‹ Benjamin ConstantChapitre 26 sur 60 · DE TOCQUEVILLE · texte numérisé non relu

DE TOCQUEVILLE

Après son rapport, il ajoute :

u Le général Sébastiani vient de sortir de France par Longwy. On mande de Verdun, où il a passé, que le motif c[u'il donne à son voya^je est de se rendre aux eaux de Spa. "

De son côté, le préfet du Haut-Rhin, dans une lettre datée de Colmar, 5 septembre 1821, traite Foy de cliarlatan politique.

Diable! voilà qui est grave!... Ainsi, en 1821, Constant était soupçonné de fomenter avec ses amis, en des voyages et conciliabules inquiétants, une restauration napoléonienne au profit du duc de Keichstadt, âgé de dix ans! — Je soumets ce document à l'auteur de IWiijloii et à M. Henri Welschinger, si bien informés tous d(Uix de tout ce (jui touche au [loi do Rome (2).

(l) Voyev (l'Arçicinott était représentant du llatit-llliiii .

(^2) Eu{jène (te H-jauliarnais, après la chute de IM'.iupiro. s'était retire auprès de son beau-père, le roi de Bavière. 11 mourut à Munich, en 1824.

324 liENJAMIN CONSTANT SOUS L'OEIL DU GUET

Ce même carton P. 6719 contient encore d'autres pièces intéressantes sur le général Fov, sur la surveillance maligne dont il fut Tobjet, sur les souscriptions que l'on organisa pour lui élever un monument, etc. — Une lettre du préfet du Bas-Rhin, maître des requêtes, adressée au Directeur-général de l'administration départementale et delan^oUce (Strasboi^rg, le 26 août 1821), consigne une de ces réceptions banales dont on trouvera tout à l'heure plusieurs relations presque identiques entre elles : u Monsieur le Baron, — J'ai l'honneur de vous informer que M. le général Foy est arrivé à Strasbourg dans la soirée du 24 — On parlait ici depuis plusieurs jours de la procliaine arrivée de ce député, et de celle de MM. Etienne et Benjamin Constant, et l'on annonçait que des sérénades devaient leur être données... " — On en donna une, en effet (poursuit le préfet), au général. Cette petite fête se passa sous la pluie; cela dura vingt minutes. Les musiciens jouèrent l'air : Où pevt-on être mieux... ^ etc. Une voix seulement cria : a Vivent les défenseurs de la liberté hi D'autres : u Vive le général Foy! » A la fin, on cria : « Vive la Charte! " — Foy, couché sans doute, ne se montra point (1).

Foy paraissait volontiers en public aux côtés de Benjamin Constant, et surtout d'Horace Sébastiani (2).

Tous trois, Foy, Sébastiani, La Fayette, ont inauguré cliez nous, — avec les meilleures intentions du monde, s'entend, — la funeste lignée des généraux politiciens abandonnant la carrière des armes pour l'arène parle-

(i) Le général Foy mourut quatre ans plus taid, en 1825.

(2) Au cabinet des Estampes, on trouve souvent leurs deux portraits unis. Ceux Je Sébastiani sont nombreux. On admire sa belle tête italienne, à la fois énergique et caressante.

SUR LES ROUTKS D'ALSACK 325

niontairc, et perdant sur ce second champ d'action une partie du presti(je que leur avaient conquis leur inaltérable dévouement à la patrie et Tutile emploi de leurs vrais talents. — l^c; comte Horacc-François-Basticn Sébaslianl (1772-1851), (jui dexail si lon^jtemps survivic à s(;s amis libéraux, avait, };énéral et maréchal de l'rance, conservé ràm(î aventureuse d'un partisan. Compatiiote de Napoléon IV^napai'te (I), élevé dans ces taillis de Corse où sifflent plus de balles que de merles, dressé précocement au coura^je, au mépris du danger, nommé chef de bataillon à 24 ans pour sa belle conduite à Arcole (nov. 1796), il s'associa au coup d'Etat du 18 brumaire, se distin(>ua dans la plupart des {juerres de ri^Lmpire, notamment dans la campagne de 1812, — à Smolensk, à la Moskowa, etc. — Membre, aux Cent-Jours, de la Chambre des représentants, c'est lui qui ménagea l'entrevue fameuse entre Renj. Constant et Napoléon, lequel, pour mieux affirmer sa transformation en souverain libéral, chargea son ancien prosciit de rédiger Y Acte adcliiiomiel, promulgué le 22 avril 1815.

Commissaire, après Waterloo, désigné pour négocier la paix avec les alliés, Sébastiani demeura sans emploi dans l'armée sous la Restauration. Élu député par la Corse en 1819 (de 1819 à 1824), puis par le collège de Vervins en 1826 (de 1826 à 1830), en remplacement du général T oy, il siégea à l'extréme-gauche, fit échec même au ministère Martignac. 11 eut, le 7 nov. 1830, le portefeuille des affaires étrangères, qu'il garda près de trois ans, devint ensuite ambassadeur à Naples (avril 1834), puis à Londres (7 janv. 1835-7 fév. 1840), où Guizot lui

(1) Né à La Portii, près de Haslia, le 15 novembre 1772; mort à l'aris, le 20 juillet 1851.

succéda. Ces fonctions diplomatiques lui avaient été confiées par Louis-Philippe, qui le traita toujours avec faveur et lui donna en 1840, près de trente ans après ses derniers exploits militaires, le bâton de maréchal. — Sébastiani était, lui aussi, un libéral convaincu. Ce n'est pas un écrivain (1). Si l'on peut former un énorme infolio de tous les discours que Benj. Constant prononça, pendant quinze ans d'opposition, sur la seule matière de la liberté de la presse, je ne sache pas que Sébastiani ait écrit même une brochure qui compte... Mais, comme Constant, il eut à lutter publiquement et contre les ennemis de la liberté, et contre les meneurs des sociétés secrètes (2), (génération nouvelle, et toute bouillante, qui d'un bond voulait dépasser les champions prudents de l'indépendance et du progrès.

(1) Sébastiani n'était pas davantage orateur : " Nul cnlhonsiasnic, nulle flamme, dans sa parole froide et flasque. » — Voir son portrait, peu flatté (poseur déclamatoire, fat solennel, plein de lui-même, etc.) dans l'ouvrage précité de M. Tuureau-Dasgix, Le Paili libéral sous la Bestauratîoii, pp. 419-V21. « C'était l'opposé du général Foy, qu il avait, disait-on, le désir de reuiplacer. »

(2) Sur l'intrusion dans les cercles libéraux de ces périlleux chefs de file, cf. ÇRevue des Deux-Mondes, \." janvier 1833) le beau portrait en raccourci de Benjamin Constant par LoÈve- Veimars, article animé par un goût ardent des lettres et de la liberté.

A Messieurs les ëiccleurs du premier arrondissement du déparlement de ta Seine (1).

Messieurs et honorables collègues,

« J'espérais concourir avec vous à la nomination qui doit résulter de vos suffra(jes. Une difficulté inattendue, élevée par M. le préfet, au sujet de mon domicile dans c premier arrondissement, la veille même de la réunion électorale, me privera de cet avantage. Le soin pris par ce magistrat de n'envoyer les cartes d'électeurs que deux fois vingt-quatre heures au plus avant la convocation, de manière que nul n'a pu savoir jusqu'au 28 au soir s'il ne recevrait pas la sienne, m'empêche de lever cette difficulté avant le moment où nos opérations doivent commencer. Tous les artifices sont naturels sous une administration qui ose prescrire nominativement à des électeurs indépendans le choix qu'ils doivent faire.

u Le courage avec lequel la majorité d'entre vous. Messieurs, a lutté, il y a quatre ans, contre les manœuvres

(1) Échantillon aninsant du style de proclamation et profession de foi de Benjamin Constant dans sa maturité politique. On devine en son ton une violence, une rage sourde ; il proteste contre les uianonivres de la dernière heure. Son manifeste rappelle bien des afUches plus récentes. Les mœurs électorales n'ont guère changé !

d'un ministère bien plus liabile, et peut-être moins antinational que celui-ci, nous permet à tous d'espérer que vous repousserez une indication qui a l'air d'un ordre, et qui est une insulte à nos droits et à nos libertés. Vous prouverez ainsi que vous ne redoutez ni les empiétemens d'un préfet qui méconnaît les limites de son autorité, ni' les vexations dune police qui, pendant une élection, c'est-à-dire au moment où la publicité devrait être plus respectée que jamais, défend la vente des journaux du soir, afin que les sections ne soient pas instruites de leurs opérations respectives.

a Et pour profiter de leur ignorance, ne respectant pas même les principes professés par les ministres, qui, dans leur projet de loi sur la presse périodique, quelque vexatoire qu'il soit, ont déclaré que les journaux seraient libres, dans le cas d'une dissolution de la Gbambre.

(( L'injustice de M. le préfet à mon é[}ard m'ayant engagé à vous expliquer, Messieurs, pourquoi je ne puis me réunir à tant d'bonorables citoyens, dont les anciennes bontés me pénètrent encore de reconnaissance, j'ose profiter de cette occasion pour vous rappeler que, depuis la loi du 29 juin 1820, les collèges électoraux d'arrondissement sont la seule et dernière ressource de la France, frappée cbaque jour dans le petit nombre d'institutions qu'elle avait conquises. Je sais que leur tâclie est difficile. Je n'ai point oublié que, l'année dernière, des présidens n'ont pas rougi de pénétrer illégalement dans le secret des scrutins, et d'écarter ouvertement toute surveillance. Mais, si les moyens de la menace et de la séduction sont puissans, le zèle aussi a sa puissance. Vous avez lu les projets que nous a proposés le ministère : vous assistez à nos discussions : vous connaissez la Chambre.

SUR LES ROUTKS D'ALSACK 320

«Ajouter un seul mot serait faire injure à votre patriotisme et à vos lumières. La génération ({ue 1789 avait émancipée ne voudra pas lé{juer à ses enfans la servitude de 1788.

a A{jréez, Messieurs et honorables collè(}ues, Thomma(je de mes rc(jrets et de mon respect. »

députe (le la Sarthe

Rue (rAnjou, n» 17 (1).

Ce 28 janvier 1822.

Pour réduire à néant, en s'abritant derrière la léfjalité, les doléances articulées par Benjamin Constant, le préfet de police, Delavau, tout récemment installé quai des Orfèvres (2), écrivit spontanément au ministre de l'intérieur, vicomte de Marti(;nac, une lettre explicative, amusante surtout par les détails qu'elle renferme sur les feuilles parisiennes, dont le nombre et le débit étaient relativement assez restreints encore dans le premier quart du dix-neuvième siècle. La lettre de Constant avait été distribuée dans Paris dès le lendemain du jour dont elle porte la date, c'est-à-dire le 29 janvier, dans la matinée.

(1) En 1827-28-29, Benjamin Constant, député de la Seine, demeurait rue d'Anjou-Saint-Honoré, n" 15. — En 1830, on le trouve toujours à la même adresse. Il est alors députe du Bas- Rhin (cf. XAlmanach royal desdites années^.

(2) Depuis un mois exactement (20 décembre 1821), il remplaçait le comte Angles, nommé le 29 septembre 1815; et il céda lui-même la place à Debelleyme le 6 janvier 1828. A 1 Hôtel-de- Ville, le préfet de la Seine était alors le comte Chabrol de Volvic, conseiller d'Etat, commandeur de la Légion d'honneur, et membre de l'Institut royal (académicien libre, section des Beaux-Arts).

CABINET

Âii niinlsti-e de Clntérleur.

Prdfet de police (1).

1822. — 29 janvier, a 4 heures.

u Monsei{}neur,

u Je m'empresse de faire parvenir immédiatement à Votre Excellence une lettre imprimée que M. Benjamin Constant a fait distribuer ce matin aux électeurs de Paris.

u En ce qui touche les plaintes de M. Benjamin Constant contre M. le préfet de la Seine, et la difficulté élevée sur son domicile, il n'y a (pi'une chose à dire : c'est qu il se plaint de ce que la loi a été exécutée à son é|]ard comme à ré(;ard de beaucoup d'autres. Il voudroit, sans doute, qu'un privilège fût établi pour lui. M. le comte de Chabrol, au reste, pourra transmettre à Votre Excellence des détails qui établissent positivement la légalité de sa marche.

u 2° Quant à l'inculpation dirigée contre le préfet de police relatives (sic) à l'interdiction de la vente des journaux du soir :

« L'article 290 du Code pénal défend positivement

(1) Cette pièce me semble écrite, en entier, de la main du préfet de police en personne (Delavau). L'en-tèlc même est écrit à la main, et non imprimé.

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(l(î crier ou colporter des (''crits iinj)rini(''S, sans autorisation do la [)olic(;, sous pcino de six jours à deux mois d'eniinisonuement (l). Des ordonnaïK^es de police anciennes et toujours en vi{)ueur règlent Fapplication de (.'et article.

« Le colportaf/e des journaux dans les rues est donc formellement défendu par la loi.

" A mon arrivée à la Préfecture, j'ai eu l'honneur de demander à Votre Excellence si elle desiroit que l'application de la loi fut faite aux journaux du soir C Etoile et le Pilote, qui étoient ainsi colportés dans les rues.

a Le Pilote m'avoit demandé cette autorisation dans les premiers jours de mon administration; et je l'avois refusée, parce que la loi est formelle.

u On n'en a pas moins continué à faire ce colportajje dans les rues et sur le Pont-Neuf. — C'est alors que j'ai fait intimer l'ordre aux édit(;urs de l'Etoile et du Pilote de ne plus, à l'avenir, crier ou colporler leur journal.

u Je prie Votre Excellence de remar<juer (ju'on a dénaturé le droit et le fait.

" Je n'ai point empêché la pjihlication du journal; je Yïcn avois pas le droit; mais j'ai défendu de crier et colporter dans les rues; ce dont j'avois le droit établi formellement par la loi.

« Gela est si vrai que, si l'on ne crie plus les journaux du soir dans les rues, on peut en prendre lecture dans tous les caffés (sic) et cabinets de lecture, et que

(1) Il est tout naturel d'opposer à ces mesures prohibitives de l'ancien temps la pleine licence qui règne à notre époque, où les camelots des boulevards, vendeurs de feuilles pubHques, liurlent à nous rompre les oreilles, en assaisonnant parfois leur marchandise d'annonces mensongères et de nouvelles controuvécs. Il est rare qu ils soient inquiétés par la police, même en ce cas-

tout le monde les reçoit à domicile; hier, premier jour des élections, tout le monde a pu les lire.

« Une autre remarque encore que je dois faire à Votre Excellence, c'est que ce n'est nullement dans la vue des élections^ mais par une décision antérieure, et pour l'exécution de la loi, que j'ai intimé cette déffense (sic); et ce qui l'a déterminée principalement, c'est que les colporteurs accompagnoicnt la vente du journal de réflexions et de commentaires de nature à troubler l'ordre publique (sic).

u Je prie Votre Excellence d'excuser la rapidité (1) de la rédaction de cette note.

a J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseig^neur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur. »

u Le Préfet de Police, « G. De LAVA u. »

fi) L'écriture, en effet, est assez mauvaise; on compte plusieurs ratures et quelques fautes dordiograplie. C'est écrit en hâte, au pied levé.

Extrait d'une lettre adressée au Préfet du Loiret, le 6 mai 1822.

u Je suis informé que les députés Benjamin- Cous tant et Manuel se trouvent au château de La Ferté-Saint- Aubin (1), appartenant au \)VincQ. à' Esseling (sic), et l'on m'assure que le (général Foy doit aussi se rendre à ce château. Gomme La Ferté est la première étape au delà d'Orléans, on pourrait présumer que la réunion de ces députés dans cette commune aurait pour objet de travailler l'opinion du 4« ré(jiment de li^nc, qui se rend de Paris à Toulouse, en passant par Orléans. '»

(Voir 8873.)

L'inculpation, ou, si l'on veut, l'imputation que renferme ce simple avis est grave au premier chef, si grave même qu'elle en est proprement absurde, inadmissible. Gomment! ces messieurs — et dans le nombre il v a

(1) La Ferté-Saint-Aubin est un chcf-Hcii de canton du département du Loiret (arrond. d'Orléans, à 19 kil. sud du chef-lieu), qui compte aujourd'hui près de quatre mille âmes et qui n'avait {{uère, au dé])ut du siècle dernier, qu'un millier dhabilants. Le château, entouré d'un superbe domaine de deux mille hectares, reconstruit presque en entier par Mansart, sous Louis XIV (il datait des treizième et quatorzième siècles), et achetv' en IT-VS par le maréchal de Lowendahl^ vainqueur de !a place de Berjj-op- Zoom, appartenait en 1822 aux héritiers du maréchal Masséna, prince d'Esslinjj, le héros de Rivoli, de Zurich et de Gènes, mort en 1817. — L'édiHcc fut, depuis, converti en orphelinat.

trois anciens soldats — sont accusés légèrement de ce crime infâme entre tous : tenter de débaucher Tarmée! Rien, assurément, dans leur passé, n'autorisait un semblable soupçon. Manuel, enrôlé volontaire en 1793, à dix-huit ans, comptait à sa libération, qui suivit le tr.iité de Gampo-Formio (oct. 1797), quatre ans de distingués services. Nommé représentant aux Cent-Jours, il avait marqué par son fervent patriotisme. Mais le gouvernement de Louis XVIII ne pouvait oublier que Manuel, élu député par la Vendée (18 17), avait vigoureusement tenu tête à la réaction royaliste, et, par sa tenace opposition, exaspéré le parti dominant. — Benjamin Constant n'avait pas davantage prêché l'iniliscipline et l'insoumission militaires; on le suspectait gratuitement. — Et Foy, artilleur à quinze ans, Foy, l'ancien élève de Dumouriez en 92, l'ancien subordonné, en Portugal, de Masséna, maréchal prince d'Essling, le vaillant lutteur de la campagne de France, le blessé de Waterloo (1), Foy, que l'Empereur avait fait général de division, et que Louis XV 111, dès son avènement, en 1814, créait inspecteur de l'armée, pouvait-on décemment l'englober dans une aussi honteuse enquête, lui, depuis trois ans le noble et éloquent défenseur des principes constitutionnels? — l'^^t La Fayette enfin! La Fayette, l'admirable auxiliaire des Etats-Unis d'Amérique, le commandant, à deux reprises, en juillet 1789 et en juillet 1830, de la garde nationale, le chef heureux, en 1792, d'une des armées destinées à refouler sur la frontière du Nord l'invasion étrangère, fallait-il que ce patriote dont le désintéressement, l'honnêteté et la hauteur

(Ij Sa quinzième blessure ! — Cf. TiiuniOAU-DANGiN, le Parti libéral, pp. 132-137.

SUR MCS ROUTES DALSaCK 335

d'àmc coin mandent le respect de la postérité, passât pour le centie d'un complot, pour le vul{;aire excitateur des commotions populaires (1) ! — Voilà donc (on croit décidément rêver quand on constate ces turpitudes), voilà à quels sots (jriefs, à (juelles présomptions d'attentats ne tenant pas debout étaient en butte, au milieu de Tan de {;r-àce 18^:2, des citoyens sans reproche, des hommes dont la rumeur publique, mieux informée (jue les policiers de l'Intérieur, vantait et consacrait déjà le d' vouement léjjendaire à la patrie (^)... » \Jais quoi ! tout leur était bon, à ceux-là. IMolière l'a dit :

Qui veut nover son chien l'accuse de la lajjc.

Les vrais enra^jés, c'étaient ces despotes, ces accusateurs en l'air : enragés à susciter des périls imajjinaires, pour feindre tous les jours de sauver le réjjime. C'est une manie qui n'est pas neuve, hélas; c'est une ortie qui repousse périodiquement sur notre vieux sol.

(1) La Fayette^ qui, sous le consulat et l'euipirc, n'avait voulu prendre nulle part aux affaires publiques, fut, en 1814, e'u membre de la Chambre des Représentants : à ce titre, il parla et vota pour la déchéance. Dans sa carrière de députe, sous la Restauration, d'al)ord de 1818 à 1824^ puis de 1827 à 1830, il lit une opposition très vive à la branche ainée des Bourbons. Il fut, de même, l'adversaire des d'Orléans^ après l'avènement aux affaires de Casimir-l'ericr (mars 1831).

(2) Le général Foy, anù de B. Constant (1775-1825), était député de l'Aisne (1819). Tout, dans sa personne et dans son talent, incarnait l'idée, si j)opulairc sous la Restauration, du soldat libéral. Un de ses plus remarquables discours fut celui où il combattit les lois suspensives de la liberté individuelle et de la lihcrté de la presse, qui furent présentées aussitôt après l'assassinat du duc de Berry. I.e dossier F^ renferme des feuilles de souscription. La mort de Foy avait donné lieu à une manifestation populaire des plus signiticalives et menaçantes .voir les

Extrait du rapport du Préfet de police en date du i" octobre 1822.

« La veille du départ du général Lafayette, c'est-à-dire dans la soirée du 24 ou 25 septembre, MM. Benjamin- Constant^ Lafitte (sic), Barbier-Dufay et Pages se sont rendus chez lui et se sont retirés dans l'appartement du général, où ils sont restés jusques à 2 heures après

minuit. ')

(V. Lafayette.)

Réunion secrète, conciliabule dangereux durant jus qu'à une heure indue, voilà ce que, doué d'une imagination grossissante, le préfet de police flairait sans hésiter dans ce qui n'était peut-être qu'une amicale causerie d'hommes politiques du même bord devisant, sans la moindre intention subversive, de leurs projets et de leurs espoirs, en fumant un cigare. Pour tout Argus, la défiance systématique est le commencement de la sagesse. — Le général manjuis de La Fayette, qui, après les journées de juillet 1830, nommé pour la

nombreuses csîaïupes du temps). Les uiujjasins furent fermés; un corlcj|e de cent mille personnes suivit sa dépouille (30 nov. 1825\ Un orateur ayant rappelé sur la tombe que le défunt laissait des enfants sans fortune : « La France les adopte! » cria-t-on. — Et une souscription, ouverte sans délai de toutes parts, produisit promptemcnt la somme d'un million.

SUK I.ES ROUTKS f)'ALSACE :}37

seconde fois clicf des [jaides nationales du royaume, contribua fort, dans ces fonctions que d'ailleurs il conserva peu de mois, au maintien de l'ordre et à l'établissement de la dynastie récente (I), La Fayette avait été, comme suspect sous le précédent réf;ime, {^ratifié d'un nombre incalculabb; de notes de police. Sans compter celles (jue l'on conserve aux Archives, et où l'on constate combien de fois, sans nul motif sérieux de culpabilité, il eut maille à partir avec les ser^jents de son pays, sans cesse le hasard des ventes d'autographes en représente de nouvelles : telle cette copie (2) d'une lettre confidentielle d'un commissaire de police de Meaux, datée de 1828, relative à une tournée électorale entreprise par le ma njuis dans le département de Seineet-Marne. Il avait 71 ans; et l'on appréhendait encore, mal{»ré son grand âge, son prestige et son activité.

(1) Ses sentiments pour la branche d'Orléans éclatent dans une lettre révélai rice, qui date de son extrême vieillesse (30 novembre 1830); il y rcfjrette de ne pouvoir se trouver parmi ses électeurs : il aurait été heureux de les aider à recevoir le jeune et^ a tous éffards, bien diqne héritier du trône civiffue.

(2) Voy. le Cataloç/uc A. Voisin, n° 249 (janvier 1005), p. 7, cote 13957 . — Sous la même rubrique de ce dossier tifi[uraient deux autres pièces, à savoir : une demande d indemnité au sujet des immeubles aliénés dans la Haute-Loire, au préjudice de La Favette, pcTidant la Révolution, et un acte relatif à la succession de Mme Anne-Louise d Aguesseau de Noailles, mcre de Mme la marquise de La Fayette. — Le général Gilbert Motier, marquis de La Fayette, e'tait né, en 1757, au château de Chavognac (Cantal) : il appartenait à une très ancienne et très noble famille d'Auvergne. (Jn de ses ancêtres, maréchal de France sous Charles VII, se signala pendant la guerre de Cent ans, où il prit une part active à l'expulsion des Anglais. Les Anglais étaient les ennemis héréditaires, et, en quelque sorte, personnels des La Fayette.

PREFECTURE de la

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