‹ Benjamin ConstantChapitre 33 sur 60 · HAUT-RHIN · texte numérisé non relu

HAUT-RHIN

A Son Excellence Cabinet du Préfet Ic Ministre dc ï! Intérieur.

Direction de la Police.

Colmca-, le 15 octobre 1827,

u Monseigneur,

a J'ai eu l'honneur d'entretenir Votre Excellence de la prochaine arrivée dans le Haut-Rhin de M. Benjamin Constant.

u II paraît qu'il attendait pour s'y rendre qu'on lui en fit l'invitation formelle. Un sieur Jacques Hartmann, manufacturier à Munster, s'est rendu, il y a quelques jours, à Brumath, sans doute pour inviter ce voyageur qu'on attend ici demain ou après. Il se rendra ensuite à Munster chez M. Hartmann.

H On lui prépare un banquet à Colmar. On a fait circuler, à cet effet, une souscription à laquelle ont été invités à prendre part les principaux fabricans dans tout le département. On voudrait que le nombre des souscripteurs fût de 150, ce qui ne sera pas difficile à atteindre si, comme à Strasbourg, on admet les libéraux de toutes les classes. Cependant, dans la crainte que l'objet de la souscription ne parût pas assez séduisant à quelques-uns, on a pris le parti de donner le dîner non pas à M. Benjamin Constant seul, mais aussi à M. Jac(jues Koechlin, ce qui rangera probablement

parmi les souscripteurs bien des gens qui, sans cela, n'y auraient peut-être pas fi(|uré.

" M. Frédéric Hartmann, membre du conseil général du département, et frère de celui dont j'ai parlé au commencement de cette lettre, connaît personnellement M. IJenjamin Constant. Aussi sa famille est-elle celle qui met le plus de clialeur dans cette affaire. On m'assure qu'il a dû se rendre avant-hier à Mulliausen pour faire des invitations. M. Benjamin Constant logera à Colmar chez un autre Hartmann, frère des précédens, qui a un appartement en ville.

« Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »

" Le Préfet du Haut-Rhin, u H. Jordan. »

PREFECTURE du

BAS-RHIN A Son Excellence le Ministre

de l'Intérieur.

Police.

Slrashoiirq, le 16 octobre 1827.

« Monseigneur,

a J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que M. Benjamin Constant a traversé ce matin cette ville, venant de Brumath pour se rendre dans le Haut-Rhin. Il a eu la précaution de faire venir ses clievaux extra muros pour ne pas relayer en ville. Je préviens mon collé(jue de Golmar de cette disposition.

te Je suis avec respect, Monsei^jneur, votre très humble et très obéissant serviteur. >>

" Le Conseiller cfEtat, Préfet^

u ESMANGART. ))

Au bas de la page^ on lit cette apostille (de la propre main du préfet) :

(( M. B. G. est complètement discrédité ici; à l'exception de cinq ou six personnes, tout le monde Fa abandonné. 11 avait voulu former ici un parti parmi les protestans ; j'ai vu qu'il commençait à réussir; mais, depuis que je l'ai mis à découvert vis-à-vis d'eux, tous (ici plusieurs mots illisibles : ici et à Colmar?) l'abandonnent. Si mes collègues le traitent comme je l'ai fait, il perdra le goût des voyages. »

l'RKFKGTlIU:

du

HAUTHiHiN ^ ^^,^ Excellence Monselyneur

Cabinet du Préfet ^^ Ministre de l'Intérieur.

Police.

Colmar, le 17 octobre 1827.

u Monsei{;neur,

«M. l^njaniin Constant est arrivé hier soir à Colmar un peu avant six heures. Plusieurs épiciers, marchands de draps ou de papier, avocats, fal)ricants, étaient allés le recevoirau premier relais et sont rentrés avec lui. Soncortè(>e se composait de liuit voitures. M. W. Constant était dans la première avec M. Frédéric //arf ma/i/i^ de M iinster; dans les voitures de suite étaient les sieurs Althear (?), marchand de draps, Gastard^ épicier, Ol'ld^ marchand de papiers, Jordan^ fahricant, Haiissmann^ fahricant, les deux autres frères Hartmann, fahricants, Kiesser (1), marchand de dicips, Kiesser^ fahricant de papiers, Baillot^ Gloxin, avocats, Verny, avocat, correspondant du Constitutionnel, Akerlé, propriétaire, Gall, colonel de (jénie en retraite, tous protestants. Les voitures étaient précédées par un horlofjer, à cheval, qui a l'habitude de s'ennivrer (sic), et qui, hier, n'avait pas cru devoir déro(;er à cette habitude (!2). Il avait, la veille, tenté, mais inutile-

(1) Ou Kieiier.

(2) Singuher piqucur, il faut 1 avouer, (|ur cet liorlot/er à cheval qui uianquait tant (!c décoiuiii, ayant 8on phiiiict, si j ose ainsi ui'expriîiicr ! On voit par <•<> détail que la eorrcspondanee administrative n'exclut pas toujours le mot pour rire.

ment, d'engager plusieurs jeunes gens à l'accompagner.

u M. B. Constant est descendu à un hôtel garni où il est bientôt resté en tiès petit comité, car, une heure après son arrivée, la pluspart (sic) des personnes qui étaient allées à sa rencontre se trouvaient au spectacle.

u Une soixantaine de curieux, tous protestans, étaient échelonnés sur la route dans l'espace d'un quart de lieue de la ville.

u L'arrivée de M. B. Constant n'a causé aucun autre rassemblement, n'a excité aucune curiosité; le soir, il n'y a point eu de sérénade.

» Aujourd'hui doit avoir lieu le repas auquel ont été conviés le ban et l'arrière-ban des libéraux du département. J'ai l'espoir qu'il n'y aura aucune manifestation ultérieure. Après le dîner, M. B. Constant doit partir pour Munster, où se trouvent les établissements de MM. Hartmann.

a J^aurai soin de rendre compte à Votre Excellence de la marche de ce député, dont la présence ici est extrêmement fâcheuse, quoiqu'elle ne doive, à ce que j'espère, donner lieu à aucun désordre. Mais il est évident que M. B. Constant va se trouver le pivot auquel se rattacheront les libéraux du département; et à la veille peut-être des élections, avec une majorité libérale assez forte, le résultat de ce voyage pourrait fort bien être de donner ce factieux pour député au département du Haut-Rhin (1).

u Je suis avec respect. Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »

« Le Préfet du Haut-Rhin^ u H. Jordan. »

(1) On sait que 'Benjamin Constant, peu de mois phis tard, en 1829, représenta, non le Haut-Rhin, mais le Bas-Rhin.

rUKFKCTURE du

HAUT-UHiN ^ 5q^ Excellence Monseigneur

Cabinet du Préfet ^^ Ministre de l'Intérieur ( 1 ) .

(Police.)

Cobnar, le 18 octobre 1827 .

u Monsei(jneur,

a Le dîner offert à MM. B. Constant et Jacques Kœchlin a eu lieu hier à l'hôtel où logeait M. B. Constant. On tenait à ce que ce repas fût plus nombreux (|ue celui de Strasbour^j. Mais comme on n'avait pu réunir un assez grand nombre de souscripteurs, la maison Hartmann et la maison liaussmann ont fait arriver chacune une vin(}taine de leurs employés qui ont rempli les places vacantes. Au moyen de ce renfort et d'une demie (sic) douzaine de simples laboureurs, qu'on n'avait pas dédaigné d'admettre, les convives se sont trouvés portés à environ 160 (2). Indépendamment des personnes que j'ai déjà indiquées dans ma lettre d'hier, le dîner se composait d'un certain nombre de fabricans venus de divers points du département : d'avocats, de médecins ou chirurgiens, et surtout de marchands de Colmar en très grand nombre : d'un horloger, d'un commis épicier, de M. Félix Desportes, ancien préfet du Haut-Bhin; Jacques Kœchlin et plusieurs

(1) liC comte Corbière, grand-ofHcicr de la Légion d'honneur, minisire et secrétaire d'Etat, uhra-royaHste.

(2) Procédé assez ingénieux de passe-volants Hbéraux.

de ses frères; un sieur Marcon, gendre de l'ancien receveur général et le seul catholique, peut-être, qui fit partie de cette réunion. On y voyait aussi un sieur Stœl^er, notaire à Strasbourg, qui, dans un diner donné à Baden à M. B. Constant, avait chanté des couplets en son honneur. Ce poète faisait partie du cortège qui accompagnait M. B. Constant à son arrivée à Colraar. Il paraît qu'il était venu de Strasbourg avec lui. M. Voycr d'Argenson devait assister au dîner, mais il s'est excusé par lettre. Pendant le dîner, un jeune Hoseman^ de Colmar, fils d'une marchande de papiers peints, a lu une pièce de vers de sa composition. Un orchestre placé dans la salle faisait entendre de tems en tems des morceaux de musique. Une quête a été faite en faveur des Grecs; elle a produit 560 francs. Vers la fin du repas, un sieur Morel, médecin, a quitté la table et a introduit plusieurs dames qui ont fait le tour de la salle pour jouir du coup d'œil du dîner. Ces dames étaient Mme Kiesser^ femme du fabricant de papier; mesdemoiselles Akerlé, dont le père, ancien cultivateur, est maintenant un assez riche propriétaire; Schaè'rer, épicière; Scliubart, fille d'un fabricant de Sainte-Marieaux-Mines. Les maris ou les pères de toutes ces dames étaient du nombre des convives.

a On a porté plusieurs toasts : au Roi; à M. B. Constant; à M. Jacques Kœchlin; aux mânes du général Foy, de M. de Girarclln^ de M. Manuel; aux magistrats et aux députés défenseurs de nos droits; au commerce et à l'industrie.

» Les commissaires étaient le sieur Marcon, dont j'ai parlé tout à l'iieure; un nommé Gastard^ épicier; et Sandherr. avocat.

« Il était tout à fait nuit quand le repas a fini. Chacun

s'est séparé (sicj sans bruit, et, pendant toute la journée, il n'y a pas eu le plus petit rassemblement devant l'hôtel où était lo{jé M. B. Constant, et où s'est donné le diner.

"Aujourd'hui, à midi, il est parti pour Munster, petite ville à ti'ois lieues de Colmar où se trouvent les étai)liss(;ments industriciis de MM. Hartmann. M. B. Constant était dans la voiture de M. Frédéric I Tartmann. Mme Constant suivait dans une autre voiture. Venait ensuite celle des autres frères Hartmann, puisdeux voitures dans lesquelles se trouvaient quelques convives assez peu importants. Ce cortèjje (le cinq voitures n'a nullement excité l'attention publique, quoique les rues fussent très animées à cause d'un assez fort marché. En résultat, on ne peut pas fair(^ moins d'effet que n'en a produit extérieurement M. B. Constant. Je savais que l'intention de IMM. Hartmann, ses hôtes, était d'éviter tout ce qui aurait eu l'air d'exciter à une manifestation publique. Aussi, aucun cri ne s'est fait entendre, ce qui prouve bien que lorsque les coryphées du libéralisme sont accueillis par des acclamations, elles ne sont point l'expression des sentimens populaires, mais le fruit de manœuvres secrettes (sic). On assure que, le jour de l'arrivée de M. B. Constant, pendant (ju'il était arrêté à la porte de la ville et exhibait son passeport, un cri A bas B. C. /s'est fait entendre. Ce cri n'en a pas même excité de contraires.

a .]'ai envoyé à Miinster un lieutenant de fjendarmerie et un a[>ent chargés d'observer ce qui s'y passera et de m'en rendre compte. J'aurai soin d'en instruire exactement Votre Excellence.

u Mal(jré le calme apparent (1) avec lequel cet homme

(^1) Il est à peine besoin de souligner 1 intérêt (les comuienlaires qui suivent, connne indice de 1 état de ro|)inion, au moins

est reçu, je n'en suis pas moins convaincu qu'il vient, par suite d'un plan formé de lon|»uc main, diriger le parti libéral, le réunir par de nouveaux liens, et préparer pour lui, ou pour tout autre^, les voies électorales. Le voyage seul d'un homme aussi dangereux, sa présence prolongée en Alsace ou à portée de ce pays, m'inspireraient peut-être même des craintes plus sérieuses encore, si l'attitude paisible de la population n'était pour moi un grand motif de tranquillité. Un mouvement populaire ne me semble pas à craindre. Il serait difficile à exciter, et on ne voit pas où il conduirait le parti libéral. Il serait, sans doute, plus aisé d'exciter un mouvement parmi les ouvriers; mais celui-là tournerait bien vite contre les fabricans eux-mêmes. De toutes les troupes qui étaient naguères dans le Haut-Rhin, il ne reste plus qu'un régiment d'infanterie que j'ai tout lieu de croire bien disposé ; on attend un autre régiment d'infanterie et les hussards de Chartres. Ces nouvelles troupes sont, sans doute, dévouées comme toutes autres. Il n'y a donc rien à craindre non plus du < )té de l'armée, et toute l'attention parait devoir se porter vers les élections. De ce côté, j'avoue que je ne suis point sans incjuiétudes. Divers rapports spéciaux que j'ai adressés à Votre Excellence ont expliqué ma mauvaise position à cet égard.

(( Je suis avec respect, 3Ionseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur, n

« Le Préfet du Hatd-Rliin, u 11. Jordan. ^

chez les fonctionnaires puhlic!^, dans la province d Alsace, à cette date de 1827.

Colinar, le 10 octobre 1837 {i).

u Mon Colonel,

(A" 2566.) u J'ai riionneur de vous rendre compte que, le 16 du courrant (sic), entre cinq et six lieures du soir, le sieur Hinjamin (sic) Constant est arrivé à Colmar, venant de Strasbouij;; la route était couverte de monde à peu près à une demi-lieu (sic) de la ville; six voitures étaient allés (sic) au-devant de lui; le sieur Hartmann (Jacques), fabricant à Munster, était allé le chercher dans le Bas-Rhin ; le cortège est dessendu (sic) aux Jeux clefs ; M' Binjaniain (sic) Constant à (sic) reçu quantité de personnes qui sont allé (sic) lui faire des visites; il à (sic) même, dit-on, reçu beaucoup de femmes qui ont défilé devant lui.

» Le lendemain 17, il a fait beaucoup de visites; il était accompagné du s"^ Hartmann. 11 y a eu aux deux clefs, à quatre heures du soir, un grand dîner de 168 couverts, à dix francs par tête, et par souscription, et où (sic) ont assisté tous les libéraux et tous les ennemis du gouvernement du pays, et quantité détran-

(1) Les caoogrnpliics qui énuvillent t'C <locuiutnt sont l)icn liaroques : c est 1 orthojjraphe d'un garde champêtre phitôt (pie celle d'un officier de «{endaiinerie. Et pourtant, c'est Del en personne qui a écrit le tout de sa main. Et nous avons modifié, pour plus de clarté, la ponctuation, insuffisante.

^ers au département, tel (sic) que Merlin de ïhionville (le ré{>icide), Félix Déportes (sic), et autres dont je n'ai pu me procurer (sic) les noms. Un particulier de la campa[;ne, dit-on, a voulu hoir (sic) à la santé du roi; elle n'a pas eu de suite ; elle a été étouffé (sic) par celle qui a eu lieu pour Binjamin (sic) Constant, ensuite pour celle de Kœclin (sic), député (1).

a Le 18 au matin, il a fait encore plusieurs visites, et il est parti à deux heures de l'après-midi pour Miinster ; il y avait six voitures ; toute la population de cette ville était sur le chemin ; tant ouvriers qu'autres habitans, il pouvait y avoir 6,000 personnes (2) ; il n'y a cependant pas (sic) eu aucunes (sic) démonstration (3), aucuns (sic) cris de joye (sicj; il a été tiré quatre coups de canon sortant de chez le s' Hartmann ; les voitures sont entré (sic) dans la cour, une musique l'attandait (sic) dans le salon, et il a été joué : u Où peiit-on être mieux qii'au sein de sa famille ? »

u M' le lieutenant de Golm.ar s'était rendu à ^liinster le 18, et en est sorti le même jour à dix heures du soir : tout était dans le plus (jrand calme, mais il n'a pu se procurer d'autres renseignemens.

a Le s"^ Binjamin Constant est encore dans ce moment à Miinster; on dit que son intention est d'aller en Suisse; le cas n'étant point prévu (sicj par l'article i~> de l'ordonnance et la tranquilité (sic) n'ayant pas étr

(i) Le style de cette épître est viaiiucnl iiiipayahlc, exo.ljitant ! Le capitaine Del était sans doute un bon soldat, mais il avait peu fréquenté l'école primaire. — Et il s'a])plique !

(2) Ce mot remplace hommes, biffe.

(3) Le capitaine^Del parle ici aussi incorrectement qucMartinc, des Femmes savantes (acte II, se. vi^ : de pas mis avec aucun il fait la rccitlivc...

troublé (sic), il n'a pas été rendu compte à Son Excel-

lence.

« Je suis avec respect, mon Colonel, votre très humble et très obéissant serviteur. »

« Le capitaine de (jetidarmerie^ « Thkd. Di:l. V

PREFECTURK (Vu au cabinet. Classer.)

du

HAUT-RHIN ^ 5^,^ Excellence le Ministre

CabinetduPréfet. ^c l'Intérieur.

Direction de la Police.

Cohnai-j le 20 octobre 1827 .

( Monseigneur,

u J'ai riionneur d'adresser à Votre Excellence une copie des vers qui ont été lus au dîner donné à M. Benjamin Constant par les prétendus notables du Haut-Rhin . La composition de ces vers n'est guères moins burlesque que celle de l'assemblée qui les a entendus.

u Je n'ai pas fait mention dans mes précédentes lettres de M. André, conseiller à la Cour rovale, qui assistait à ce dîner. M. Jacques Kœclilin et lui étaient aux deux côtés de M. Benjamin Constant. Il paraît même que c'est grâces (sic) à M. André que le nom du Roi a été prononcé à cette réunion, dont il a formellement déclaré qu'il ne ferait pas partie, si on n ajoutait la santé du Roi à la liste déjà arrêtée de celles à porter.

(( M. Benjamin Constant se propose, après avoir passé trois jours à Munster, de se rendre directement à Dôle pour y visiter sa soeur. Je préviens MM. les préfets du

Doul)s et de la Côte-d'Or (I) du procliain voya(je de ce député.

« Je suis avec respect, Monsei(jneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »

u Le Préfet du Haut-Rlu'n, u [I. Jordan. »

Vers adressés à Al. Benjamin Constant^ lors du banquet que lui ont offert les citoyens notables du Haut-Rhin^ le 17 octobre 1827 ,

« Honneur ! Grand citoyen; éloquent orateur! D'un peuple généreux défenseur magnanime ; Toi que tes ennemis voudraient punir du crime De voir leur infamie, et d'avoir un grand cœur !

J'ai mon huiépendance^ à défaut de génie; Ma muse, jeune encor, ne s'est point avilie : On ne Centendra point, démentant sa fierté^ Les bras chargés de fers, chanter la liberté. Je puis donc admirer tes talens et ton âme, Que la vérité seule anime de sa flamme. Des viles passions tu méprises la loi.

Ta gloire est ton ouvrage; elle est digne de toi,

(L) Le comte de Milon de Mcsne, luaitre des requêtes, préfet à Besançon, et le marquis d'Arbaud-Jouqucs, maître des requêtes, proFet à Dijon (cf. Y Aliuanach royal pour i<ui M .DCCC.XXVll, Pj). 355 et 358).

Tu n'as pas avili ta plume indépendante, Et nas pas à rougir d'une insulte viva?ite*. Jamais on ne verra tes écrits généreux, PtodiguaiU leurs faveurs à des tyrans heureux^ En esclaves traînés au char de [infamie; Le bruit seul d'une cliaine est mortel au génie ! Tes écrits, tes discours empreints de vérité Etincellent de verve et brûlent d'éloquence, De ton rare talent {il est une puissance). Tu défends la patrie et sers la liberté.

Ainsi qu'à ton grand cœur la liberté m'est chère ; Non cette liberté saiiglatite et téméraire. De la chute des Rois nourrissant so7i orgueil. Pour prix de son triomphe espérant un cercueil

Sur les lambeaux de leur puissance !

Mais cette liberté qui, fuyant la licence, Garantit à chacun ses légitimes droits.

Abhorre les excès, gouverne par les lois, Méprise des partis l'assistance mobile.

Et règne dans les lieux on règne CEvangile. Elle chérit la paix, la vertu, t équité. Par des liens d'amour unit [humanité ; De tous les opprimés embrasse la défense, Et fait du genre humain tine famille immense. Voilà la liberté que tu veux, que tu sers. Qui devra tôt ou tard conquérir l'univers ; Voilà la liberté que réclame la Grèce (1), Qu'on doit à ses vertus, qu'oii doit à sa faiblesse. Qu'il est temps d'accorder à ses longues douleurs.

Des faveurs d'un certain parti.

\Note de l'auteur fie la pîèce.^

(1) Constant avait écrit, en 1825, un pamphlet intitulé Appel aux îtations chrétiennes en faveur des Grecs i^adopté par le comité des Grecs de la Société de la morale chrétienne).

Le récit de ses maux afatûjué nos cœurs !...

Tel (jiiun roc dans la mer résiste à la tempête Quand la foudre et les vents assaillissent (sic) sa tête^ Tel tu parais dehout pour soutenir nos droits. Tu défends le monarque en défendant les lois ! Honneur ! honneur, du moins^ à ton noble courage : La France avec orgueil se repose sur toi. L'Alsace par ma voix vient (offrir son hommage ; Honneur! reconnaissance au noble ami de Foy (1)/

Bespect, noble Kœchlin, respect à ta grande âme, La patrie est le Dieu qui (anime et (enflamme ; Tout ami de la France est fier de te chérir. O toi qui sais agir^ qui sais souffrir pour elle. Et pour elle f au besoin, qui saurais bien mourir... De (2) (sic) ton beau dévouement (Alsace se rappelle !

Poursuis, Coistant, poursuis, et marche en assurance ;

On est fort quand on peut s'appuyer sur la France.

Méprise les clameurs des Thersites français.

Il est des cœurs si vils qu'ils ne blessent jamais.

De tes nobles succès désespère (envie ;

Qui ne peut le comprendre insulte le génie;

Qui 7ie peut (imiter rabaisse la vertu.

Que pourraient co?itre toi la haine et la vengeance ?

Tu vois grandir ton nom des respects de la France ;

De (amour des Français tu te vois revêtu !...

(1) Dans le même dossier des Arcliives nationales (cote F'.67J9 d'où nous avons extrait ces documents sur Benjamin Constant, figure une liasse épaisse de pièces relatives aux souscriptions réunies (en .1825 et J 826) |)our la famille du fameux général politicien Maximilien-Sébastien Foy.

(2) Solécisme fréquent dans la conversation, mais toujours fâcheux, en un poème plus qu'ailleurs.

4J<. rimamin constant sors L'oeil du gckt

si ju)tn f(^^ i1(tns «v.v ttrr.N ;V /"ni /'mV ^rlûtrr^

CV<f ^MiV r>( </f A uiortris qu'il fnttt qur tt^n rj»/«i»rv,

tV.vf hiiilr.yt tics uuMlrls ijti'oti r*.vf /irT #/r chnulcr {\\ »♦

Par .K-.I. HtV^KMâN!»!.

l»iiVt»i« ilr ril« l>n^lalU'c an.•^lt»•»ur^ , rllr l(>lli(U'>Uc' itic-uir d une frtniùi* u.HurrlIr À lonint'i Ir \rr* Si rllr « i^ie ivriic^r *vrf r<>i»vii^lion, .'«xrr Irt rlwilrur oiuiuuunicmivr qui *oro»u}»Aj»nr 1» tin %\c*. l».iu«)iitM,>, c llr n ilii prutlmrr un tvrlrtin rffti '

LusTÉMiSMM A M. le Préfet ék

à Cofmar.

krertia ir kfiiec

Paris, le 21 <M-tohrt iS27 .

i MoBseoT k Pré^ j^ai reçu Toire lettre àall àe^ «e flKik. rdadre à TarïïTvét 6e H- Bes^aoûii Ciniilint à Cfllmar. V<f«s »uck soin de me li ■■■■M'ihr exacte- WÈeBt les lésahats de la ssrreillaaoe atleutive dont 0 doh élre Fflèjet, et vous aM pitèvieadnz, â TairaïKe, de «en départ pour Paris.

t' A^fréez- Montiieur le Préfet, 1 attaniiinp de an <îi<iéra.l5oii dimnj^Q*^-

« PoÊtr Le Mifûbtre. et par ai/^ iirhaHo u :

- Lt Dlrtc^e-'j-r a-f la PoGce.

«TweaBéee : Iimtiie^ — Ctmatrr.

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