IL SIGNALE LES PROJETS PERSÉCUTEURS DE FLEURY
longtemps à votre service, que j'ai tout exposé et tout abandonné pour cela, et que je suis prêt à sacrifier tout ce qui me reste pour l'édification de l'Église.
« Quoique selon le monde votre état soit triste, que vous ne soyez, s'il faut ainsi dire, qu'un petit troupeau de brebis au milieu d'une infinité de loups prêts à vous dévorer, je suis persuadé que Dieu fera des miracles en votre faveur pour votre délivrance si vous avez soin de vous humilier devant Dieu et de vous corriger tous les jours de vos défauts pour avancer dans la sanctification. Je ne dois pas vous cacher ici que le cardinal qui gouverne aujourd'hui la France est dévoué au Pape et aux Jésuites, et qu'il n'attend que d'avoir pacifié l'Europe qui est en armes pour achever de détruire notre religion dans notre pairie; à juger humainement, la paix se va conclure et il sera très-facile à ce cardinal d'abolir notre religion puisqu'il a toute l'autorité en main et une quantité effroyable de troupes dont il peut inonder notre province. Ne vous flattez donc pas sur le calme dont vous jouissez ; ne soyez pas semblables à Jonas qui dormait dans son vaisseau pendant qu'il était prêt de faire naufrage. Hàtez-vous, hâtez-vous, mes chers frères, de faire votre paix avec Dieu avant que le décret de votre ruine enfante. Je vois beaucoup plus clair que vous sur votre étal à cause des relations où je suis, de tout ce qui se passe en Europe. Vous ne pouvez absolument pas éviter votre perte si Dieu ne prend votre cause en mains. Votre état est aussi triste que celui des Israélites, lorsqu'ils étaient poursuivis par les Égyptiens et que la mer fermait leur passage; je vous le répète encore, si vous ne mettez Dieu de votre côté, vous êtes entièrement perdus ; je le vois, je le sens beaucoup mieux que je ne le saurais exprimer. Ouvrez les yeux, réveillez-vous ; ne cessez point de crier à l'Éternel qu'il ait pitié de vous ; pourquoi attendriez-vous, mes chers frères, que vos ennemis vous fissent sentir les effets de leur zèle aveugle et cruel pour vous humilier extraordinairement ? ne l'avez-vous pas assez senti par le passé et ne voyez- vous pas que vous êtes encore comme
IL CONVIE SES FRÈRES A LA REPENTANCE l7l
des prisonniers, des esclaves, des brebis destinées à la boucherie, des victimes qu'on ne manquera pas de sacrifier à la superstition dès que la paix qu'on travaille à faire sera assurée ? Je suis fâché, mes très-chers frères, de vous prédire des malheurs; mais c'est afin que vous les évitiez que je vous les annonce. Dieu a suspendu jusqu'ici les flots de la mer qui vous allaient engloutir. Il a calmé les vents et les orages qui commençaient à gronder sur Vos têtes ; on n'a pas exécuté la terrible Déclaration qu'on avait publiée pour vous exterminer, mais c'est à Dieu seul et aux prières de quelques bonnes âmes que vous devez votre conservation, conservation que vous ne devez regarder que comme un délai que la miséricorde et la patience de Dieu vous accorde pour vous repentir. Que chacun s'épluche, s'examine exactement pour connaître ses péchés et pour ôter, du milieu de son cœur, luut interdit qui embraserait la colère de l'Éternel. En vous exhortant, mes très-chers frères, à la repentance et à la sanctification, je me parle à moi-même et je forme une sincère et ferme résolution de me dépouiller entièrement, avec le secours de Dieu, de tous les haillons du vieil homme pour me revêtir de notre Seigneur Jésus. Je confesse que jusqu'ici, je n'ai pas rempli mes devoirs; c'est pourquoi Dieu n'a pas béni toutes mes entreprises et mes soins ; mais j'espère, avec le secours de Dieu et de vos prières, de vous être plus utile à l'avenir que je n'ai jamais été ; faites seulement que vos prières partent d'un cœur pur, plein de foi, d'amour et de zèle, autrement vos prières seraient inutiles et votre perte assurée. Il n'y a que la prière du juste qui soit de grande efficace ; soyez justes dans toute votre conduite et vous obtiendrez de l'Éternel tout ce que vous voudrez et au delà de vos pensées. Dieu n'attend que votre repentance pour faire éclater ses merveilles en votre faveur : le bras de la justice et celui de la miséricorde sont levés pour exercer vengeance d'un côté et pour répandre des bénédictions de l'autre. Sortez de Babylone, mes très-chers frères, quittez, abandonnez le péché si vous voulez éviter les plaies qui lui sont destinées ;