‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 28 sur 243 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le cardinal Âlbéroni et Scipion Soulan

Un grave événement vint prouver d'une manière frappante au Régent le caractère paisible des réformés de son royaume.

A cette époque, la guerre ayant éclaté entre la France et l'Espagne, l'ambitieux et intrigant cardinal Albéroni, ministre de Philippe V, conçut le projet de faire soulever les protestants du Languedoc pour susciter à la France des troubles intérieurs pendant qu'elle serait attaquée sur ses frontières. Il se servit dans ce but d'un certain Scipion Soulan, né à Saint- Hilaire, près d'Alais. C'était un jeune homme de vingt-cinq ans, joueur, libertin, qui avait couru le monde et fait tous les métiers. Après avoir combattu dans son enfance avec les camisards, il s'était enrôlé dans le même régiment que du Plan : c'est là que celui-ci l'avait connu. S'étant fait chasser pour vol, il partit pour Venise; de là, il alla en Espagne où il offrit ses services à Albéroni. Le duc d'Orléans s'effraya et craignit, en effet, un soulèvement général. Il fitaussitôt agir auprès de Basnage, ancien pasteur de Rouen, retiré en Hollande depuis la révocation de l'édit de Nantes, et auprès du professeur Pictet, de Genève, pour que l'un et l'autre, usant de leur influence auprès de leurs coreligionnaires du Languedoc, empêchassent tout soulèvement. Pictet et Basnage écrivirent aussitôt; ils invitaient leurs frères au respect et à la

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