‹ Benoit XV et les écoles bilingues [microforme]Chapitre 8 sur 11 · LA CHARITE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

LA CHARITE CHRETIENNE

Enfin, ‘8 Pape rappelle l’antique précepte de la charité, qui doit unir tous les disciples du Christ, et interdit formel.ement “tout ce qui pourrait exciter ’es animosités qui ont divisé les Canadiens jusqu’à ce jour”,

Est-ce à dire que, sous prétexte de charité, il ne sera plus lois'ble à personne de réclamer des droits sans se heurter à nne accusation de désobéissance envers le Saint-Siège, ce qui équivaudrait à une capitulation ‘complète devant les ennemis?

Telle n’est pas, teile ne peut pas être ‘a pensée du Pape.

La charité n’a rien d’incompatible avec la justice. Elle la présuppose et la déborde. La justice gouverne les relations avec le prochain sous la raîson de dû, la cha-

rité sous la raison de don gratuit. (S. Thomas d’Aquin— Somme Théol. 2, 2. 23, 3. 1.) Or, la vertu qui implique la raison de dette ne perd Pas ses droits en présence @e l’autre. Pour être moins noble, elle lui est cependant antérieure. Toutes deux se complètent en se perfectionnant. Et ‘a justice demeure le granit so'ide sur lequel] se bâtit la stabilité et la prospérité de toute société. Par conséquent, chaque fois qu'il s'agit de l'exercice honnête, modéré, d’une faculté, chaque fois que se produit 1& re+ vendication pacifique, sans violence, d’un droit, il p'y a ni sédition, ni désobéissance, ni violation de la justice ou de la charité; et: seuls les Pharisiens peuvent s'en Sscandaliser. De tels désordres n'existent pas dans l’appréciation éclairée des juges impartiaux.

Mais, de bonne foi, qui rourrait condamner les dé- . marches entreprises pour augmenter la connaissance et l'usage de la langue maternelle dans: l’enseignement des éccles, l'amélioration de la législation scolaire, l'emploi du langage de la famille dans le ministère ‘évangélique, lorsque Benoît XV déclare que les Franco- Cansdiens sont libres de chercher à obtenir de plus amples concessions et que les limites de leurs réclam&tions s'étendent à tous les ‘avantages’ énumérés “et aux autres qui pourraient être Utiles”? Ne repète-t-il Pas, dans le document d’aujourd'hui, les prescriptions insérées dans la lettre “Commisso divinitus’”’: “Que les pr’ires,—écartant toute susceptibilité—se servent tantôt de l’une ou l’autre langue (anglaise et française) selon les besoins des fidèles”, Cette insistance paraît bien âtre l'indice d’une volonté qui veut être obéie.

Tn jour, peut-être, par hasard, certaines réclamatin® s seront taxées de désobéissance. Le Pape doit en être informé. L'accès de la justice n'est-il pas, de la

sorte, singulièrement facilité aux accusés? Qui les empêchera d'exposer véridiquement les faits devant le Saint-Siège, et d'obtenir le redressement des griefs dont. îls auront À se plaindre?

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