‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 46 sur 243 · ELLE CHERCHE A ATTIRER DU PLAN · texte numérisé non relu

ELLE CHERCHE A ATTIRER DU PLAN

Dans ce moment la peste ravageait Montpellier, et les fidèles éprouvaient partout le besoin de se réunir pour se fortifier dans la foi. M"* Verchand leur ouvrit sa maison qui fut bientôt envahie par les prédicants et les prophètes des environs; elle devint même un foyer de résistance aux décisions disciplinaires du Synode de 1721 contre Vesson et en général contre les Inspirés. Les frères Comte, de Lunel, et Bonicel, du Pontde-Montvert, transformèrent cette réunion en secte : les adeptes niaient toute autorité spirituelle et ne reconnaissaient d'autres guides que l'illumination intérieure. Ce fut à cette secte bizarre que Yesson s'affilia.

Le jour de sa réception (25 décembre 1722), il se laissa imposer les mains par les trois grands sacrificateurs Bonicel, Bourely, jeune garçon de seize ans, et Antoine Comte, et s'engagea «à leur servir de ministre et de prédicateur, à ne rien faire sans leur avis et à être, en tout et toujours, à leurs ordres, enfin à porter l'arche de vérité. »

Par son intermédiaire, la petite communauté entra aussitôt en correspondance avec les villes où le prédicant rebelle avait compté ses plus chauds partisans. Î^Ime Verchand écrivit de nouveau à du Plan ; elle l'engagea même à venir et lui offrit la présidence de l'Église. Mais du Plan avait trop de bon sens pour se laisser séduire. La présence du schismalique Vesson aurait suffi d'ailleurs pour lui tracer son devoir. Il répondit à M"'= Yerchaiid pour rengager à abandonner des projets chimériques et à se séparer des fourbes qui l'entouraient et qui ne pouvaient que la compromettre et la perdre. Ses prévisions furent bientôt justifiées.

Le 6 mars 1723, la maison de M""* Verchand fut enva-

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hie par un détachement de soldats. Au moment où ils pénétrèrent dans l'appartement où les sectaires célébraient leurs rites étranges, il y avait dans la maison treize personnes dont six hommes et un jeune garçon, plussix femmes. Un des six hommes portait, comme un prêtre, une aube sur laquelle retombait une sorte de baudrier; il avait aussi un bonnet ressemblant à un casque, tout garni d'aigrettes et ceint de papier doré; il tenait à la main une canne de roseau qui servait de hampe à un étendard de taffetas. Un autre individu était vêtu d'un habit gris-brun ; il était armé d'un bâton surmonté d'un rond de carton entouré de laurier et contenant sur chaque face une inscription en gros caractères. Quant aux femmes, elles portaient un bonnet noir bordé de taffetas blanc-d'argent, qu'ornait une aigrette attachée par un ruban vert.

L'intérieur de la maison était aussi bizarre que les personnages. La première pièce était ornée de lauriers auxquels étaient attachés des pommes, des oranges, des citrons, des bouteilles de vin et d'eau-de-vie. Sur la porte on lisait cette inscription : « Delà part de Dieu, il est ordonné à tous ceux qui viendront ici de se laisser fouiller, autrement la porte leur sera fermée; et malheur à celui-là qui ne le souffrira pas. » Cette première pièce conduisait à une seconde qui était le sanctuaire et que les sectaires appelaient la « nouvelle Sion. » Tout à l'entour régnait un cordon de fleurs de lis en papier doré. Au milieu se dressait une chaire élevée de quatre marches, ornée de lauriers, de rubans, avec des inscriptions hébraïques. Le plafond était tendu de blanc et au milieu on voyait une espèce de soleil avec cette inscription en latin : « C'est ici le

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