DÉPART DE RACHEL
de justes mesures pour les mettre dans un lieu de sûreté. On ne doit pas se flatter toujours d'un certain calme qui peut être interrompu par mille accidents. Il faut prévenir les orages, il faut s'éloigner des bancs de sable et des rochers autant qu'on peut. Je sais bien que pour éviter le naufrage, le plus sûr moyen c'est de se mettre sous la conduite du souverain pilote de la nacelle de l'Église; ce pilote nous a donné une raison, mais il faut faire usage de cette raison autant que les lumières se peuvent étendre et abandonner ensuite à la Providence tout ce qui ne dépend pas de nous ; il faut prier toujours Dieu qu'il bénisse nos soins, qu'il préside sur nos conseils et suivre toujours les mouvements que la grâce nous inspire (1). »
Antoine Court, suivit les conseils de son ami; au mois de mai 1729, il lui écrivait :
« Je vous apprends que ma Rachel a enfin mis à la voile ; elle est partie hier pour votre ville ; elle y arrivera, s'il plaît à Dieu, le dernier de ce mois. Je ne vous demande pas de donner vos soins pour lui procurer les agréments qui dépendront de vous, bien persuadé que vous ne lui en refuserez aucun. Je me contente de vous prier de vous souvenir que c'est ma Rachel et ma Rachel de laquelle je n'ai pu me séparer qu'en faisant céder une passion tendre à un devoir encore plus pressant à son cher repos. Adieu, mon cher ami, je vous recommande ma Rachel (2). »
Du Plan se hâta d'apprendre à Court l'heureuse arrivée de sa femme; mais il ne tarda pas à s'apercevoir que son ami avait le secret désir de venir la rejoindre. C'est pour le retenir en France auprès de son troupeau, décimé par la persécution, qu'il lui écrivit deux mois après l'arrivée de Rachel à Genève ;
(1) N" 12, p. 123(5 juin 1726).
(2) N" 7, t. III, p. 403 (25 mars 1729).