FONDATION DU COMITÉ DE GENÈVE
composé des bienfaiteurs de l'œuvre; la mission de ce Comité fut non-seulement de recevoir et de répartir les sommes collectées, mais encore de surveiller à Lausanne les études des jeunes gens qui s'y trouvaient. Du Plan nous apprend lui-même la création de ce Comité, dans une lettre en date du 19 mai 1729 :
« Il y a des personnes hors de tout soupçon d'imprudence et d'infidélité, que nos bienfaiteurs ont choisies et que leur charité seule a engagé à accepter cet emploi de recevoir et de distribuer les deniers accordés (1). »
Antoine Court et Corteiz auraient voulu que le député leur rendît compte de sa mission et qu'il leur fît connaître exactement l'origine, l'étendue et l'emploi de ses collectes. Du Plan s'y refusa péremptoirement.
« Je ne me suis réservé que les soins de demander et non ceux de recevoir, d'employer et d'en rendre compte. Tout ce que je puis vous dire là-dessus, c'est que nos revenus sont petits et qu'à mesure qu'on reçoit on distribue, soit pour l'entretien des proposants, soit pour le secours des galériens, des prisonnières, des misérables, soit pour l'achat de la marchandise que vous recevez de temps en temps. Quant à l'origine de nos ressources, il n'est ni juste, ni possible, ni convenable que je vous nomme nos bienfaiteurs, ni que je rende compte de ce qui est donné. Comme c'est ici une affaire de charité, on doit être satisfait que les choses soient bien administrées d'où elles viennent et à quoi elles montent. Si je tenais les livres ou reçusse l'argent, je serais obligé d'en rendre compte à ceux qui m'ont choisi et à nos bienfaiteurs, s'ils le souhaitaient ; mais, grâce au Seigneur, je suis hors de cet embarras ;
(1) N" 12, p. 261 (19 mai 1729).
188 CONSÉCRATION DE DEUX ÉTUDIANTS A l'ÉTRANGER
toutefois en qualité d'ami, je vous informerai de tout ce que je pourrai (I). »
Deux étudiants du séminaire de Lausanne, Roux et Boyer, ayant voulu se faire consacrer à Zurich avant de retourner en France, Antoine Court et Corteiz s'y opposèrent au nom de la discipline. Ceux-ci furent surtout irrités lorsqu'ils apprirent que Benjamin du Plan n'avait pas découragé ces jeunes gens dans leur dessein ; de là une correspondance des plus vives dans laquelle Corteiz apporta toute sa passion et ses rancunes. Ils se rendirent toutefois aux observations judicieuses du député qui, pour justifier la démarche de ces jeunes gens, n'avait eu qu'à rappeler à Corteiz qu'il n'avait pas agi autrement (2).
t Je viens, leur écrit-il, au second article qui regarde l'installation de iM.M. Roux et Boyer. C'est là-dessus surtout que vous déployez tous deux votre éloquence pour m'attaquer et blâmer ma conduite.
« Si vous n'étiez pas mes amis, je me fâcherais un peu de votre style vif et piquant, mais connaissant votre bon cœur et votre amitié pour moi, je dois me contenter de vous dire mes raisons sans employer auctm terme qui vous puisse choquer en aucune manière. En premier lieu, je n'ai point vu, dans notre discipline, qu'il y eut aucun article contre ceux qui voudraient se faire installer dans le pays étranger et aucun Synode ne m'en a pas donné avis. Tout ce que je sais est que la plupart des Églises du Bas Languedoc et des Cévennes ont sollicité instamment le retour de M. Roux, à quoi j'ai joint mes sollicitations par écrit et de vive voix, quoique ceux qui dirigeaient ses études trouvassent à propos qu'on prolongeât
(1) Idem.
(2) Voir sur cette affaire, Edmond Hugues, t. II, p. 49.