‹ Benjamin ConstantChapitre 30 sur 60 · BA3-RHIN N · texte numérisé non relu

BA3-RHIN N

A Son Excellence Monseigneur le Ministre Secrétaire d'Etat an département de l'Intérieur, à Paris.

Strasbourg, le 17 août 1827.

u Monsei(}neur,

a Par mon rapport du 14 de ce mois, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence de l'arrivée dans notre département de M. Benjamin Constant, se rendant aux eaux de Bade.

« Le 14, ce député a quitté Strasbourg pour retourner à Brumatli ; il a été escorté, à son départ de Strasbourg-,

par six individus, savoir : trois élèves en chirurgie, deux clercs de notaire, et le fils d'un aubergiste, qui l'ont quitté à deux lieues de la ville. Pendant le séjour de M. Benjamin Constant à Strasbourg, des meneurs ont travaillé les esprits à Brumatb ; et, à leur tête, on a vu figurer des ministres du culte protestant; pendaait la journée du 15, quarante à cinquante individus de Brumath se sont rassemblés à cheval, ayant à leur tête un aubergiste de cette commune; ils ont été manœuvrer hors la ville et se préparer à l'escorte qu'ils se proposaient à (sic) fournir, le lendemain, à M. Benjamin Constant; des émissaires ont été envoyés par l'aubergiste en question, dans les villages que ce député devait traverser, pour engager les habitans à se réunir à sa troupe; quelques paysans ont répondu à cet appel; on a vu le ministre protestant de Kurtzenhausen venir à la tête d'une partie des habitans de son village haranguer M. Benjamin Constant; une jeune fille lui a offert une couronne de fleurs. La cavalcade escortant M. Benjamin Constant est partie de Brumath pour Bischwiller (sic) le 16, à 10 heures du matin; la voiture était attelée de quatre chevaux blancs fournis par des propriétaires; une musique à cheval était à la tête de la troupe, dont moitié marchait devant la voiture, l'autre moitié derrière; cette troupe s'est renforcée en route d'une vingtaine d'hommes des communes qui se trouvaient sur la route; de sorte qu'en arrivant à Biscliwillerelle était de 50 à 60 hommes.

« M. Benjamin Constant a couché à Brumath les 12, 14 et 15; et, pendant les soirées des 14 et 15, des sérénades lui ont été données ; une partie de la population y a assisté, et les cris de : « Vive Benjamin Constant! Vive la Charte ! " et : u Vive le Roi! » se sont fait entendre ;

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il a lo{jé à Brumatli cliez M. Coulmanii, qui Fa accompagné partout.

il Prévenu un peu tard des dispositions des liabitans, crai{)nant qu il n'y eût du trouble et que la tranquillité ne fût compromise, je partis dans la matinée du 16 pour Brumath ; à mon arrivée dans cette ville, j'appris que M. Benjamin Constant en était parti avec son escorte depuis une heure et demie; je continuai ma route et me rendis de suite à Biscliwiller ; il y avait une heure que M. Benjamin Constant en était parti quand j'y suis arrivé (1)

« Malgré tous les efforts de M. le maire de Biscliwiller, une partie de la population, qu'on avait excitée depuis plusieurs jours, s'est portée, musique en tête, en avant de la ville, pour y recevoir le député libéral; là, des complimens lui ont été adressés, et des jeunes filles lui ont offert des fleurs; quatre chevaux frais lui ont été fournis pour continuer sa route sur Drusenheim; on dit qu'il se rend à Fort-Louis. Tout ce que M. le maire de Bischwiller put obtenir, c'est qu'on ne lui fournirait pas d'escorte.

" Les protestans de Brumath, de Bischwiller et des environs sont les seuls qui aient fait des démonstrations à l'occasion de l'arrivée de M. Benjamin Constant, et qui aient pris une part active dans les rassemblemens qui ont eu lieu à ce sujet.

« On a cherché à égarer l'opinion des liabitans de ces campagnes en leur disant que M. Benjamin Constant était leur père, leur sauveur; que, sans lui, il n'y aurait plus de liberté de conscience pour eux; une partie de

(i) Le heutenant llouzeau s'acharne aux trousses de Benjamin Constant; mais ce gendarme arrive toujours trop tard, comme les carabiniers de l'opérette.

ceux qui l'ont accompa(»né ont marché avec connaissance de cause, mais le plus grand nombre y a été par déférence pour les autres, et quelques-uns sans savoir ce qu'était réelement (sic) M. Benjamin Constant.

a Les meneurs et moteurs de toutes ces allées et venues sont bien connus, et je me suis fait un devoir de les sipjUaler à M. le Préfet.

u J'ai riionneur d'être, avec un très-profond respect, Monsei^^neur, de Votre Excellence le trés-bumble et très-obéissant serviteur. »

u Pour le chef d'escadron commandant la (jendarinerîe royale du Bas-Rhin, en congé,

u Le lieutenant de l'arme,

u HOUZEAU. »

Paris, le 17 août 1827 (1).

Au lieutenant de gendamœrie remplaçant par intérim le chef d'escadron à Strasbourg.

« M', j'ai reçu votre rapport du 14 de ce mois, relatif au passage de M. Benjamin Constant à Strasbourget aux circonstances (jui Font accompagné. Je vous remercie de cette communication. »

(1) Gel accusé de réception est une iniinttc.

PRKiECTURE du

BAS-RHIN A Son Excellence

,. ,. le Ministre de l'Intérieur.

1 ulice.

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