; mais, pour plus de sûreté, je vous invite à envoyer un nouveau passeport à M. de Constant, portant, comme il le désire, la destination de Paris. ')

Note.

Voir une correspondance de M. le Préfet de la Sartlie (3), des mois de septembre et octobre 1820, relative au voyage de MM. Lafavette (4) et Benjamin Constant .f au dossier 8, 37' ohjet (jénéral. Affaires diverses.

(V) Cotte pièce est une minute, non signée. Elle émane du ministre de la police générale à Paris (le comte Anc/tès^.

(2) C'est la seule fois, dans tout ce dossier, que nous trouvons le nom de Benjamin Constant précédé de la paiticule.

(3) M. (le Nuqent, préfet au Mans.

(4) Voir le jugement porté sur La Favette par M. P. Thurcau- Dangin (Ze Parti libéral sous la Restauration, pp. 41-V7 inclus\ L'auteur de cette étude historique s'y montre austère et rigide à l'égard de ce patriote comme à l'égard de Benjamin Constant luimême : « Veut-on analyser les sentiments qui inspiraient la constance et le dévouement de ce libéralisme? On v trouverait avant tout le besoin de la louange, etc. >• — Chateaubriand disait de La Fayette, non moins durement : « I/aveuglement lui tenait lieu de génie. »

PREFECTURE du

LOIRET ^ Monsieur le Baron Mounier (1).

(Confidentielle)

Orléans, le li octobre 1820.

a Monsieur le Baron,

u J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. de Constant (Benjamin) est arrive hier à Orléans, à huit heures et demie du soir, avec sa femme, un jeune homme â[>é de vingt-quatre ans, et une femme de chambre, dans sa voiture conduite par des chevaux de

(l) Claiule-Philiherl-Kdouard, baron Mounier, lils de Jean- Joseph Mounier (1758-1806^ qui joua un rôle considéra!)le aux États (bi J)auphinc, aux États {jénéraux, et dans plusieurs journées fameuses de la Révolution, était né, comme son père, à Grenoble (le 2 décend)rc 178Vi; il mourut à Passv, le il mai 1843, après une carrière politique remarquable surtout par la versatilité dont il lit preuve. Cet heureux homme eut la chance, en effet, ou l'adresse d'agréer à tous les régimes. Auditeur au Conseil d'État en 1806, intendant à Weimar et en Silésie en 1807 et 1808, secrétaire du cabinet de Napoléon en 1809 et baron le 31 décendîrc de la même année, pour ses étrennes, il se rallia aux Bourbons, fila en x\lleinagne pendant les Cent-Jours, et fut récompensé de sa fidélité par un siège de conseiller d'Etat en 1816. Il occupa, en 1818, les importantes fonctions de directeur général de l'administration départementale et de la police, sous le ministère du duc de Richelieu, et, après la retraite de celui-ci, fut nommé pair de France (5 mars 1819"). Il prêta serment ensuite au gouvernement de Louis-Philippe. C'était, par conséquent, un opportuniste avant la lettre, ou, si l'on veut, un homme à convictions successives, dictées par le seul souci de plaire au pouvoir.

la poste de Saint-Ay, dernier relais de la route de Tours à Orléans.

u II n'est point sorti de l'iiùtel de la Boule d'Or (I), dans lequel il a logé, et il n'a vu personne.

u II a écrit trois lettres, qui ont été mises à la poste ce matin; elles étaient adressées à des négociants, l'une pour Paris, les deux autres pour Nantes.

« Ce matin, entre sept et huit heures, il s'est remis en voyage par la route de Pitliiviers.

« J'ai lieu de croire qu'il se rend chez M. de Sarsteintein (sic), arrondissement de Montargis.

(i J'ai donné avis du voyage de M. de Constant, par voie accélérée, au sous-préfet de Pithiviers (2), en lui prescrivant de prendre toutes les mesures qui sont en son pouvoir, tant par les voies de police que par les relations sociales, pour être instruit de toutes ses actions, et se mettre à portée de déjouer les intrigues auxquelles il pourrait vouloir se livrer. Je l'ai chargé de prévenir de sa marche ses collègues, suivant la direction qu'il prendra; et, par prévoyance, je leur ai mandé sa présence dans le département : à tous j'ai recommandé une grande prudence.

li J'ai l'honneur d'être, avec une respectueuse considération, Monsieur le Baron, votre très humble et très

obéissant serviteur. »

Le Préfet du Loiret,

Le V" de Biccé(3).

( i) ï*rès fie la place du Martroi, point central de la ville.

(2) Le baron Asseliii.

(3) En cette même année 1820, Constant avait fait paraître sa Lettre a M. Goyet, électeur de la Sarthe ; Pièces relatives à la saisie de lettres et de papiers dans le domicile de MM . Goyet et Pasquier, avec quelques réjlexions sur la direction de la police générale (1820, in-8"J.

extrait d\ine lellrc d'ioi habitant de Paris sur la slluation du (jouvernemenl (l).

Paris, 19 juin 1797.

u Un des liommes qui joue (sic) le plus (jrand rôle, parmi les nouveaux républicains, est un Suisse nommé Benjamin Constant^ qui était, dit-on, secrétaire du du(; de Brunswick, lors de son entrée en France, et qui fabriqua sa foudroyante proclamation. Ce Benjamin a hésité lon(>temps avant de se déclann\ Depuis le 9 thermidor jusqu'au 13. vendémiaire, il tint une conduite assez adroite pour lui permettre de crier, selon les événements : « Vive le Roi! jj ou : « Vive la Liçjue! » La victoire de vendémiaire le décida : il écrivit plusieurs ouvra[>es fortement républicains, se iiattant que les suffrages se porteraient sur lui ; mais, comme ce ne sont plus les faiseurs de pamphlets qui captivent aujourd'hui la confiance, il perdit ses efforts. Il cherche à se dédomma(>er au Luxembourg de l'indifférence des corps électoraux. Il est à présumer que son zèle y sera mieux récompensé : abstraction faite du talent de Tintri^^ue que ce Suisse possède éminemment, et dont la baronne de Staël lui donne encore journellement des leçons, il a, comme écrivain politique, quelque mérite ; son stile est concis, nerveux (2), mais quelquefois un peu obscur. »

(1) A Ilumbour^j, cliez Fauche et C"^, et ù la Bibliotlièquc royale, à Paris. — Cf. Le Spectateur du Nord, t. II, p. -VCI.

(2) Ceci n'est pas toujours vrai, loin de là, surtout en ce qui concerne la correspondance. Constant est, parfois, diffus et verbeux; mais l'intérêt du fond rachète le plus souvent ce vice de forme.

PREFECTURE de la

wos'LLK A Monsieur le Dir cteur-ye'ncrat

■"* de l'admm'siratiofi dépar terne ntale

Bureau particulier . , ,.

et de la pouce (1).

Metz, le 24 août 1S21.

a IMonsieur le Directeur-g-énéral,

u Le général Foy, après avoir séjourné vin};t-quatre heures à Metz, est parti ce matin pour Strasbourg. Il est accompagné de son frère, qui est en même tems son aide de camp. Ils ont déclaré qu'ils allaient aux eaux de Bade. On prétend que le (;énéral Foy a dit à quelqu'un qu'après avoir rejoint M. Benjamin Constant à Strasbourg, il irait avec lui chez M. d'Argenson auprès de Mulhausen. M. le colonel de gendarmerie s'est chargjé de me rendre un compte exact des actions du général Foy pendant son séjour à Metz. J'attends encore son rapport.

« Le général Sébastiani se rend aux eaux de Spa : « On m'assure que M. Manuel a quitté les eaux de Gontrexeville pour aller à celles de Bains, d'où il rejoindra ses collègues chez M. d'Argenson.

<( Les voyages de ces députés agitent les libéraux et leur font croire qu'on prépare de nouveaux événements.

(Il Archives nation ai, ks, F''. 6719 (Police générale: affaires politiques : 1814-18130. 8371. JJcpuies. A-F. Dossier de Maxiinilien-Sébastien Foy et sa famille.

SUR LES ROUTES I)' Al.S AC D 323

On dit ici que Ui (jénéral Toy va à Bade s'aboucher avec le Prince Eu{|ènc tandis que les autres députés, réunis chez M. d'Ar(|enson (l), achèveront de mûrir la révolution qui doit replacer sur le trône le Fils de Bonaparte.

« J(î suis avec une haute considération, Monsieur le Directeur-(>énéral, votre très humble et très obéissant serviteur. ;>

u Le Préfet de la Moselle,

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