‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 81 sur 243 · ACTIVITÉ DE DU PLAN AVANT SA NOMINATION · texte numérisé non relu

ACTIVITÉ DE DU PLAN AVANT SA NOMINATION

viendrait les solliciter? Et quel homme paraissait mieux qualifié que le gentilhomme d'Alais, pour remplir une telle mission? son nom, son rang, son éducation, son instruction, tout était de nature à lui faciliter l'accès des grands et des cours. En se présentant spontanément aux suffrages de ses frères, Benjamin du Plan ne faisait que se rendre justice.

« il faut une certaine hardiesse, écrivait-il plus tard, pour parler, pour écrire aux grands, aux princes, aux rois, que tout le monde n'a pas. Un peu de tempérament, un peu d'éducation, un peu de commerce avec la noblesse, quelques années de service dans les troupes; un peu de foi à certaines personnes que je croyais inspirées et qui m'assuraient de la protection de Dieu, mais surtout la grâce du Seigneur que j'implorais avant que de rien entreprendre, produisaient en moi cette hardiesse extraordinaire qui ressemblait beaucoup à la témérité (1). »

En attendant la décision synodale qu'il ne supposait pas lui être défavorable, du Plan se mit à l'œuvre. Il écrivit au roi de Prusse par l'intermédiaire d'une dame pieuse et distinguée; il adressa à M. Lenfant, célèbre ministre et prédicateur du roi, un mémoire sur l'état de l'Église réformée de France; il écrivit en Hollande à M. Saurin, et fil parvenir, par un homme de confiance, une requête à leurs Hautes-Puissances, à la Haye; il avait aussi écrit au roi d'Angleterre et à l'archevêque de Cantorbéry auprès desquels il avait un facile accès par des personnes de distinction et de piété qui s'offraient d'appuyer ses sollicitations; enfîiT

il avait le dessein d'établir des relations en Suisse pour le bien des Églises ou des fidèles, obliges, comme lui, d'y chercher un refuge. Ces voyages, celle correspondance devaient nécessairement nécessiter de grandes dépenses; mais celte considération n'arrêta pas le zélé gentilhomme; il se chargea de tous les frais, décidé à y sacrifier tous ses revenus, si cela était nécessaire. Dans le cas où ses ressources viendraient à s'épuiser, il espérait que les Églises reconnaissantes y suppléeraient par une juste rétribution.

La lettre où il communiquait à Antoine Court tous ces projets se terminait par ces belles paroles :

« Je fais mille vœux en faveur de vos compagnons de service. Dieu veuille, par sa grâce, les conserver et les bénir dans tous leurs travaux. Vous ne devez pas douter, mon cher ami, que mes vœux soient moins sincères et moins ardents pour vous que pour vos compagnons. Au contraire, vous devez être persuadé que puisque la Providence nous a unis comme David avec Jonathan, je m'intéresse d'une manière toute particulière à tout ce qui vous regarde. J'agirai donc avec vous comme avec un autre moi-même ; je vous dirai tout ce que je pense sur votre compte et je vous dirai de faire de même à mon égard. Je crois que la Providence nous a plus confié qu'aux autres de ces talents qui éclatent aux yeux des hommes; ne les faisons jamais valoir pour notre gloire mais seulement à la gloire de Dieu et à l'édification de l'Église. Si nous surpassons nos compagnons en éloquence, en vivacité, en pénétration d'esprit ou en quelque autre chose de celte nature, tâchons de les surpasser aussi en humilité, en modestie, en équité, en modération, en douceur, en tempérance, en patience, en zèle et en charité. Si le rôle que nous jouons, vous et moi, est infiniment glorieux, il n'est pas moins dangereux et délicat. Nous n'avons pas seulement les yeux des Églises du Languedoc

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