IL CRITIQUE LE STYLE DE COURT
ancien champ de travail. Il aimait à communiquer les lettres de son ami à ses doctes frères de Genève et recueillait leurs impressions dont il faisait part, avec une liberté foute fraternelle, à son ancien collègue.
« J'ai fait voir votre lettre à plusieurs personnes de piété, de mérite et de capacité qui l'ont trouvée fort bonne. On trouve que vous détaillez bien les choses. Tâchez, mon cher ami, de vous perfectionner de plus en plus, et dans votre style, et dans vos sentiments. A l'égard du style figuré et ampoulé, vous ferez bien de vous en abstenir toujours, parce qu'il n'est pas à la mode dans ce pays, et encore moins du côté du Nord à cause du froid qui y règne. Il faut se contenter de dire solidement, clairement et avec ordre, ses pensées (1). »
« Quand vous écrirez, faites un journal de vos voyages et progrès, comme M. Corteiz ; cela fait un grand plaisir ; écrivez le plus simplement et naturellement qu'il vous sera possible. N'usez point de grands mots ni de figures sans une absolue nécessité (2). »
€ J'ai communiqué votre lettre à quelques personnes de distinction, de piété et de mérite; on y a trouvé beaucoup d'esprit et de bons sens. Il est certain que si vous vouliez vous tenir sur vos gardes contre le phébus, je veux dire contre ce style pompeux et magnifique qui n'est plus à la mode, vous auriez l'art de plaire et de persuader qui est tout ce que nous devons souhaiter lorsque nous parlons ou que nous écrivons. Un orateur doit ménager ses termes et ses figures comme un peintre ménage ses couleurs. Ce ne sont point les couleurs les plus vives qui conviennent dans certains endroits. Il faut savoir les tempérer, les adoucir et ménagtT môme des ombres pour représenter au naturel les choses qu'on peint. Avant que de parler ou d'écrire, il faudrait toujours se former un plan de
(1) N" 12, p. 43 (octobre 1724).
(2) N" 12, p. 101 (mars 1726).