SITUATION FINANCIÈRE DE DU PLAN
Antoine Court, préoccupé de la situation financière de son ami, avait provoqué de sa part de libres épanchements.
« Je crains, lui avait-il écrit, que vous ne me taisiez bien des choses que vous devriez me découvrir avec liberté. Si je tiens dans votre esprit et dans votre cœur le rang que vous voulezbien me donner dans vos lettres, pourquoi me cacher rien? Ayez la bonté de me parler sur toutes choses à cœur ouvert et de la manière qu'on est obligé à le faire à un ami de cœur. Vous m'entendez sans que je m'explique et s'il faut un commentaire, souvenez-vous que depuis votre départ à votre séjour dans la cité, je n'ai pas su l'état de vos affaires aussi peu que les habitants de la terre australe. Si vous me faites la grâce de m'ouvrir sur cet article, j'entends que vous ne le fassiez pas à demi (1). »
Benjamin du Plan lui répondit aussitôt :
€ Vous voulez que je vous instruise de mes affaires. Si c'est pour le temporel, je vous dirai qu'elles sont dans un état qu'il n'y a que Dieu qui y puisse remédier. La personne qui voudrait me secourir (2) a les bras liés, elle ne peut point vendre et les rentes se réduisent à peu de choses à cause des charges et de la diminution des espèces. On m'a envoyé cinquante louis qui n'ont point suffi puisque j'ai emprunté considérablement. Si la Providence n'y pourvoit, il faudra que je rabatte de ma dépense. Je voudrais soutenir un certain rang, je ne voudrais pas être à charge à personne et c'est avec regret que je consens que les Églises se cotisent pour faire une petite somme pour fournir aux dépenses que je serai obligé de faire à l'avenir dans
(1) N" 7, t. II, p. 171 (9 juillet 1725),
(2) C'était un nommé M. Treillis, d'Alais, grand ami de la famille du Plan et qui avait pris en main les intérêts pécuniaires du jeune réfugié.
DÉFAUT d'argent 127
mes voyages. Je ne consens pourtant à cela qu'après que les pasteurs du pays auront reçu leur salaire et au cas que la Providence ne m'en fournisse pas d'autres voies. Je ne veux rien recevoir des Églises, je suis assez récompensé par la gloire et le bonheur de les servir (4). »
Benjamin du Plan tentait parfois d'un bizarre moyen pour améliorer sa position : il mettait à la loterie. Malheureusement, ce moyen ne lui réussit pas, et, quoique les tentatives fussent nombreuses, le sort ne lui fut jamais favorable.