‹ Benjamin Escande, missionaire au Sénégal et à MadagascarChapitre 14 sur 45 · LE CAYOR · texte numérisé non relu

LE CAYOR

qui laissent retomber le pilon en cadence, et qui battent des mains entre chaque coup. On n'avait pas l'air trop rassuré du coup d'œil investigateur que nous jetions sur toutes choses ; néanmoins nous avons pu examiner à notre aise.

Notre première journée d'Afrique a été bonne, et sachant à quel point les premières impressions sont tenaces et influent sur les impressions subséquentes, nous remercions Dieu de nous avoir épargné ces amères déceptions ou plutôt ces cuisants regrets qui découragent de la tâche avant même de l'avoir entreprise.

Saint-Louis, 28 décembre.

A cinq heures trois quarts, ce matin, nous sommes sur pied. Nous descendons à la gare enveloppés d'obscurité. Pourtant deux ou trois légers nuages roses bordent l'horizon à l'orient ; encore un quart d'heure et le soleil apparaîtra, chassant brusquement les ténèbres. A six heures le train se met en marche et file avec une vitesse dérisoire, si bien qu'il lui faut treize heures pour franchir les deux cent soixante-huit kilomètres qui séparent Dakar de Saint-Louis.

Dès que le soleil s'est levé, nous mettons la tête aux portières pour contempler l'aspect du pays. A droite et à gauche, mais par intervalles seulement, des haies où grimpent des liserons rouges et bleus ; de temps à autre des marigots avec des joncs gigantesques, des nénuphars et des essaims de canards sauvages; des champs de mil dont il ne reste que les tiges et qui ont

BENJAMIN ESGANDE.

Fourni aux indigènes le fameux couscous dont ils sont si friands; de vastes plaines semées de palmiers, de cocotiers, de bambous, de baobabs en pleine sève, et au milieu de tout çela un monde d'oiseaux au plumage étincelant, qui, posés sur le fil télégraphique, nous regardent passer d'un air de défi, ou qui se sauvent à tire-d'ailes. Çà et là, on aperçoit des caravanes d'indigènes. En tête, marchent les dromadaires avec une solennité tout à fait amusante, ensuite viennent, l'un derrière l'autre, les indigènes enveloppés dans des boubous aux couleurs variées et éclatantes : procession étrange, dans un panorama non moins étrange !

Mais qu'est-ce donc qu'on aperçoit, là-bas à l'horizon ? On dirait de hautes montagnes couvertes de neige... Non, ce sont, à cent pas tout au plus, des monticules de sable d'une blancheur immaculée. Toute cette côte jusqu'à Saint-Louis, est sablonneuse, et l'on s'en aperçoit bien aux nuages de poussière qui emplissent le vs^agon.

A partir de Rufîsque — la troisième ville du Sénégal après Gorée-Dakar et Saint-Louis comme importance commerciale — nous laissons le littoral pour obliquer vers l'intérieur. En même temps nous perdons peu à peu de vue toute trace de civilisation. De distance en distance, dissimulés derrière les hautes herbes ou les buissons, on peut voir de petits villages qui ressemblent à des ag-glomérations de ruches; accroupis à l'entrée de leur hutte, ou bien occupés aux travaux des champs, les habitants se montrent à nous dans un déshabillé que d'aucuns trouveraient excessif. Aux endroits déclives, sont creusées des citernes entretenues

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