A MONSIEUR EDWARD LLOYD
Cher Monsieur,
Ce livre vous revient à plus d'un titre. C'est à vous que j'en dois et l'idée et l'exécution. Il s'associe à l'un des souvenirs les plus agréables de ma vie; il me rappelle notre première rencontre; cette course intéressante que nous fîmes ensemble dans nos montagnes à la recherche du château de vos pères. Quelle émotion n'éprouvàtes-vous pas en contemplant ces vieux murs qui avaient vu naître votre vénérable aïeul, le héros de cette histoire! Il était alors pour moi un inconnu. Les précieux documents que vous aviez entre les mains éveillèrent mon attention et me firent désirer de le connaître davantage; ce fut comme une révélation! J'interrogeai notre histoire religieuse : un seul ouvrage éclaira cette noble figure d'un vrai rayon (1). Il m'en disait assez pour m'encourager à poursuivre mes recherches.
J'allai à Genève; je consultai la volumineuse corres-
(1) Histoire de la Restauration du protestantisme en France, par Ed. Hugues.
pondance d'Antoine Court, l'ami intime, le compagnon d'œuvré de Benjamin du Plan; et là, j'eus le bonheur de trouver les lettres originales de votre illustre ancêtre adressées au Restaurateur du protestantisme français. Avec quelle émotion je parcourus, je dévorai ces pages ! J'étais venu pour chercher des détails de sa vie, et sa vie, je l'avais toute palpitante sous ma main.
Le plan de mon ouvrage était tracé, l'ouvrage même était fait d'avance. Je n'avais qu'à choisir parmi ces lettres, vrai trésor qui, en me révélant une époque trop ignorée, me dévoilait un des héros de cette époque, la plus émouvante de notre histoire religieuse. Vous eûtes l'obligeance de me confier d'intéressants papiers de famille et en particulier la correspondance de du Plan avec ses parents et ses amis. Ces documents nouveaux vinrent combler une grande lacune. La correspondance de du Plan avec Antoine Court que j'avais consultée dans la bibliothèque de Genève, ne m'avait conduit que jusqu'au moment de la rupture entre ces deux amis; vos papiers de famille me permirent de suivre votre ancêtre jusqu'à la fin de sa vie. J'y retrouvai l'homme de Dieu, le député généreux et infatigable dont la conduite et le langage s'étaient déjà imposés à mon admiration. Je me bornai à relier tous ces matériaux par une trame légère qui en expliquât les circonstances et la nature. C'est tout le plan de ce livre. J'ai fourni le cadre, mais ce qu'on admirera, c'est le
portrait digne à tous égards, et par la noblesse de son origine et par la grandeur de son caractère, de figurer dans la galerie de nos illustrations protestantes.
Puisse l'exemple de la piété de Benjamin du Plan émouvoir à jalousie plus d'un lecteur de sa vie! Puissions-nous compter dans nos rangs beaucoup de laïques qui lui ressemblent! Alors nous aurons raison de ne point désespérer de l'avenir de nos Églises. Je comprends que vous soyez fier d'être le petit-fils d'un tel homme et que vous ne reculiez devant aucun sacrifice pour faire connaître et honorer sa mémoire. Si j'ai pu contribuer en quelque chose à ce noble dessein, ce sera la plus douce récompense de mes faibles efforts.
D. BoNNEFON, pasteur.
Alais, septembre 1876.
Les renvois en note de cet ouvrage désignent les volumes des Papiers Court que l'auteur a compulsés à la Bibliothèque publique de Genève.