CONSEILS PRATIQUES
et même intérieurement pendant vos discours, afin que Dieu préside au milieu de vous et t)énisse tous vos desseins. Il faudra joindre à vos conservations les anciens du lieu et appeler des plus sages qui sont éloignés, lorsqu'il s'agira de choses de conséquence. H faut prendre des mesures justes pour éclairer les anciens ignorants ou mal informés, des faits qu'on doit traiter dans les Synodes. 11 faut faire connaître leur devoir avec douceur à ceux qui sont emportés par leur tempérament. n faut réprimer avec force et majesté les brouillons et les menacer des jugements de Dieu et de l'excommunication de l'Église. Il est bon qu'avant que les Synodes se tiennent, toutes choses soient connues, préparées et presque résolues et conclues parmi les principaux, attendu le peu de temps qu'on doit être assemblé.
« Je vous répète ici, que j'ai de puissants amis et en grand nombre, grâce au Seigneur, et si j'ai des ennemis, la plupart n'ont pas grand relief. Ils font beaucoup de bruit en secret, et en présence, ils changent de ton et de langage. Ceux qui sont le plus apparents, font semblant d'être de mes amis; plusieurs ont jeté la pierre en cachant le bras, si bien que toute la levée des boucliers s'en va en fumée.
€ Marquez-moi, s'il vous plait, à peu près le temps qu'on doit tenir le Synode. J'attends au plus tôt une réponse sur cette lettre, et je compte pourtant de vous adresser bientôt une lettre pour le corps des pasteurs et une autre ensuite pour le Synode
« Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur. Je vous offre tout ce qui dépend de moi, et quand l'aveuglen)ent, l'injustice et l'ingratitude me forceraient à me dépouiller du caractère dont je suis revêtu, je me souviendrai des gens de bien et serai toujours votre fidèle ami et trèshumble serviteur (1). >
Benjamin du Plan suivit les conseils de son ami. Il envoya une alleslalion de la vénérable Compagnie sur
(1) N" 12, p. loi (8 mars 1826).
LETTRE DE DU PLAN AU SVNODE 15o
son sujet. « Il y a de l'imprudence, écrivait-il, à de simples particuliers, d'avilir ma personne et mon caractère (l). » Il adiessa lui-même une longue lettre au Synode pour expliiiuer sa conduite :
« J'ai appris, avec chagrin, disait-il, de plusieurs endroits de la province qu'on fait courir de fort mauvais bruits sur mon compte. Les uns ont dit qu'on m'avait chassé de Genève; les autres ont dit que je suis allé en Suisse pour voir les fanatiques et pour répandre le fanatisme; les autres ont dit que j'avais abandonné les prêches pour m'enfermer dans des chambres avec des visionnaires; les autres disent enfin que si je vais aux prêches c'est seulement par pure politique. »
Après s'être justifié de ces absurdes accusations, il ajoutait :
« Il y a longtemps que je suis connu des Églises; j'ai été hé, dès le commencement, avec les principaux pasteurs et avec les premiers Anciens; j'ai assisté à plusieurs Synodes, j'ai contribué à former une discipline, j'ai écrit des requêtes aux Puissances, des lettres pastorales aux fidèles; j'ai fait des prières et des exhortations dans des assemblées générales et particulières, dans les villes et dans les campagnes; j'ai consolé les affligés, assisté .'es pauvres, visité les malades, les prisonniers, les galériens. Dieu m'a conservé, pendant plusieurs années, au milieu de mes ennemis, comme par miracle. Enfin, je suis si connu pour ce que j'étais par les catholiques romains et on m'observait de si près, que j'ai été obligé de quitter ma maison et de sortir ensuite hors du royaume par le conseil et les exhortations de tous mes parents et amis. Je me suis rendu à ces sollicitations quoique avec regret d'abandonner ma patrie et les Églises et je ne me consolerais pas d'être séparé de mes parents, de mes amis et de mes frères en Christ, si je n'avais
(1) N° 12 (15 avril 1726).