‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 225 sur 243 · COURT FILS ET SERGES · texte numérisé non relu

COURT FILS ET SERGES

été vu en Cour, a opéré la disgrâce la plus complète de cet abbé.

« M. de Richelieu, gouverneur de Guyenne, s'est mis en tête d'y vouloir abolir tout culte puljlic, même les sociétés dans des maisons et d'y faire rebaptiser les enfants : nous ignorons ce que deviendra cette entreprise : ce sont des Églises nouvellement défrichées et remplies d'esprits timides et craintifs ; Dieu sans doute et Jésus-Christ leur donneront la force de les glorifier.

( L'assemblée du clergé vient de se séparer : elle a fait présenter au roi, par l'évêque du Puy, des remontrances contre les protestants, en particulier au sujet de leurs mariages; mais le roi n'a pas voulu les recevoir parce qu'elles ont été trouvées trop vives et trop exagérées et qu'elles n'indiquaient aucun remède au mal.

« Agréez, s'il vous plait, mes remercîments pour vos soins en faveur de la veuve Cazali.

« Je n'ai point l'honneur d'être connu de M. le chevalier d'Oliveira : je vous prie cependant de lui présenter mes obéissances. Son discours sur les malheurs de Lisbonne, sa patrie, me donna une grande idée de lui : il y a du beau, du noble, du touchant ; on y voit un cœur excellent et plein de pitié qui s'y dépeint tel qu'il est.

« Je reçois une lettre de M. Serces : elle m'afflige ; il parait sur le bord du tombeau. Je sais la séparation qu'il y a eue entre vous. Messieurs. Vous cacherai-je que j'en suis navré jusqu'à l'àme ? Faut-il que l'accablante désunion se glisse chez des personnes remplies de piété et qui se proposent le même but ? J'aime à penser que, mettant tout sous les pieds, vous êtes prêts, Messieurs, à 'vous donner le baiser de paix : il me serait bien doux d'y contribuer et c'eût été pour mon père une grande consolation. M. Serces m'y parait disposé. Vous n'êtes point ennemi de la paix. Monsieur, vous m'en donnez des preuves convaincantes. Que faut-il donc que je fasse pour l'achever? Mon cœur soufi're quand je pense que j'ai l'hon-

neur d'être en relation avec deux personnes qui m'honorent vivement de leur amitié, et que ces personnes que je rapproche dans mon cœur, sont éloignées l'une de l'autre.

< Il est temps sans doute de vous laisser respirer : j'ai beaucoup jasé; mais votre bonté me donne de la confiance et vous voyez que je prends la liberté de vous parler avec franchise. C'est parce que je ne voulais pas vous quitter si tôt et que j'étais charmé de m'entretenir avec vous, que j'ai attendu un instant qui y fût propre. Honorez-moi toujours de votre amitié et soyez persuadé que personne ne vous est plus dévoué et n'est avec plus d'estime et de considération que j'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très-humble et très- obéissant

serviteur,

€ Court. »

Du Plan s'empressa de répondre :

« Kentish-Town, le août neo.

« Monsieur, mon cher ami et frère en Christ,

« J'ai reçu votre lettre du 2 août qui contient plusieurs différents sujets et qui par conséquent a produit différents effets dans mon âme. Il faudrait être ingrat et même dénaturé pour n'être pas sensible à la perte que nous venons de faire, vous, d'un bon et tendre père, et moi d'un ancien et zélé ami, les Églises de France d'un fidèle et laborieux serviteur ; m,ais, quelque beaux qu'aient été ses talents et quelque utiles qu'aient été ses travaux. Dieu peut susciter d'autres ouvriers pour réparer cette perte, à laquelle vous deviez être préparé depuis un an par une vie languissante. Vous avez eu la consolation de le servir et de le consoler pendant tout ce temps d'épreuve "de sa foi, de sa patience, de sa soumission, de sa résignation à la volonté de Dieu. Plusieurs autres personnes destinées à prêcher l'Évangile sous la croix vous ont aidé dans cette bonne œuvre; enfin Dieu a terminé ses combats, ses misères, il se repose de ses travaux et ses œuvres l'ont suivi. Quels

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