LETTRE A COURT AU SUJET DE LA COLLECTE EN FRANCE
souffrir afin que Dieu soit glorifié, l'Église édifiée et nos ennemis forcés à reconnaître notre innocence aussi bien que la pureté de notre foi.
• Je vous suis bien obligé, mon cher ami, du détail que vous me faites de ce qui s'est passé dans vos quartiers et je vous prie de remercier en temps et lieu toutes les personnes qui m'ont choisi pour leur député. Je me sens plus honoré de cette commission que si j'étais l'ambassadeur du plus grand roi de la terre, parce qu'un ambassadeur ne s'occupe ordinairement que des choses temporelles et politiques au lieu que je m'occuperai, s'il plaît à Dieu, uniquement des choses qui regardent l'éternité et le bien de nos chères Églises. Vous m'obligerez encore, mon cher ami, en remerciant de ma part le Synode qui m'a destiné cinquante pistoles ; lorsqu'on les aura ramassées vous aurez la bonté de m'en donner avis, car je n'y veux toucher qu'à la dernière extrémité et lorsqu'on aura achevé de payer les prédicateurs. J'avais mis plus de vingt pistoles à la loterie de Genève pour éprouver si la Providence me voudrait mettre par cette voie en état de servir les Églises gratis et même de leur faire du bien, mais l'événement m'a fait voir que Dieu me veut mettre à l'épreuve puisque j'ai eu le plus mauvais sort sur ce sujet que je pouvais avoir. J'ai appris celte nouvelle avec beaucoup de tranquillité et il me semble que j'entends résonner dans mon âme une voix qui me dit : Ma grâce te suffit, cherche premièrement le royaume des cieux et toutes les autres choses pour la vie présente te seront données par dessus. Il y aurait peut-être un peu ou beaucoup de vanité en moi de dire que je sers gratis et que je donne sans recevoir. Si j'avais de bonnes intentions, Dieu les aura aussi agréables que l'action parce qu'il a égard au cœur et je n'aurai pas de quoi faire le vain ou l'arrogant.
€ Il est temps à présent que je vous rende un peu compte de mon voyage en Suisse : vous devez être persuadé que mon but était de procurer à mes frères sous la croix tous les secours qu'ils peuvent justement désirer. J'ai été favorablement reçu