IL RÉPOND AUX RAILLERIES DE COURT
communiquer à nos frères, ce qui est difficile à croire, vous n'auriez pas trop bien fait de m'accuser réception et de me dire votre avis particulier en attendant le général. Il ne me paraît pas non plus que votre excuse ni celle des anciens soit légitime lorsque vous me dites qu'on cachait fort mystérieusement ma demeure. Il est vrai que j'ai eu pendant un certain temps de très-grandes mesures à garder, mais j'ai eu soin que mes parents et surtout les anciens aient eu le moyen de communiquer avec moi par lettres ou autrement ; il n'a tenu qu'à eux de le faire ; qu'ils prennent donc d'autres prétextes pour s'excuser que celui de m'être caché ; mes prisons et mes geôliers et geôlières leur étaient fort connus et fort accessibles.
« Si le sujet dont il s'agit n'élait pas aussi sérieux et d'aussi grande conséquence qu'il est, je répondrais à vos railleries, mais il vaut mieux que je réponde simplement que si Dieu m'avait choisi pour être un vaillant Barac je ne me laisserais pas conduire à de fausses Déboras; mais, s'il y en avait quelqu'une de véritable dont Dieu se voulût servir pour porter sa parole, je ne la mépriserais pas, au contraire, j'adorerais avec un profond respect cette main invisible et toute-puissante qui se sert quelquefois des choses les plus faibles et les plus viles aux yeux de la chair pour confondre les plus fortes et celles qui paraissent avec le plus d'éclat devant le monde. Je dis bien plus, si je savais qu'il y eût parmi le peuple quelque Débora masquée, comme vous dites, c'est-à-dire selon le sens naturel qu'on peut donner à vos termes, quelque personne inspirée de Dieu, qui, par une criminelle crainte, semblable à celle de Jonas, se tînt cachée, j'irais la trouver et je la forcerais de tout mon possible à se découvrir et à se démasquer afin de recevoir les ordres de l'Éternel qu'elle voudrait tenir cachés à l'exemple de Jonas ou de Jérémie.
t Vous me dites que les Synodes ne sont pas si faciles à convoquer qu'il me paraît. Je sais ce que je dois croire làdessus et le temps qu'on y peut mettre pour former une petite assemblée de pasteurs et de quelques anciens des plus capables
74 IL PRESSE LA CONVOCATION d'uN SYNODE
pour parler sur la matière dont il s'agit et pour travailler à la réunion des esprits. Appelez cette assemblée Synode, concile ou colloque, ce sont des termes synonymes qui ont dans le fond la même signification comme celui de prêtre, d'évêque ou de pasteur dans la primitive Église. L'affaire dont il s'agit aujourd'hui me paraissait d'assez grande conséquence pour hâter le Synode qui se doit tenir ou pour former un colloque ou petit Synode, appelez-le comme vous voudrez, semblable à celui qui fut tenu à l'occasion de votre mariage (I) quoique l'amour fit de vives impressions sur votre cœur et qu'il ait mis un petit bandeau sur vos yeux pour vous cacher les dangers auxquels vous vous exposiez. Vous êtes trop raisonnable pour ne pas convenir que l'affaire en question intéresse plus l'Église que votre mariage et qu'ainsi il mérite plus que les pasteurs et les anciens s'assemblent pour y mettre remède. Je n'ai pas le temps à présent, ni peut-être la capacité de répondre avec éloquence à toutes vos fleurs de rhétorique que vous étalez pompeusement pour exprimer la douleur grande ou petite que vous ressentez à cause des idées fausses que vous et quelques autres, vous êtes formés que je voulais faire secte à part et que j'avais enfreint les règlements de l'Église. Permettez-moi de vous dire et à tous ceux qui pensent telles choses qu'ils se trompent. Je loue votre zèle pour la gloire de Dieu et pour l'ordre de la discipline, mais dans cette occasion vous donnez un peu à gauche et en m'attaquant ou en me condamnant vous prenez martre pour renard ; vous tirez sur le chien et non pas sur le loup. Pouvez-vous en conscience ignorer le temps que je sers l'Église et les fonctions que j'ai exercées. Hormi d'administrer les sacrements, y a-t-il aucune fonction de pasteur et d'ancien que je n'aie exercée avec l'approbation et le consentement de tous ceux qui m'ont entendu? J'ai eu soin des pauvres, j'ai consolé les malades et les affligés, j'ai visité les prisonniers, j'ai assisté aux Synodes; je fais des apologies de
(1) Antoine Court venait de se marier.