INSTRUCTIONS DU SYNODE AU DÉPUTÉ
but de la députation et par là s'attirerait l'indignation de Dieu et la peine infligée par nos Églises et Synodes qui auraient le droit de le poursuivre par toutes voies ecclésiastiques;
« 2" Qu'entre les représentations qu'il fera de notre état aux puissances protestantes, il ne négligera pas de faire connaître à ces puissances amies et alliées de cet État, le pressant besoin que nous avons de leurs dons et de leurs présents pour entretenir le ministère, soit en faisant quelques fonds pour l'instruction de ceux qui voudraient se consacrer au ministère, soit pour entre tenir ceux qui sont en charge, au moins jusqu'à ce qu'il ait plu à Dieu nous faire mettre les choses en meilleur état qu'elles ne sont ;
« 30 II soutiendra avec tout le zèle dont il sera capable, de vive voix et par écrit, les intérêts des Églises dont il est député ;
« 4° Il défendra avec chaleur, dans les occasions, les saintes assemblées qui se convoquent sous la Croix pour le service divin, contre les injustes attaques de ceux qui en combattent l'utilité, la nécessité et l'importance ;
« 50 II s'abstiendra avec la plus exacte circonspection de tout commerce particulier ou public avec tous ceux que, dans les derniers temps, on appelait Inspirés ou Prophètes; nonseulement parce que la gloire de Dieu le demande, l'édification de l'Église, mais aussi la promesse qu'il en a faite lui-même dans une lettre qui sera conservée dans les documents de nos Églises ;
« 60 II n'entreprendra rien de tant soit peu important, soit dans les négociations, soit dans les voyages, soit dans les distributions des présents qu'il pourra obtenir en faveur ou en particulier des prédicateurs, ou en général pour les Églises ou pour lui-même, sans au préalable, en avoir consulté Messieurs, choisis par les assemblées Synodales, que par leur avis et leur consentement ;
« 7" Que nos Églises ne pouvant, pour le présent, fournir à son entretien, il se servira des secours qu'il pourra puiser de
son propre bien, jusqu'à ce qu'il y aura d'autres moyens à lui fournir une pension convenable à son caractère qui sera réglée par ceux qui ont été établis pour cela ou par une assemblée Synodale ;
« 8° Qu'il conformera et sa vie et sa conduite à la discipline établie pour cela dans nos Églises, qu'il sera soumis aux censures et qu'il promettra de ne s'écarter jamais de nos principes et de nos maximes ;
« 9" Enfin qu'il rendra un compte exact de tout ce qu'on lui donnera ou fera pour le bien de nos Églises.
« Fait dans notre Synode national tenu en Dauphiné, ce onzième octobre mil sept cent vingt-sept.
« Roger, pasteur et modérateur; — Durand, pasteur, député pour le Vivarais et modérateur-adjoint ; — BoYER, prédicateur, dépulé-général des Églises du Haut et Bas-Languedoc, Cévennes et Guyenne et secrétaire; — Fauriel, prédicateur, député des Églises du Vivarais et secrétaire-adjoint (4)..»
Dés que Benjamin du Plan eut reçu cette délibération, il s'empressa d'écrire au Synode pour lui faire des observations sur quelques articles particuliers qui le visaient personnellement et pour adresser en même temps à ses frères quelques avertissements salutaires :
« Aux pasteurs, prédicateurs et anciens des Églises réformées de France qui gémissent sous la croix (2).
« Messieurs, mes très-chers et très-honorés frères en notre Seigneur Jésus-Christ, e La grâce, la paix et l'amour de Dieu soient avec vous. € Il y a quelque temps que je n'ai point adressé ma voix au
(1) Tiré mot à mot de l'original que nous avons au pouvoir de nos Églises, par moi, Vouland, pasteur des Églises du Dauphiné.
(2) N" 12, p. 195 (2 janvier 1728).
corps de nos Églises, pour rendre compte de ma conduite et leur donner des marques de mon amour. J'attendais pour cela d'être de retour d'un voyage que j'ai fait en leur faveur; à présent que je me trouve en repos, il est juste que je satisfasse autant qu'il me sera possible ceux qui m'ont honoré de la charge de leur député. — Je ne sais par quelle espèce de fatalité un esprit de jalousie, de méfiance et de division s'est glissé parmi nous. J'ai en vain envoyé des attestations de la pureté de ma foi et bonne conduite à l'égard du culte religieux sur lequel on m'avait attaqué ; le témoignage de quelques particuliers, peu instruits des faits, a prévalu sur celui d'un nombre considérable de pasteurs sages, pieux, désintéressés, sous les yeux desquels je vis et avec lesquels je suis en commerce. Il est vrai que j'ai eu quelques sentiments particuliers; mais ceux-là même qui n'étaient pas de mon sentiment ont reconnu qu'ils n'étaient pas dangereux, attendu que je renvoie tout à l'examen de la raison et à l'épreuve de la Parole de Dieu. Toutes mes justifications à cet égard n'ont servi de rien, on a continué de me faire la guerre; plusieurs ont même fait leurs efforts pour m'ôter ma commission sous divers prétextes, dont les principaux étaient qu'on attribuerait mes sentiments particuhers à tout le corps, ce qui le rendrait méprisable et suspect de fanatisme; d'autres disaient que les Églises n'étaient pas en état d'entretenir un député; d'autres enfin disaient qu'un député était inutile. J'ai tâché de lever tous ces obstacles contraires à ma députation et aux services que je souhaite de rendre à ma patrie ;
« Premièrement, en envoyant des attestations de ma foi et de ma conduite qu'on ne m'aurait pas accordés si mes sentiments étaient dangereux ;
« Secondement, en écrivant une lettre qui a été insérée dans
les règlements de nos Églises, où je promets, pour le bien de la
1 paix, de ne me trouver plus dans aucmie assemblée d'Inspirés
et même d'éviter tout commerce avec eux pendant le temps de
ma députation autant que la charité le peut permettre;
t Je promets aussi de ne demander aucun secours aux Églises, quelque bon service que je leur rende à présent ou à l'avenir, et je laisse à l'expérience à justifier si un député est inutile.
« Si jusques ici on n'a pas éprouvé autant que je l'aurais souhaité les fruits de mes soins, nous le devons attribuer à nos péchés communs, qui ont été cause que la plupart des secours qui vous étaient destinés sont tombés entre les mains de nos ennemis. Je pourrais dire encore que le défaut d'argent m'a empêché de faire des voyages de longs cours dans les pays où les richesses abondent. Peut-être j'aurais réussi, peut-être non. Dieu le sait, mais il est tout vraisemblable que si j'ai trouvé une pistole en Suisse, j'en aurais trouvé dix, vingt et trente en Allemagne, en Hollande et en Angleterre.
« Je finis ici ma justification sur ma conduite passée, pour répondre aux instructions que le Synode du Dauphiné où les députés du Languedoc ont assisté, a envoyé. J'ai trouvé quelques-uns des articles qui les composent obscurs et d'autres impraticables. C'est pourquoi je les ai remis à quelques personnes sages, pieuses qui s'intéressent charitablement au bien et à l'édification de nos Églises, afin qu'elles les éclaircissent et les rectifient, je leur promets et je vous promets, foi de chrétien, de m'y conformer exactement et fidèlement aussitôt qu'ils auront été dressés d'une manière conforme à la raison et à la justice, afin de prévenir tout soupçon qu'on pourrait avoir, que je veux faire mon profit particulier de la commission qui m'a été accordée. J'ai été attentif et je le serai encore mieux à l'avenir, de ne toucher aucun denier accordé, me contentant de solliciter la charité des autres et d'indiquer des personnes d'un caractère respectable et d'une probité reconnue qui recevront et employèrent tout ce qui sera donné. Je rendrai compte à ces Messieurs de tous mes desseins et de toute ma conduite à l'égard de ma commission, et ces Messieurs ou moi, vous informerons de tout ce qui sera convenable que vous sachiez pour votre satisfaction.
« Si cela ne vous accommode pas, je crains que vous ne preniez un mauvais parti en voulant exiger des choses au-delà de la raison. Vous devez faire attention que vous vivez sous la croix, et que ne subsistant au milieu de vos ennemis que comme par une espèce de miracle, vous devez témoigner en toute chose un esprit d'humilité, de douceur et de charité qui seul peut vous attirer la faveur et protection divine. Si vous prenez un esprit de hauteur, d'empire et de contradiction, vous êtes perdus dans très-peu de temps. Dieu retirera sa protection de dessus vous, vous serez vraisemblablement engloutis dans moins d'un an par de violentes persécutions que la Providence a suspendues par des affaires importantes qui ont occupé la cour de France jusqu'ici, et une guerre qui menaçait toute l'Europe. La paix est à la veille d'être conclue et M. le cardinal de Fleury, dévoué à la cour de Rome et intime ami des jésuites, se prépare vraisemblablement à éteindre entièrement la religion protestante en France, après avoir poussé à bout les jansénistes qu'on ne ménage point quoique beaucoup plus puissants et accrédités que nos réformés du royaume. Il n'est pas nécessaire d'être prophète ou inspiré, pour vous annoncer ces choses ; l'expérience du passé et l'état présent du gouvernement, le fait craindre à tous ceux qui ont des yeux. Si vous ne me voulez pas croire, parlez à des personnes sages, qui entendent les affaires et vous verrez ce qu'elles vous diront. Je souhaiterais de toute mon âme n'avoir que de bonnes choses à vous annoncer. Mais si les uns et les autres ne devenons pas meilleurs que nous avons été, si nous ne faisons pas plus d'attention à observer les commandements de Dieu et si la charité ne nous anime pas davantage, c'est en vain que nous nous flattons. Il me semble que les jugements de Dieu vont fondre sur nous de toutes parts. Au nom de Dieu, mes très-chers et très -honorés frères, humilions-nous tous ensemble; unis d'esprit quoique séparés de corps, fléchissons la colère de Dieu, demandons-lui notre conversion, celle de nos ennemis afin que nous jouissions tous de la précieuse
liberté de servir Dieu selon sa Parole. Dieu est prêt de faire éclater sa justice ou sa miséricorde, selon le bon ou le mauvais usage que nous ferons de son support et de ses faveurs ; n'abusons plus des bontés de Dieu, convertissons-nous à lui de tout notre cœur; alors, loin de retirer sa protection de dessus nous, il redoublera sa grâce en notre faveur ; il ouvrira les yeux de nos ennemis; il leur fera connaitre leurs erreurs et leurs injustices et, au lieu de nous persécuter, ils nous exciteront eux-mêmes à servir Dieu en esprit et en vérité. On n'entendra plus crier : ôte, ôte, crucifie ! Mais les hosannas retentiront de toutes parts ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Gloire soit à Dieu aux lieux très-hauts et paix aux hommes de bonne volonté !
« Cette nouvelle année dans laquelle nous venons d'entrer me donne occasion, 3Iessieurs et très-chers frères, de renouveler mes vœux les plus ardents et les plus sincères en votre faveur. Dieu veuille, par sa grâce, vous donner les marques les plus sensibles et les plus éclatantes de sa protection. Dieu veuille vous accorder la précieuse bonté de le servir dans la sainteté et la justice sans crainte de vos ennemis. Dieu veuille enfin vous accorder dans le ciel, la félicité éternelle après vous avoir comblés, pendant longtemps en ce monde, des prospérités spirituelles et temporelles.
« Je me recommande à votre amitié et à vos prières et je vous prie d'être assurés que personne n'est avec plus d'estime et d'affection. Messieurs, mes très-chers et bien-aimés frères, en notre Seigneur Jésus-Christ, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
€ Caila DU Plan.
e A Genève, le 2 de janvier 1 728 .
« Je prie Messieurs les pasteurs de lire cette lettre en Synode et que tous les chefs en soient informés. »
Conformément au désir de du Plan, cette belle lettre