DÉMARCHES DU RÉGENT
fidélité pour le souverain et leur conseillaient de suspendre les assemblées. Leurs lettres, répandues à profusion dans le Poitou et le Languedoc, causèrent la plus grande surprise. Antoine Courte qui ignorait l'affaire Soulan et le complot d'Albéroni, se hâta de répondre par une longue et belle lettre au pasteur de La Haye. Il y protestait de la fidélité de ses frères envers le roi, en même temps que de leur ferme résolution de continuer à servir Dieu au Désert.
« Nous voulons, lui disail-il, jusqu'à noire dernier soupir, en rendant à César ce qui est à César, rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. Nos assemblées ne sont pas tumultueuses; on n'y porte point d'armes; on a soin de les défendre nonseulement sous peine de lèse-majesté humaine, mais divine ! ( I ) »
Le Régent ne se borna pas à faire agir Basnage et Pictet, il parla au marquis deDucpiesne qui se trouvait alors à Paris. Le marquis choisit un gentilhomme protestant du Dauphiné, M. Genac de Beaulieu, pour aller sonder les prolestants et prévenir tout soulèvement. Ce gentilhomme vint à Nimes et s'aboucha avec les notabilités des réformés, nobles et marchands, qui furent tout étonnés des craintes de la.cour et l'assurèrent de leur fidélité. M. de Beaulieu leur demanda, selon ses instructions, la cessation pour quelque temps des assemblées religieuses. Us répondirent que cela ne dépendait pas d'eux et qu'il fallait parler aux ministres qui les convoquaient. M. de Beaulieu s'adressa alors à Antoine Court qui prenait vers cette époque les eaux minérales à Euzet et lui donna rendez-vous à Durfort. Court en écrivit aussitôt à du Plan qu'il consultait
(1) V. Bulletin t. V, p. 54 (1719;.