CHAPITRE V La fin d'un règne et le commencement d'un autre
Quelques jours après le Synode, Louis XIV, le grand persécuteur, celui que nos pères redoutèrent comme le « fléau de Dieu » mourut le 1" septembre 1715. Les Églises respirèrent et espérèrent voir s'adoucir, avec un nouveau règne, leurs longues et cruelles soufifrances. Elles venaient d'échapper sans s'en douter à une recrudescence de maux; avant de quitter ce monde pour comparaître devant le Souverain Juge, le despote voulut couronner son œuvre de persécution par une Déclaration que lui fit signer son confesseur. Cette Déclaration était ainsi conçue : « Seront réputés relaps (1) tous ceux qui déclareront vouloir persister et mourir dans la religion prétendue réformée qu'ils aient ou non fait abjuration, d'autant que le séjour de
(1) Les canons des papes appellent ainsi ceux qui sont derechef tombés dans l'iiérésie après l'avoir abjurée et en avoir été purgés par l'évêque.
28 INFLUENCE d'hENRIETTE SUR LE RÉGENT
ceux qui ont été de la religion prétendue réformée, ou qui sont nés de parents religionnaires ont fait dans notre royaume depuis que nous y avons aboli tout exercice de ladite religion, est une preuve plus que suffisante qu'ils ont embrassé la religion catholique, apostolique et romaine, sans quoi ils n'y auraient pas été soufferts ni tolérés (1). d
Le parlement de Paris, si complaisant jusque là pour les lois d'intolérance, retarda pendant un mois l'enregistrement de cette Déclaration. « Les annales du monde, offrent-elles un autre exemple d'un code fondé tout entier sur un tel mensonge (2)? » A la nouvelle de cet dit, un cri de douleur s'échappa de toutes les poitrines protestantes; une supplication ardente s'éleva vers Dieu, le refuge des désolés et la mort du roi fut considérée par les persécutés comme une délivrance providentieile.
Quelle serait la conduite du Régent? Donnerait-il cours à celle odieuse Déclaration? N'abrogerait-il pas, au contraire, tous les édils sanguinaires qui avaient fait répandre un sang innocent et appauvri la France en chassant de son sein les meilleurs de ses enfants? Tout pouvait le faire espérer. Sa mère Henriette était la sœur de Charles I*"", roi d'Angleterre; il était donc allié par le sang à un roi protestant. Quoique catholique par profession, Henriette ne le fut jamais réellement, elle était même attachée de cœur à la Réforme, et souvent elle versa en secret des larmes sur le sort malheureux de ses anciens coreligionnaires. Dès que son fils tint
(1) Déclaration du 8 mars 1715.
<2) Lemoxtey. Établissement monarchique de Louis XIY , p. 413.