CHAPITRE XV Le Synode de 1727 confirme du Plan dans sa charge
Les ennemis de Benjaoïin du Pian, vaincus par Antoine Court dans le Synode de 1726, ne se découragèrent pas et demandèrent de nouveau sa destitution devant un autre Synode qui se tint l'année suivante, dans le Vivarais. Peut-être espéraient-ils profiter de l'absence d'Antoine Court pour avoir plus facilement gain de cause; mais ils avaient compté sans Jacques Roger, modérateur du Synode et grand admirateur de Benjamin du Plan. Ils ne pouvaient ignorer cependant les sentiments d'estime et d'affection que l'intré-
(1) N" 12, p. 181 (10 mai 1727).
pide et infatigable pasteur du Dauphiné avait pour le député des Églises. Il en avait donné des preuves, en 1726, à la veille du Synode, en prenant courageusement la défense de l'accusé. Voici la belle lettre pastorale qu'il écrivit, à cette occasion, aux pasteurs, proposants et anciens des Synodes et Églises du Languedoc et des Cévennes :
« Je ne saurais vous exprimer, leur disait-il, la satisfaction que les Consistoriaux de nos dix petits corps d'Églises, soumises à l'ordre, ont fait tous les jours paraître de votre charitable sommation, et de l'acte solennel de l'union traité avec vous (1). Mais cette satisfaction, qui augmentait tous les jours par la vue des lettres de M. du Plan et d'autres personnes distinguées, que je leur communiquai, se trouve sur le point d'être troublée puisque j'apprends, par une lettre de lui-même, et d'une autre personne distinguée par son rang et par sa piété, que l'on a répandu des calomnies sur son compte, comme s'il favorisait le fanatisme, et que sur cela on parle de lui retirer les témoignages qu'on lui a envoyés, et de lui refuser les 500 livres qu'on lui avait adjugées au dernier Synode des Cévennes, ce qui m'a extrêmement surpris, et ce que je n'ai pas jugé à propos de communiquer à nos Consistoires.
« En effet, comme il n'y a rien de plus certain que M. du Plan, par son esprit éclairé et par ses soins, a mis notre justice en évidence, nous a fait un très-grand nombre de bons amis, et obtenu des secours bien considérables, nous ne pouvons que fonder une grande espérance pour le soulagement et même l'entière délivrance de nos Églises, si Dieu continue, par sa grâce, à répandre ses bénédictions sur sa députation. Quelle douleur de voir que l'ennemi du repos de l'Église vienne traverser une entreprise d'une aussi grande importance, qui avançait à vue d'œil la grande gloire de Dieu et le salut de tant de pauvres âmes ! Quoi ! parce que M. du Plan reconnaît, avec tous les savants, qu'il faut que Dieu seconde extraordi-
nairement les faibles instruments dont il se sert pour conserver la pureté chrétienne dans ce royaume, faut-il le traiter de fanatique ? Parce que, selon les exemples et les principes de Jésus-Christ et des apôtres, il soutient qu'on doit ramener les égarés par la douceur, ce dont tous les savants conviennent, qu'on doit éprouver toutes choses et retenir ce qui est bon, faut-il l'accuser de favoriser le fanatisme? Il faudrait, pour cela, renverser entièrement l'essentiel et trahir sa conscience, étant certain que ces maximes se trouvent gravées dans le cœur de tout homme de bien, aussi bien que clairement enseignées par Jésus-Christ et les apôtres.
« D'ailleurs, M. du Plan vous était parfaitement connu avant sa députation, et nous, persuadés que vous n'aviez rien fait témérairement, avons suivi votre exemple. Quelle douleur et mortification pour nous, si nous avions le malheur de vous voir révoquer cette nomination sur des prétextes si injustes, et surtout après que tout le monde réformé se trouve convaincu des merveilleux effets de ses soins ! Non ! cela ne peut entrer en aucune manière dans ma pensée, et je m'assure qu'il se trouve parmi vous un assez grand nombre de pasteurs, de proposants et d'anciens éclairés qui ont la bonne cause à cœur, et que tous, unanimement, voudrez soutenir ce que vous avez si dignement fait, et que vous ne voudrez pas vous exposer ni faire exposer tous vos corps synodaux à une semblable honte qui ne pourrait qu'être fatale à toutes nos Églises. »
Roger, après avoir rappelé qu'une telle conduite ne pourrait qu'irriter Dieu, qui les abandonnerait à leur malheureux sort, ajoute :
« Je ne sais d'où sont venues ces funestes calomnies, ni
quels sont ceux qui ont formé le dessein de nous frustrer des
douces espérances que nous avions justement conçues de cette
"^députation, par les fruits qu'elle avait déjà produits; mais
nous vous conjurons, par les compassions du Seigneiu" Jésus,
par l'intérêt que vous devez avoir à avancer le règne de Dieu et à rappeler le repos de nos chères Églises, et les égards que vous devez avoir de l'honneur de nos corps synodaux, de confirmer M. du Plan dans sa députation, et de remplir les engagements que vous avez pris à son égard, et en reconnaissant qu'il est une personne véritablement pieuse et sincère, pénétrée d'une sincère charité et d'un cœur pur, éclairé, nous vous conjurons de faire sentir à ceux qui le calomnient l'horreur de leur crime, et à ceux qui s'opposent à sa députation, combien leur procédé est préjudiciable au repos tant désiré de nos pauvres Églises. »
Le pasteur parle ensuite des difficultés pécuniaires qui pesaient sur les Églises du Dauphiné. La régie réclamait les arrérages de 23 ans, et menaçait les biens de ceux qui s'étaient mariés au Désert ou qui avaient fui à l'étranger. Néanmoins, ces églises ne se refusaient pas à contribuer aux frais du député.
« Nonobstant un si grand inconvénient, ajoute Roger, j'ose vous assurer que nous faisons selon nos petits pouvoirs , promettant encore que si Dieu nous fait la grâce de voir augmenter nos frères, nous augmenterons aussi, dans une juste proportion, ce que nous nous flattons de faire infailliblement toucher au sieur du Plan ; car nous devons tous reconnaître qu'il ne peut que faire des dépenses beaucoup au-dessus de ses moyens. »
Puis il termine par ces considérations élevées :
« Il ne demande que ce qu'on lui a adjugé selon nos faiblesses. Pourquoi le lui contesterions-nous encore, contre notre honneur et nos propres intérêts ? Non, mes très-chers frères, je m'assure tellement au Seigneur, que, comme l'exemple de votre piété que nous proposons tous les jours à nos Églises, en fait revenir un très-grand nombre, vous vous produirez