‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 218 sur 243 · IL RÉDIGE UN APPEL EN LEUR FAVEUR · texte numérisé non relu

IL RÉDIGE UN APPEL EN LEUR FAVEUR

séricordieux qui, au lieu de la gloire dont il pouvait jouir dans le ciel, a quitté le séjour de la félicité pour venir dans celui de la misère, qui a pris notre nature avec toutes ses infirmités innocentes pour souffrir et mourir pour notre salut. C'est à ces véritables chrétiens qui sont animés de l'esprit de Jésus- Christ, qui compatissent à toutes les souffrances de son corps mystique, et qui se souviennent des prisonniers comme s'ils étaient prisonniers avec eux et des confesseurs sur les galères comme s'ils étaient enchaînés avec eux, que nous nous adressons avec confiance pour obtenir des secours dignes de leur charité, relatifs aux circonstances où la Providence les a placés.

« Ce serait en vain que nous nous adresserions à des gens qui bornent leurs désirs, leurs soins et leurs espérances à ce monde, qui ne pensent qu'à satisfaire leur ambition, leur avarice ou leurs voluptés. Ce serait en vain que nous nous adresserions à des gens, soit dans le monde, soit dans l'Église qui ont beaucoup moins de charité que le Samaritain de l'Évangile ou de païens qui n'ont pas renoncé à l'humanité.

« Nous n'attendons non plus aucun secours ni bons offices de ceux qui bornent leurs soins à eux-mêmes ou tout au plus à quelques personnes qui les environnent, de qui ils reçoivent ou attendent des services réciproques et peut-être plus considérables.

« Mais ce qui nous fait le plus de peine, c'est d'entendre des personnes de mérite, mal informées de l'état des Églises réformées de France qui gémissent sous la croix, condamner gravement et magistralement, non-seulement les saintes assemblées qui se forment dans le pays où règne la persécution, mais encore les fidèles qui souffrent sur les galères et dans les prisons pour avoir servi Dieu selon les lumières de leur conscience; mais encore ces illustres pasteurs qui, à l'exemple de Jésus-Christ, des apôtres, des prophètes et de plusieurs de nos réformateurs, ont scellé de leur sang, de la manière la plus héroïque et la plus édifiante, les vérités qu'ils avaient annon-

cées au milieu des plus éminents dangers et des plus grandes fatigues.

« Le passage favori dont on se sert pour condamner les confesseurs et les martyrs de nos jours est celui-ci : Quand on vous persécutera dans un lieu, fuyez dans un autre. On prétend prouver par ce passage que tous les fidèles doivent abandonner le pays où règne la persécution. Mais est-on autorisé à tirer cette conséquence générale ? Les premiers chrétiens, si remarquables et si louables par leur piélé et leur zèle, ne l'ontils pas considérée comme une lâche timidité? Ne sait-on pas que les apôtres sont revenus dans les pays où on les avait persécutés et qu'en cela, ils n'ont fait que suivre l'exemple de Jésus-Christ qui a fui, qui s'est caché quelquefois, mais qui n'a jamais abandonné le champ de bataille jusqu'à ce que par ses souffrances et par sa mort, il ait enfin rempli son ministère et consommé l'œuvre de notre salut.

€ D'ailleurs, il est bon de savoir que Dieu, loin de livrer entièrement certains royaumes aux ténèbres de l'ignorance de la superstition et de l'idolâtrie, veut y conserver et rallumer plus que jamais le flambeau du pur Évangile malgré les persécuteurs, jusqu'à ce que, selon les oracles du Vieux et du Nouveau Testament, il convertisse toutes les nations et remplisse la terre de sa connaissance.

« Jamais l'Église n'a été plus pure que pendant les trois premiers siècles du christianisme que les fidèles étaient exposés à de continuelles persécutions. Jamais les protestants n'ont été plus gens de bien que dans les commencements de la réformation, qu'on dressait des échafauds et qu'on allumait partout des feux pour faire périr ceux qui faisaient profession du par Évangile. Pourquoi condamnerait-on les Églises protestantes d'aujourd'hui, qui sont formées sous la persécution et que Dieu a fait subsister, par un miracle de sa miséricorde et de sa toute puissance, au milieu de leurs ennemis?

€ On ne peut que louer ceux qui ont abandonné leurs biens., et leur patrie pour aller servir Dieu en liberté dans les pay»

étrangers; mais assurément, ceux-là ne sont pas moins louables qui, à l'exemple de Jésus-Christ, de ses apôtres et de quantité de martyrs dont on révère la mémoire, ont non seulement sacrifié leurs biens, mais encore leur liberté et leur vie pour la gloire de Dieu et l'édification de l'Église.

« Nous ne demandons pas aux chrétiens qui jouissent en repos de la précieuse liberté de conscience et que Dieu a bénis de biens temporels, le sacrifice, ni de leur vie, ni de leur liberté, ni même de tous leurs biens, pour la délivrance ou pour le soulagement de leurs frères qui sont dans la captivité et la souffrance; nous ne demandons que le sacrifice d 'une trèspetite partie de ces derniers, telle que les circonstances le leur permettront et que leur charité nous voudra généreusement accorder, car la charité doit être libre, elle doit partir du cœur. Tout ce qu'on donne à regret ou par des motifs de vanité ou d'intérêt n'est de nul prix devant Dieu.

« Mais quoique la charité soit libre, un fidèle ne doit pourtant pas se regarder comme le propriétaire de son bien; il en est seulement l'économe. Rien ne l'oblige, il est vrai, de rendre compte aux hommes de son administration, mais aussi rien ne peut le dispenser de le rendre à Dieu à qui nous appartenons tous, plus qu'un esclave n'appartient à son maître qui l'a acheté et qui le nourrit; puisque Dieu nous a tirés du néant, qu'ils nous a rachetés par le sang précieux de son fils unique et que nous ne pouvons pas subsister un seul moment sans le concours de sa Providence.

« Un fidèle qui ne se regarde pas comme le propriétaire du bien dont il jouit, mais seulement comme l'économe, ne pense qu'à plaire à son maître, qui lui a confié des biens temporels afin que, par sa sage administration, il se rende digue des biens éternels.

« Dieu qui a accordé à tous les hommes des talents différents pour les faire valoir pour leur propre salut et le bien de leur prochain, ne leur a pas déclaré le temps précis qu'il veut leur accorder pour les faire valoir. Les talents et les biens que

Dieu nous accorde ne sont que des dépôts qu'il peut demander et reprendre quand il lui plaît, et notre vie elle-même n'est qu'un dépôt et un souffle qu'il peut retirer à tout moment.

« Ce sont là des vérités dont tout le monde convient et qu'une expérience continuelle met tous les jours devant nos yeux. ; mais ce sont néanmoins des vérités auxqu'elles on ne fait pas assez d'attention pour y conformer notre conduite, puisque la plupart des hommes, au lieu de se préparer tous les jours à comparaître avec confiance devant Dieu pour lui rendre compte de leur administration, se livrent aveuglément aux soins, aux occupations, aux plaisirs de cette vie et en paraissent uniquement occupés.

« Ce serait inutilement (sans un miracle de la grâce) que nous nous adresserions à des gens de ce caractère pour obtenir des secours pour nos frères qui gémissent dans les prisons, dans les fers, sur les galères et dans la misère pour avoir voulu servir Dieu selon les lumières de leur conscience. Nous ne nous adressons avec confiance qu'à ceux qui connaissent Dieu, qui l'aiment de tout leur cœur ; à ceux qui sont sensibles aux maux de l'Église, le corps mystique de Jésus-Christ, et qui aiment leur prochain comme eux-mêmes; c'est à ceuxci seulement que nous nous adressons avec une véritable confiance et nous sommes persuadés que dès qu'ils sauront que des personnes respectables par leur caractère et leur mérite personnel se sont chargées de recueillir les deniers qu'on demande pour soulager ceux qui souffrent pour la religion et de les administrer fidèlement selon l'intention des bienfaiteurs ; nous sommes, dis-je, persuadés qu'ils contribueront avec plaisir, selon leur pouvoir, pour une si bonne œuvre qui leur attirera de plus en plus les bénédictions du ciel et de la terre; car à celui qui fait un bon usage de ce qu'il a, il lui sera encore accordé, mais à celui qui manque de charité, ce qu'il pense posséder en propriété lui sera ôté.

« Nous faisons des vœux ardents et sincères à Dieu en faveur de ceux qui ont contribué et qui contril)ueront à l'avan-

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