IL RÉPUDIE TOUTE CONNIVENCE AVEC LES SCHISMATIQUES
de l'Élernel s'est embrasée contre nous et l'épée de l'enneiai est entrée dans notre héritage.
« J'ai admiré et vous avez aussi apparemment admiré, la conduite de la Providence qui a précisément livré entre les mains de nos ennemis, ceux qui étaient séparés du corps de nos Églises qui ont relation avec les pasteurs ; mais quoique nous ayons été épargnés, ne nous flattons pas que nous soyons innocents devant Dieu. Il se peut même très-bien que plusieurs d'entre nous soient coupables de plus grands crimes que quelques-uns de ceux qui ont souffert ou qui souffrent dans cette dernière persécution.
« Je n'ai jamais approuvé les rebelles, les orgueilleux, les hérétiques, les schisraatiques. J'ai crié également contre Vesson et Mazelet. Je me suis opposé, autant que mon autorité et mes lumières me l'ont permis, aux fourbes et aux fanatiques. Je déteste les impostures et les superstitions, mais je n'approuve pas non plus les jugements téméraires, ni ces voix aigres qui sous apparence de piété et de zèle crient sans connaissance et sans intelligence des choses : ôte, ôte, crucifie, crucifie. On confond, sans examen, l'innocent avec le coupable, on crucifie Jésus-Christ dans ses membres parmi les brigands et les imposteurs. Pourvu que les faux zélateurs et les fausses zélatrices puissent dire : notre religion est la pure, la sainte, ils croient que cela suffit pour justifier leurs jugements téméraires et leur mauvaise conduite. On ne se souvient pas que si la religion chrétienne est pure et sainte, elle doit inspirer à ceux qui la professent la sagesse, la douceur, la charité et la modération ; sans ces vertus, quelque zèle qu'on fasse paraître, on n'est guère plus raisonnable que ces Ephésiens qui criaient de toutes leurs forces, sans approfondir les choses : Grande est la Diane d'Ephèse !
« Je vous exhorte donc, mon cher frère, de la part de notre Seigneur Jésus-Christ, d'écrire, de parler et d'agir selon toute l'étendue de votre pouvoir et de vos talents, pour assembler un Synode de personnes qui aient de probité et de vertu et même
IL PRÊCHE l'union ET LA CONCORDE 63
de science autant qu'il se pourra, pour travailler à réunir les esprits, pour établir une discipline qui soit observée de tout le monde et pour prendre les mesures les plus efficaces, non-seulement pour fortifier les faibles, relever ceux qui sont tombés, réunir ceux qui sont séparés et ramener ceux qui sont égarés, mais encore pour répandre, à l'exemple des apôtres et de nos réformateurs, moyennant le secours de Dieu, la vérité de l'Évangile chez nos voisins qui sont comme des brebis sans pasteur. J'ai cette confiance en Dieu, que si nous prions bien le Seigneur et si nous sommes bien unis. Dieu nous fera triompher de tous nos ennemis et il donnera un grand cours à son Évangile par notre ministère.
« Mais, si l'ambition ou la vaine gloire, si la jalousie, l'envie ou quelqu'autre passion criminelle se glisse et règne parmi nous, la discorde y entrera aussi, nous serons divisés, et Dieu jaloux de sa gloire, nous livrera tous, les uns après les autres, entre les mains de nos ennemis.
« Dieu n'abandonnera pas pour cela son Église ; il se choisira d'autres pasteurs selon son cœur qui seront plus humbles, plus fidèles, plus charitables et plus généreux que nous ne sommes. Ces pasteurs ne seront pas remplis de soupçons, de méfiance et de jalousie, ils aimeront Dieu de tout leur cœur, et leur prochain comme eux-mêmes.
« Au nom de Dieu, mon cher frère, prévenons cette menace que Dieu nous fait aussi bien qu'aux Juifs de donner sa vigne à d'autres vignerons; au nom de Dieu, écoutez la voix d'un de vos frères qui vous aime d'un cœur sincère et affectionné. Je ne demande ni les biens, ni les louanges des hommes; je demande seulement à Dieu sa grâce et son amour. J'ai tout abandonné et je suis prêt à tout sacrifier pour la gloire de Dieu et pour l'édification de l'Église. Quoiqu'en disent certains esprits ignorants ou malins, je ne veux former aucune secte ; au contraire, je voudrais, si la chose était possible, éteindre avec mon sang tous les schismes et toutes les hérésies qui sont dans le monde, et j'aime infiniment mieux servir Jésus-Christ
64 IL DEMANDE LA CONVOCATION d'uN SYNODE
et son Église que de dominer, je ne parle pas sur quelques centaines de paysans, mais sur tout un royaume, mais sur toute la terre, parce que je sais que tous les royaumes de la terre ne sont rien au prix du royaume du ciel qu'on acquiert en servant fidèlement notre Seigneur.
« Faites bien réflexion, mon cher frère, sur toutes ces vérités. Ne perdez pas du temps à faire faire quelques copies, si vous le jugez à propos, de cette lettre pour vos collègues et anciens ; ne perdez pas de temps ; conférez, si vous pouvez, avec eux, sur le Synode que je vous propose ; je parle à tous les anciens et pasteurs de ce pays en vous parlant à vous. Choisissez bien, après avoir prié Dieu, choisissez bien le temps, le lieu et les personnes pour cette affaire qui me paraît très-essentielle. J'offrirai cependant mes vœux à Dieu en votre faveur, comme étant toujours, mon cher frère, avec une tendre afiFection, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
c Je me recommande aux prières de tous les fidèles qui verront ma lettre (1). »
Cette lettre de du Plan trahit les préoccupations et les peines qui tourmentaient son esprit et son cœur. Il avait appris que ses idées particulières sur Tinspiralion, ses relations assidues avec les Inspirés avaient indisposé quelques pasteurs et un certain nombre de fidèles; on l'accusait dans les Synodes, on l'accusait dans les assemblées, on lui reprochait de violer la discipline et de donner la main aux sectaires. Ces accusations, qui avaient certainem.ent une apparence de fondement, émurent le cœur d'Antoine Court qui prit la plume et se décida enfin à traiter le fond même
RÉPONSE d'aNTOINE COURT 65
de cette question qui était sur le point de nuire à l'influence de son ami :
a Monsieur,
« Je viens de recevoir tout présentement une de vos lettres qui est adressée sans doute à tous les pasteurs. Elle est sans date. J'en reçus une autre il y a quelques jours de la même nature; vous dites qu'il y a trois mois que vous l'écrivîtes c'est ce que j'ignorais. Je n'y répondis pas, 1° parce qu'elle devait être communiquée à tous, ce qui n'a pas été possible jusqu'ici; 2° parce que j'espérais de vous voir et de m'entretenir de vive voix avec vous sur l'affaire en question, mais il ne fut pas à mon possible de me satisfaire. Je fus dans Nimes, je m'adressai aux conducteurs de cette Église qui me dirent ne savoir aucune de vos nouvelles, que vous étiez fort mystérieux à leur égard, qu'on affectait de vous cacher à eux, qu'il fallait s'adresser à certaiaes filles pour être informé où vous pouviez être. C'est ce que je fis, mais la nommée Cadette, fort mystérieusement me cacha votre demeure d'un ton grave et sérieux, tel qu'il convient à une personne de son caractère, me dit : Je ne le sais pas, mais si vous avez quelque chose à lui faire tenir, nous le ferons. Cette réserve m'a parut suspecte et m'affligea en même temps de voir que notre vaillant Barac ail livré sa conduite à des Déboras masquées, pendant qu'il méprisait les avis des anciens du peuple. Les Synodes ne sont pas aussi faciles d'assembler qu'il semble que vous vous le figurez ; ces sortes d'assemblées, dans des circonstances aussi délicates que celles où nous nous rencontrons, sont susceptibles de bien des soins, des embarras, des dangers et des craintes; on ne peut pas en convoquer tous les jours, les corps publics ne se meuvent môme qu'avec peine ; cependant quelque difficulté qu'il y eût à les convoquer et à donner le branle à cette machine, on se résoudrait de les franchir si on pouvait se persuader que les mesures qu'on y pourrait prendre fussent efficaces , mais hélas! on a la douleur de voir par une fatale expérience, qu'on