‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 19 sur 243 · SES PREMIÈRES COURSES DANS LE VIVARAIS · texte numérisé non relu

SES PREMIÈRES COURSES DANS LE VIVARAIS

appels réveillèrent peu d'écho; à peine s'il put réunir dix, vingt, trente personnes dans quelque caverne oa dans quelque trou de rocher, tant la terreur était grande parmi ses frères. Il fut cependant moins affligé de l'indifférence de ses coreligionnaires quedcs excentricités ridicules dans lesquelles étaient tombés les Inspirés. « Mes premières courses, nous dit-il lui-même, eurent pour théâtre le Vivarais. Là, les échafaudset les gibets étaient encore ensanglantés de l'exécution de plusieurs protestants que l'esprit de fanatisme avait conduits dans celui de la rébellion. Ici se trouvaient quelques hommes et une quinzaine de femmes ou fdles, qui, au titre deprédicantes, réunissaient celui de prophétesses. Je craindrais de n'être pas cru, si je rapportais tout ce que ces esprits fourbes ou séduits disaient de puéril, d'indigne ou de déshonorant pour la religion. Je m'attachai à convaincre les premiers d'imposture et à ramener les autres. Il n'était pas rare de voir, dans les assemblées, si peu nombreuses qu'elles fussent, deux, trois femmes et quelquefois des hommes, tomber en extase et parler tous à la fois, comme ces Corinthiens à qui saint Paul adresse ses censures. Bientôt je passai, comme un autre Elie, pour être le fléau des prophètes. Mes discours étaient accompagnés des plus heureux succès, et mes progrés étaient des plus rapides. Dans peu le fanatisme n'osa plus paraître; ceux qui en conservaient quelque teinture ne s'en entretenaient plus qu'en secret (1). »

En 1715, Antoine Court alla à Nimes où il avait été

(t). Mémoire d'Antoine Court, dcriten 1752. conservé dans les manuscrits de Paul Rabaut.

SYNODE DE 1715 "^l

appelé par l'Église. Après avoir parcouru, en missionnaire, la Provence et le bas Languedoc, il fut navré du découragement profond dans lequel la plupart de ses frères étaient tombés. Depuis longtemps il songeait aux moyens de relever le protestantisme de son abaissement. C'est en 1715, à l'âge de 19 ans, qu'il entreprit cette grande œuvre.

Quatre moyens s'offraient à lui : « Le premier, nous dit-il dans ses mémoires, fut de convoquer les peuples et de les instruire dans les assemblées religieuses; — le second, de combattre le fanatisme qui, comme un embrasement, s'était répandu de tous côtés, et de ramener à des idées plus saines roux qui avaient eu la faiblesse ou le malheur de s'en laisser infecter; — le troisième, de rétablir la discipline, l'usage des consistoires, des anciens, des colloques et des synodes; — le quatrième, de former, autant qu'il serait en mon pouvoir, de jeunes prédicateurs, d'appeler des ministres de pays étrangers, et s'ils manquaient de vocation pour le martyre et qu'ils ne fussent pas disposés de répondre à mes pressantes incitations, de solliciter auprès des puissances protestantes des secours en argent, pour aider aux études et à l'entretien des jeunes gens en qui je trouverais assez de courage et de bonne volonté pour se dévouer au service et au salut de leurs frères. »

Antoine Court avait déjà exécuté le premier de ces moyens de relèvement en convoquant de toutes parts des assemblées. En 1715, il essaya de rétablir la religion proscrite. Il convoqua à Nimes un Synode dans lequel quelques laïques et quelques prédicants qui avaient répondu à son invitation, élaborèrent un règle-

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ment. Dans ce Synode, il fut décidé que chaque église établirait des anciens qui seraient chargés de convoquer les assemblées en des lieux favorables et avec toute la prudence possible. On délibéra ensuite que, selon l'ordre de saint Paul, il serait désormais interdit aux femmes de prêcher; que l'Écriture sainte deviendrait la seule règle de foi et qu'en conséquence, l'on rejetterait toutes les prétendues révélations qui avaient eu cours jusques là, à cause des grands abus qu'elles avaient produits.

L'histoire nous a conservé les noms des prédicants qui nidérent Court dans son œuvre de restauration. Ce furent Jean Hue et Jean Vesson, qui plus tard furent déposés de leur charge; Pierre Durand et Etienne Arnaud, deux futurs martyrs, et Jean Rouvière dit Crotte; mais de tous ces aides, le plus remarquable fut Pierre Carrière dit Corteiz. Ce pasteur du désert n'avait pas l'instruction de Court, mais il le surpassait en activité et en intrépidité. Au moment où se réunit le Synode, Corteiz était à Genève. Fatigué de ses longs et pénibles travaux d'évangélisation, échappé aux poursuites incessantes des dragons, il était allé chercher du repos dans celte ville et s'y était établi depuis 1712. Là, il s'était marié avec une tailleuse d'habits du nom d'Isabeau. Bientôt, ne pouvant plusse résigner à vivre loin de ses frères persécutés, il quitta sa femme revint en France, dans les Cévennes, et ne tarda pas à entrer en communication avec Antoine Court. Aucun de ces prédicants n'avait reçu la consécration pastorale. En 1717, Court pressa Corteiz d'aller à Zurich recevoir l'imposition des mains. A son retour, celui-ci consacra Court dans un Synode « et ce fut ainsi qu'il

PREMIÈRE RENCONTRE DE DU PLAN ET d'aNTOINE COURT 23

sauva la filiation de l'ordination, suivant la règle apostolique, pour la France réformée (1). »

Parmi les laïques, celui qui devint le collaborateur le plus éminent et l'ami le plus dévoué d'Antoine Court fut sans contredit Benjamin du Plan.

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