‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 73 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nomination de Benjamin du Plan comme délégué général des Synodes auprès des Puissances protestantes

1" rnai 1725

Malgré la violence de la persécution, Antoine Court n'oublia pas l'important mémoire que son ami lui avait remis avant de s'enfuir à Genève. Le moment ne pouvait être plus opportun pour plaider la cause des Églises sous la croix. Il convoqua le 1" mai 17'2.ô un

{l) y 12, p. 51. (.\Tril 1725.)

LETTRE d'aNTOINE COURT A DU PLAN 99

Synode, où il exposa la proposition de du Plan. Celle proposition flit accueillie aux applaudissements de l'assemblée. Quelques scrupules s'élevèrent, il est vrai, sur la personne même de du Plan. Sans doute, nul ne méconnaissait ses mérites et sa capacité, mais on regrettait qu'il eût compromis son autorité par ses relations avec les Inspirés. Antoine Court rassura les esprits, répondit pour son ami, et le gentilhomme d'Alaisfutélu à l'unanimité. La leltresuivante d'Antoine à du Plan nous donne la physionomie de celte séance importante.

« Monsieur et mon cher, mon très-cher ami,

« J'ai un véritable plaisir que ma dernière lettre vous en ai fait à vous ; nous devions nous aboucher, vous disais-je alors avec M. Corteiz, pour marquer les jours du Synode et disposer les matières sur lesquelles on devait délibérer ; c'est ce que nous fîmes, en effet, peu de jours après avoir donné cours à ma lettre ; le jour en fut fixé au premier du mois courant. Il fut tenu le même jour ; y assistèrent trois députés de celui des Cévennes et deux députés de chaque Église des Pays-Bas (1). Après les formalités accoutumées et l'invocation du nom de Dieu, j'en fis l'ouverture par un discours sur le triste état de nos Églises, sur ce que Dieu avait déjà fait en leur faveur, sur les moyens qu'il y aurait de les conserver et de leur procurer surtout un état plus heureux. Après quoi je donnais un plan des matières sur lesquelles la compagnie devait délibérer.

Une de ces matières fut la députalion de quelques personnes de notre corps vers les puissances protestantes, tant pour implorer la puissante protection de ces puissances en faveur de nos Églises que pour les solliciter à employer leur crédit et

(1) C'est-à-dire du bas Languedoc.

BISUOTHECA

100 IL LUI APPREND SA MOMliNATION COMME DÉPUTÉ

leur aulorilé auprès du monarque sous l'empire duquel nous vivons, el cela non-seulcrnent pour lui représenter qu'on avait surpris son équité et celle de son bisaïeul dans tous les édits, déclarations et arrêts qui ont été fulminés contre nos chères Églises et notre sainte Réformation, que pour obtenir de sa bonté la révocation de ces mêmes édits, arrêts et déclarations contraires à nos anciens privilèges, la douce et précieuse liberté de servir Dieu dans ses États, selon le mouvement de notre conscience. Je pressai la nécessité de cette députation ; (jn la reconnut, on s'y rendit. Il ne fut plus question que d'examiner s'il fallait pour cette importante commission une ou plusieurs personnes et sur qui on devait jeter la vue. Les députés du Synode des Cévennes étaient d'avis, selon la comïnission qui leur en avait été donnée de quelque colloque tenu à ce sujet, d'en envoyer trois ou le moins deux. Je représentai qu'un pouvait suffire et cela d'autant plus que l'état des Églises ne pouvait permettre, pour le présent, qu'on députât aucun des deux pasteurs ; que l'on trouvait qu'il fallait se contenter d'envoyer seulement une personne et je proposai à la compagnie que l'on ne pouvait mieux s'adresser qu'à M. du Plan, qui avait déjà rempli parmi nous des commissions importantes, donné dans toutes les occasions des marques d'un zèle ardent et sincère pour nos Églises et qui était toujours à leur égard dans de très-bonnes dispositions ; qu'une marque certaine et non suspecte de cette vérité était les requêtes qu'il avait eu la bonté d'écrire, au nom des Églises, depuis son séjour à Genève, au roi de la Grande-Bretagne, au roi de Prusse et à mylord archevêque de Cantorbéry ; que si on prétendait cause d'ignorance, j'allais avec sa permission faire lecture à haute voix de ces requêtes et d'une lettre que ledit M. du Plan écrivait à tout le corps pour lui marquer son affection et son zèle. A cette lecture, on vit régner dans l'assemblée un profond silence, présage certain de son applaudissement. Ce silence ne fut interrompu que pour dire d'une voix commune : « >'ous lui donnons notre suffrage. » Sur

Page 1