‹ Benjamin Du PlanChapitre 8 sur 9 · HO AGE · texte numérisé non relu

HO AGE

velle, le député général se erut trahi par son ami et refusa de partir. Elu député dans toutes les formes, il voulait être remercié de même et refusait de regarder la commission de Court comme une suppression de la sienne. Il considérerait, disait-il, comme un ennemi quiconque l’empêcherait de faire le bien que la Providence l'avait misen état de faire. Mais, ne pouvant pardonner à Serces d’avoir osé toucher à l'honorabilité de son caractère, il en appela à un autre synode qui, satisfait de ses explications, le maintint dans sa charge.

Comme Du Plan avait dans cette affaire parlé de fortune dissipée au service des Eglises et demandé à l« Hoirie » qu'il avait enrichie un dédommagement à ses peines, des démèélés, qui durèrent jusqu'a 1751, surgirent entre lui et le comité genevois, celui-ci trouvant exgérées et la somme qu'il demandait etles richesses qu'il disait lui avoir acquises. Après six années de difficultés, en 1751, des arbitres, qu'on avait nommés pour trancher le différend, disculpèrent entièrement le vertueux député et firent droit à ses demandes, lui accordant cent pièces par an depuis 1731, plus une somme de sept cents pièces et une pension annuelle de cinquante, afin qu'il eût « de quoisubsister honnêtement sur la fin de ses jours. » Du Plan reconnut ses torts envers Court et se réconcilia avec lui. |

Malgré ces tracasseries et ces chagrins, il s'était dépensé avec un zèle toujours égal pour le bien des Eglises et avait conservé d'excellents rapports avec bon nombre de pasteurs qui puisaient dans ses lettres une consolation à leurs souffrances. Paul Rabaut, Franc, Redonnel, Pomaret, Corteiz luimême, lui communiquent leurs craintes et leurs espérances, font appel à son expérience et lui demandent le secours de ses prières. Révoqué par un synode des Cévennes en 1751, il continua encore ses services dévoués à ses coreligionnaires. Bon nombre de ceux-ci, sous le feu de la persécution qui avait repris en 1745, lorsque Bernage avait cédé l’intendance du

Languedoc à Le Nain, gagnèrent l'Angleterre et Londres, Du

SES LUTTES ET SON ACTIVITÉ Ù Al

Plan les reçut et les secourut. Il fit appel à la générosité des religionnaires anglais ct des réfugiés pour venir en aide aux confesseurs et écrivit en faveur de ses frères persécutés une supplique à Louis XV.

Les fatigues, les luttes, le chagrin avaient altéré sa santé. Touché des soins généreux qu'une veuve, madame Denman, Jui avait prodigués dans sa maladie en 1751, il l’épousa. « Deux enfants, une fille et un fils vinrent bientôt égayer ce foyer et faire oublier au vieux serviteur de l'Eglise l’ingratitude et la méchancheté des hommes ; son cœur aimant s’épanouit dans cet intérieur réchauffé par le dévouement d’une femme pieuse et par les douces caresses de charmants enfants. Il vécut encore assez longtemps pour les voir grandir et se développer sous ses soins paternels 1. » |

Une triste nouvelle vint troubler son bonheur sur la fin de sa vie. « Hélas ! malgré tous nos soins, lui écrivait le fils d'Antoine Court en 1760, il n’est plus, ce père tendre et ami zélé. Le 12 juin à midi et un quart il ferma les yeux pour toujours ?. »

Trois ans après, au mois de juillet 1763, lui-même s’éteignait dens la joie ineffable et sainte que goûtent les hommes qui

n’ont vécu que pour les autres.

lBonnefon, Benjamin Du Plan, p. 325.

2Bonnefon, Benjamin Du Plan, p. 343.

Conclusion

Nous ne voulons certes rien enlever à Court de la gloire qui lui revient pour le grand œuvre si nettement conçu qu’il entreprit avec tant de courage et poursuivit avec tant de persévérance. Cependant Du Plan y contribua pour une si large part, que ce nous semble justice de lui témoigner une égale admiration. L :

Par les ressources qu’il procura, soit au séminaire de Lausanne, soit aux Eglises, il assura véritablement l'existence même du protestantisme. Dans un champ d’action différent, Court et son ami poursuivaient le même büt, on ne saurait dire lequel avec le plus de zèle et de dévouement, et la tâche de l’un complétait la tâche de l’autre. L'œuvre de Du Plan n’auraitt-elle pas été vaine sans l'esprit organisateur de Court, et celui-ci eüt-il pu réaliser son plan sans les moyens que lui fournit son ami ?

Ce qui fait le mérite du gentilhomme d’Alais et ce qui rehausse l'éclat de ses services, c’est d’avoir fait du bien à ses coreligionnaires souvent malgré eux, avec une persévérance que ne lassèrent jamais leur médisance et leur ingratitude. Leurs attaques l’excitaient au bien. Il aurait cru manquer à son + devoir et démériter devant Dieu, si, obéissant aux injonetions de ses ennemis, il avait abandonné sa charge. Et cependant la récompense à ses fatigues, à ses sacrifices consistait pour lui dans le bonheur de se dépenser pour ses frères, dans la joie de pardonner à ses calomniateurs.

Mais quelle satisfaction ne dut pas être la sienne lorsque, dans ses vieux jours, il considéra le chemin parcouru depuis le moment où, sacrifiant tous les biens terrestres, il s'était consacré à cette œuvre sainte. En 1750, Corteiz neveu lui

écrivait : « Depuis votre absence, nos Eglises se sont consi-

dérablement accrues et augmentées ; on les a divisées en provinces qui ont chacune à peu près leur consistance de pays qu'elles avaient avant la révocation de l'Edit de Nantes. Ces provinces ont aussi chacune leurs pasteurs qui leur sont affectés, des colloques, synodes et consistoires, et l’on suit exactement, selon que les circonstances du temps peuvent le permettre, la discipline et réglements de nos pères !. »

Les Eglises étaientunies et par suite heureuses et florissantes. Si l’on entendait encore à Londres parler des Inspirés, iln'en était plus question en France. Il y en avait cependant quelques uns à Congéniès, dans la Vaunage ; mais comme ils étaient paisibles, les pasteurs les laissèrent vivre en paix.

Du Plan avait toujours ardemment désiré la liberté de conscience et nourri la ferme espérance de la voir régner dans sa chère patrie. Ce bonheur ne lui fut point donné, mais il put néanmoins, avant de mourir, « contempler aux horizons loin-

tains l’aurore rougissante des premiers feux de la liberté. »

l Hugues, Les Synodes du Desert, t. T, p. 417.

Appendice

Lettre de Benjamin Du Plan aux pasteurs et anciens des Eglises réformées de France.

MESSIEURS ET TRÈS CHERS ET HONORÉS FRÈRES EN NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST,

On vient de me communiquer le résultat de plusieurs colloques de nos Eglises, qui demandent que je leur rende les lettres de députation qui m’avaientété données et confirmées par trois synodes aussi bien que par les ministres et les églises du Vivarais et du Dauphiné.

J'ai appris encore que le dernier synode aurait confirmé le résultat de ces différents colloques à l’égard de ma démission, si quelques personnes prudentes et modérées n'avaient fait entendre qu’il convenait auparavant d'écrire à une personne d'un caractère respectable et d'un mérite distingué, pong l'informer de tout et savoir son sentiment. ri

Cette personne respectable, sage et pieuse et qui s'intéresse à tout ce qui vous regarde, en a consulté d’autres de son même caractère sur le sujet en quéstion, après, elles m'ont conseillé de vous écrire moi-même mes sentiments et mes résolutions. Les voici :

J'ai cru et je crois encore que Dieu a répandu dans ce dernier temps des dons et des grâces très particulières de son Saint-Esprit sur plusieurs personnes de différents sexes, âges et conditions, pour ranimer la foi qui était comme morte et rallumer le zèle qui était presque éteint dans notre patrie, par les longues et cruelles persécutions qu’on avait exercées contre nous. Mais il est arrivé qu'après que le Maitre de la maison a eu semé son bon grain, l’ennemi est venu de nuit et a semé son ivraie, qui a presque étouffé le bon grain.

Je n ‘ignore pas le nombre prodigieux de fourbes, d'imposteurs, de fanatiques, de visionnaires qui, prétendant être inspirés du Saint-Esprit, ne débitaient que des folies, des extravagances ou ne pensaient qu'à satisfaire leurs passions criminelles d'ambition, d’orgueil, de haine, de vengeance, d’avarice ou d’impureté. J'en ai été tellement scandalisé que j'aurais été le premier à condamner ou a rejeter tout si la Providence ne s'était servie pour mon bien et salut de quelques personnes que Dieu a honorées de ses grâces, dont la vie m'a paru pure et les discours conformes à la Parole de Dieu, Parole que j'ai toujours regardée et que je regarderai comme la seule règle de ma foi, de mes mœurs etla vraie pierre de touche des prédications de ceux qui se disent ministres de Christ aussi bien que des Inspirés et de ceux qui prétendent être des organes du Saint-Esprit.

Si Dieu s’est servi de quelques personnes que Dieu a honorées de ses grâces pour m'instruire, pour me sanctifier et pour m'attacher de telle sorte aux intérêts de nos Eglises, que j'ai depuis longtemps exposé tout et sacrifié en partie ce que j'avais de plus cher au monde pour leur édification, ne serais-je pas bien injuste et ingrat de condamner et de rejeter indifféremment les vrais et les faux, les bons et les mauvais serviteurs ou servantes du Seigneur, ayant appris de saint Paul qu'il ne faut pas mépriser les prophéties, mais examiner toutes choses et retenir ce qui est bon ? (ax Thessaloniciens)

C’est ce que j'ai pratiqué autant qu'il m'a été possible et, loin de tolérer ou de soutenir ceux qui ont parlé ou agi contre l'Ecriture Sainte ou contre le

ministère et les saintes assemblées, je les ai vivement censurés, je les ai décriés et j'ai empêché qu’on les ait reçus dans plusieurs maisons qui leur servaient auparavant de retraites, ce qui m'a attiré leur haine, comme je le pourrais prouver par des témoignages non suspects.

Je puis dire encore avec vérité que les Inspirés de cette ville mont regardé, lorsque j'ai été dans leurs assemblées, comme un espion et comme un censeur redoutable.

Mais puisque quelques personnes zélées, mais d’ailleurs très mal informées de mes sentiments, ont écrit contre moi et que les Eglises se scandalisent de ma conduite, quoique je leur envoie des attestations signées du vénérable Consistoire de cette ville, je veux bien, pour l'amour de la paix et pour l'édification de nos Eglises, cesser absolument de me trouver dans aucune assemblée d'Inspires et fuir méme leur commerce autant que la charité le peut permettre, et cela pendant tout le temps de ma députation. |

Et, comme les Eglises sont pauvres et hors d'état de me payer la pension qu'elles m'avaient accordée, je ne leur demande rien du passé ni pour l'avenir, espérant qu'avec le secours de Dieu et de mes parents ou amis, je leur rendrai de meilleurs services que je n'ait encore fait à cause des accidents qui me sont arrives |.

Je ne vous demande, mes très chers et bien aimés frères, que votre amitié et le secours de vos prières, que vous ne pouvez pas me refuser, si vous avez la gloire de Dieu à cœur, aussi bien que l'édification de nos pauvres Eglises, qui sont environnées de toutes parts d’ennemis puissants et malins qui n’attendent que la paix de l’Europe, qui occupe la cour, pour vous détruire entièrement. Ils y réussiront sans doute, si nous n'avons soin d’apaiser la colère de Dieu, justement irrité à cause de nos péchés, en faisant cesser les haines, les envies, les jalousies, les disputes et les autres passions criminelles qui règnent parmi nous.

Quant à moi, je vais, avec le secours de Dieu, faire tous mes efforts pour rendre ma conduite agréable à Dieu et aux hommes, pour vous faire mieux éprouver qu’un député auprès de nos frères étrangers n’est pas inutile, comme on vous l’a insinué.

Je ne cesserai point de faire des vœux au ciel en votre faveur et à vous renseigner, dans toutes les occasions que la Providence me fournira, que personne au monde n'est avec plus de zèle et d’attachement, messieurs mes très chers frères, votre très humble, etc, :

Si cette lettre-ci ne suffit pas pour mettre tous les esprits dans de favorables dispositions à mon égard, monsieur le professeur Turretin et deux de ses collègues n’attendent sinon la lettre qu’on veut leur écrire pour confirmer ce que je dis en assurance que ma conduite est bonne, que mes sentiments ne sont pas dangereux, étant réglés par la parole de Dieu, et que ma députation a été et peut être encore mieux d’une grande utilité ?,

Vu : le président de la soutenance,

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