‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 155 sur 243 · ACCUEIL DÉCOURAGEANT · texte numérisé non relu

ACCUEIL DÉCOURAGEANT

ordinaire, il y a toute apparence que je ferai une misérable récolte (1). »

Les uns lui refusaient tout secours sous prétexte que les protestants de France souffraient par leur faute, soit parce qu'ils persistaient à tenir des assemblées illicites, soit parce qu'ils s'obstinaient à préférer la persécution ù l'exil. Les autres renvoyaient parfois grossièrement le collecteur importun. Écoutons du Plan nous raconter lui-même ses premiers essais de collecte en Angleterre :

« Je fus rendre visite à des personnes de chez nous qui sont fort riches et que je croyais animées du zèle de la maison de Dieu. Je crus qu'elles embrasseraient avec joie l'occasion de répandre la lumière de l'Évangile dans notre patrie sur laquelle Dieu a commencé à jeter des yeux de compassion. Après que j'eus étalé l'état de nos Églises et leurs besoins de la manière la plus pathétique qu'il me fut possible, on me répondit clair et net que les quêteurs mangeaient ordinairement presque toutes les collectes. Je ne m'attendais pas à une réponse si sèche. Je ne sais si j'en rougis, mais je sentis remuer un peu ma bile et je répondis d'un ton assez ferme que j'avais embrassé les intérêts de nos Églises par charité et non par nécessité, que j'avais encore assez. Dieu merci, pour me passer du secours d'autrui et qu'il m'était indifférent de manger mon argent en Angleterre ou à Genève où j'étais resté longtemps sans incommoder personne. Ces paroles firent changer de ton et de langage mes richards peu polis, peu gracieux, et il y en a eu un qui, pour réparer sa faute, a donné des témoignages de sa charité dans toutes les occasions que je lui ai procurées ; et moi, de mon côté, pour soutenir ma noble et généreuse gasconnade et faire voir que je n'avais besoin de personne, j'ai dépensé

(1) N" 12, p. 517 (27 novembre 1732).

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