‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 94 sur 243 · DISETTE DES ÉGLISES DE FRANCE · texte numérisé non relu

DISETTE DES ÉGLISES DE FRANCE

manquent. Nous manquons de prédicateurs et d'argent pour les entretenir. Ceux qui servent ne sont pas payés. Ils ont perdu trente pour cent et le reste a été payé en papier. De onze cents livres qu'on devait compter, il n'en fut livré que deux cent quatre-vingts et quelques livres. Vous êtes l'avocat des Églises sous la croix. Souvenez-vous en bien. Le mot de croix peut vous être d'un grand usage un moment et vous verrez que je n'ai pas tort de vous en rafraîchir le souvenir.

« Il fut délibéré de vous faire voler du côté du Nord et de l'Allemagne ; mais une difficulté arrêta tout court nos projets ; on ne pouvait vous donner des ailes pour cela, sinon des ailes sans plumes ; quel moyen de voler ? Cinquante pistoles vous ont été assignées pour entretenir votre correspondance et pour suppléer, en attendant de plus grands secours, aux dépenses que vous êtes obligé de faire. Je ne les ai pas encore, mais on travaillera incessamment à les lever. Et, bon Dieu, ne se trouvera-til plus jamais quelque Christophe Colomb qui découvre de nouvelles Indes et qui, sans courir de potentats en potentats ou sans s'arrêter aux Philippes d'Espagne, vienne s'adresser directement aux Philippes les évangélistes? Alors non-seulement l'Ethiopie mais les climats les plus reculés retentiraient du bruit de nos louanges. Mais surtout n'y aura-t-il pas quelque Cyrus, quelque Artaxercès, quelque Néhémie qui, touché de notre misère, nous accorde un plus prompt et plus salutaire soulagement que d'argent? Patience : Dieu est dans le ciel. Il est bon, il est puissant, et pourvoiera à tout, je l'espère, je l'attends et toutes les difficultés ni toutes les traverses ne sauraient abattre mon courage, ni ralentir mon zèle. Nos prédicateurs demandaient leur congé, peut-être plus pour réveiller l'engourdissement de la plupart de nos anciens qui se refusent aux levées de collectes au premier mauvais compliment qu'on leur fait ou à la médiocrité ou à l'indignité des sommes qu'on leur offre, que pour l'obtenir réellement ; mais je les appelai et les exhortai à la patience. Ils se rendirent et

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