PEINES CONTRE LES RELAPS
Antoine Court, il est nécessaire de connaître la situalion du protestantisme français de 1710 k 1715.
La guerre des Camisards était terminée. Coste et Abraham Mazel, les derniers prophètes, avaient été pendus en 1710; Claris était mort sur la roue; les derniers prédicanls se cachaient dans les montagnes et les fidèles, épouvantés par la cruauté des édits et par l'horreur des supplices, ne se hasardaient plus à sortir des villes pour aller secrètement prier Dieu au Désert. Les dernières assemblées furent complètement dispersées en 1711 par la force des armes, et on eût dit que toute trace de protestants avait disparu. Un nouvel édit, du 8 mars 1712, partait de ce principe qu'il n'y avait plus de huguenots en France et déclarait que tous ceux qui, à partir de ce jour, mourraient sans sacrements, seraient considérés comme relaps, c'est-àdire que procès serait intenté à leur mémoire, que leurs biens seraient confisqués, leur corps traîné sur la claie et privé de sépulture. En vertu de ce cruel édit, dès qu'un protestant tombait malade, les prêtres envahissaient sa maison, apportaient le viatique suivis d'huissiers et de recors, et, au milieu des parents désolés, fatiguaient de leurs obcessions et de leurs menaces, des vieillards, des femmes, des jeunes filles (1). Si le malade repoussait le prêtre, sa famille était ruinée et sa mémoire publiquement flétrie. Dans le Midi, on vil des scènes révoltantes. Le peuple s'attroupait devant la maison de l'hérétique et demandait à grands cris son corps. On amenait la claie aux applaudis-
(1) Rulhière, Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de fiantes, t. V, p. 245.