‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 3 sur 243 · CHAPITRE I«^ Jeunesse et conversion de Benjamin du Plan · texte numérisé non relu

CHAPITRE I«^ Jeunesse et conversion de Benjamin du Plan

Benjamin de Ribot, seigneur du Caila et du Plan, appartenait ù une vieille famille noble dont l'origine remonte au-delà du xvi™^ siècle. Son père, Jacques de Ribut, riche seigneur féodal ayant un château et des vassaux, étendait sa domination sur les terres du Caila, du Plan, de la Favède et du Rouveret.

Benjamin naquit le 13 mars 1688 (1), dans le château de la Favède, village situé non loin d'Alais, au pied des Cévennes toutes retentissantes encore des faits héroïques des Camisards. Les détails nous manquent sur sa famille et sur son enfance. Le peu que nous savons, nous l'avons appris en dépouillant des papiers de famille et la correspondance de Benjamin du Plan avec Antoine Court. Au moment où commence cette histoire, en 1710, Benjamin avait son père, sa mère et une jeune sœur qui se réfugia plus tard avec sa tante à Genève où elle mourut.

Quelle fut l'attitude de la famille de du Plan dans

(1) L'an mil six cens huilante huict et le vingtunieme mars Jaques Ribot fils de sieur Jaques Rihot, sieur du Plan, et de damoiselle Marie Fabre de la ville d'Alais a esté baptisé. Le jour de sa naissance fut le tresiéme du dit mois, son parrein a esté sieur Denis Fabre et sa marreine damoiselle Marguerite Castaignière sa femme. De ce lieu par moi Esperit Julien, vicaire.

Il PREMIERES ÉMOTIONS RELIGIEUSES DE DU PLAN

les terribles conjonctures de cette époque? Appartenaitelle à la classe des nouveaux convertis, c'est-à-dire de ceux qui fréquentaient les catholiques et suivaient extérieurement du moins les exercices de l'Église romaine, comme c'était le cas du plus grand nombre, surtout des plus riches et des plus puissants? C'est probable. Ce que nous savons, c'est que Benjamin fut de bonne heure du nombre de ces hommes pieux qui, malgré les menaces, demeuraient intraitables et gardaient au fond du cœur, pure et intacte, l'antique foi des pères. Après avoir servi dans les armées du roi, comme c'était la coutume obligatoire pour tous les jeunes gentilshommes, nous le voyons à vingt ans déposer son épée pour se mettre tout entier au service de l'Église et encourager, par son exemple, ses frères persécutés.

C'était en 1710. Ce jeune homme au cœur tendre, à l'imagination ardente, avait déjà frémi plus d'une fois aux récits de son père et de sa mère; sa jeunesse avait été bercée par les histoires émouvantes des Cavalier et des Roland et le pays qu'il habitait en rappelait à chaque pas le palpitant souvenir. Il avait assisté luimême à des scènes de violences exercées contre ses coreligionnaires. Que de fois n'avait-il pas aperçu de la tourelle de son château les dragons se dirigeant sur Brenoux, village situé à une petite distance et ardent foyer du fanatisme! Que de fois n'avait-il pas entendu le bruit des arquebuses et vu passer sous ses fenêtres ses frères enchaînés comme des criminels et conduits dans les cachots du fort d'Alais, pour être dirigés ensuite, soit sur les galères de Marseille, soit vers la tour de Constance! Il avait dix-sepl ans, en 1705, lors-

[L EST INSTRUIT PAR LES VIEUX CAMISARDS à

qu'il entendit raconter autour de lui que les villages de Brenoux, Sainl-Paul-Lacosle, Soustelle, soupçonnés d'avoir donné retraite à quelque bande camisarde, avaient été livrés au pillage et aux flammes et tous les habitants passés au fil de l'épée. Ces scènes étaient communes. Quel fut le résultat des émotions qu'il en éprouva? la suite de son histoire va nous l'apprendre.

« C'est en 1710, nous dit-il, qu'ayant fait connaissance avec les prédicateurs sous la croix, j'abandonnai mon emploi dans les troupes pour me vouer uniquement au soutien et à la propagation de la religion protestante. »

Quels furent ces prédicateurs qui touchèrent le cœur du jeune soldat et le firent passer de l'armée de Louis XIV dans la sainte milice de Jésus- Christ? C'étaient peut-être quelques vieux prophètes camisards, épaves de la dernière guerre, qui essayaient par des discours enflammés, de réveiller le zèle éteint, de secouer les énergies endormies, de rallumer, si possible, une nouvelle croisade. Mais ces temps étaient passés : la défaite des Ravanel et des Catinat avait découragé tous les cœurs. D'ailleurs, la révolte était impossible : le pays était cerné et occupé de toutes parts. Se battre dans ces conditions eût été insensé, chacun se le disait tout bas. Les discours des vieux camisards, qui eussent été quelques années auparavant si éloquents, avaient donc perdu de leur opportunité et ne réveillaient plus d'écho. Tristes et découragés, ces vieux prédicapts reprenaieot le chemin de leurs montagnes en regrettant le passé.

Mais dès 1701, aux vieux prophètes cévenols avaient succédé d'autres prédicateurs d'un nouveau genre.

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