‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 80 sur 243 · ACCUEIL DE DU PLAN A GENÈVE · texte numérisé non relu

ACCUEIL DE DU PLAN A GENÈVE

mentée, dans les bois, dans les trous des rochers, au milieu des paysans et des grossiers montagnards, ses frères. Le gentilhomme avait joyeusciiienl fait le sacrifice de ses aises pour l'amour de Christ et le bien de l'Église. Dieu lui réservait à Genève de douces compensations.

A peine arrivé, on l'entoura, on l'interrogea avidement sur l'état des frères persécutés. On lui demanda des détails sur le caractère des assemblées du désert que l'on jugeait téméraires et imprudentes, vu la rigueur des ÉJits. Du Plan plaida la légitimité de ces assemblées comme Antoine Court l'aviiit fait autrefois. Le sage Pictet interrogea le gentilhomme sur les Inspirés qui menaçaient de diviser l'Eglise et dont les derniers chefs venaient d'élre pendus à Montpellier; peut-être n'ignorait-il pas que le jeune fugitif passait pour leur être sympathique. Mais lorsqu'il l'eut entendu flétrir avec énergie la conduite des Vesson, des Hue, des Verchand et proclamer comme un devoir absolu l'obéissance et le respect aux corps constitués delÉglise, les préventions tombèrent, les bras s'ouvrirent et l'excellent Piftet, en particulier, tendit à du Plan une main fraternelle et amie.

Peu de jours après son arrivée à Genève, du Plan reçut d'Antoine Court une lettre alTeclueuse dans laquelle son vieil ami lui exprimait les regrets que lui causait leur séparation; il lui donnait en même temps quelques conseils pratiques à l'égard des Inspirés réfugiés à Genève. Il aurait voulu lui épargner tous les ennuis et les déboires qu'il avait essuyés en France; malheureusement, le gentilhomme d'Alais ne tint pas assez compte des sages conseils de son ami.

LETTRE d'ANTOINE COURT A DU PLAN 109

« Monsieur et cher ami,

« J'ai une véritable joie d'apprendre que vous soyez arrivé heureusement au porl, mais j'eus une véritable douleur de ne vous voir pas avant que vous missiez à la voile. Je ne vous manquai que de deux jours et si j'avais reçu la lettre qui servait de réponse à celle que j'eus l'honneur de vous écrire après mon retour du Vivarais, j'y aurais été à temps, mais mon étoile ne le voulut pas; nous voici donc tréséloignés l'un de l'autre; nous n'irons plus de longtemps faire des voyages ensemble et combattre d'une même épaule sous les étendards de notre commun Mailre; que cela m'afflige ! mais si nous sommes séparés de corps, unissons-nous intimement plus (jue jamais d'esprit pour combattre; travaillons avec un nouveau zèle à la vigne du Seigneur. Si vous ne le faites plus par vos exhortations de vive voix, faites-le par votre plume, faites-le par vos ferventes prières, faites-le par des requêtes adressées à ceux qui sont en élat de lui faire du bien; vous avez reçu pour cela des talents d'un genre supérieur, ne les laissez point enrouiller. Il est temps plus que jaujais de bien tailler sa plume et de se choisir de la bonne encre ; vous êtes en état de faire l'un et l'autre ; n'y manquez pas, votre gloire n'en sera pas médiocre. Tachez d'observer autant qu'il sera possible un certain ordre dans l'arrangement de vos pensées et de vos réflexions. J'ai goûté la requête que vous avez adressée à leurs Hautes-Puissances. 11 y a de bons endroits et un certain désordre qui ne disconvient pas entièrement. Je souhaite qu'elle soit efficace.

Agréez que je vous conjure de cacher autant que la conscience pourra vous le permettre les sentiments que vous avez sur les révélations; une démarche trop ouverte et la fréquentation affectée de ceux de ce caractère pourraient produire sans aucune nécessité de très-mauvais effets. Ayez la bonté d'y veiller et d'y être attentif,

Rome est dans son assiette naturelle; quelquefois elle ne

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marche que d'un pied, c'est lorsqu'elle garde quelque modération avec ceux qu'elle estime ou qu'elle affecte de croire être hérétiques. Comme c'est un état gênant et contraint, elle n'y demeure pas longtemps, on la revoit bientôt marcher sur les deux pieds : persécuter à feu et à sang. Depuis qu'on avait enregistré dans les cours souveraines de la Province la Déclaration qui émut plutôt votre colère que votre compassion, elle semblait être éteinte; mais dans le temps qu'on s'y attendait le moins, on a vu courir dans tous les carrefours de la ville de IS'imes, un crieur public qui en a fait la publication au son de la trompe ; événement du premier de ce mois. Je pars pour assister à l'assemblée de tous nos correspondants des montagnes, je vous marquerai le résultat de tout ce qui sera digne de votre attention. Il me tardera d'apprendre de vos chères nouvelles, ne tardez plus à m'en donner. Informez-moi aussi exactement que le peut et le doit un bon ami de votre état présent, de la manière que vous avez été reçu et avec qui vous avez des relations; si vous croyez faire un long séjour an premier lieu de votre station et de quoi on dit de nos affaires. C'est vous demander beaucoup, mais ce n'est pas vous demander trop, puisque je fais des vœux très-sincères et très-ardents pour votre prospérité, et puisque j'ai l'honneur d'être, avec les sentiments les plus tendres et les plus affectueux, etc.

Nous avous dit qu'en quittant Nimes, Benjamin du Plan avait fait parvenir à Antoine Court un mémoire sur une grave question qui le préoccupait. Il y priait son ami de convoquer un prochain Synode et de demander qu'on envoyât, auprès des grandes Puissances protestantes, un député qui plaiderait la cause des Églises et s'offrait lui-même pour remplir cette charge. L'idée était excellente. Déjà les Puissances étaient efficacement intervenues eu plusieurs circonstances, que serait-ce lorsqu'un homme, délégué des Églises,

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