INTRODUCTION
La vie humaine tout entière oscille entre deux pôles : le plaisir et la douleur. Plusieurs fois dans le. cours de sa vie chacun passe de l’un à l’autre; moments éphémères ou plus durables, ils se succèdent et se remplacent.
La loi fatale qui nous dirige (sauf quelques exceptions que composent les mal équilibrés, les désenchantés, auxquels la vie n’a Jamais apporté un rayon de bonheur, une lueur d'espérance) veut que l’homme fuie la douleur et recherche le plaisir.
Les ascètes ont chanté de tout temps l'utilité et les bienfaits de la douleur. [ne faut point nier qu’elle nous prévient souvent d’un danger; le sentiment d’une douleur possible est un frein salutaire. On la dit utile parce qu'elle fortifie l'esprit; Montaigne disait qu’elle est « la fournaise à recuire l’âme ». Elle est aussi dans beaucoup de circonstances la créatrice des espérances et des consolations.
Le sentiment qui porte l’homme à fuir la douleur, l'amène vers le plaisir, vers la recherche du bonheur. La douleur est l'indice d'une désadaptation, d’un déséquilibre qui se produit dans l'individu; le plaisir
est le sentiment de la paix et de l'unité,
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Aristippe de Cyrène disait autrefois qu'il faut jouir de linstant qui passe; le présent seul existe, le passé n'est plus, l’avenir n’est pas encoré. Mais le présent tombe vite dans le passé et il prépare l’avenir. Tous les moments de la vie agissent et réagissent les uns sur les autres.Jouir aveuglément du plaisir présent c'est souvent se préparer de cruelles souffrances; résister au plaisir qui tente c’est quelquefois s’assurer un bonheur plus doux et durable; c’est maintenir en soi cette harmonie qui fait la grandeur et la beauté de la vie.
De cette course irréfléchie vers le bonheur, qui est pour beaucoup d'êtres humains la seule raison de vivre, il ne reste après quelques années qu’un sentiment de lassitude qui amène le désespoir et le désir de la mort.
Le bonheur universel existera-t-il jamais ? A-t:l même existé, comme certains le pensent, dans ces âges trop lointains pour que nous ayons de ce qu’ils furent une opinion juste, et que nous ne connaissons qu'à travers la légende et la poésie ? |
«Le bonheur, c’est le plaisir » disait déjà Epicure, qui sema le germe de l’utilitarisme auquel la Grèce ne sembla pas une terre propice.
On ne sait quel Vent à emporté cette graine sur les bords de la Tamise, dans cette grande île longtemps couverte de brouillard, où la force du soleil ne vient jamais réchauffer le cœur ni la pensée, où l’on ne connait pas ces élans généreux, ces aspirations idéales
qui ne vivaient que sous le ciel toujours pur de la
ss (QE
Grèce antique,sur les bords d’une mer toujours calme. et toujours bleue.
Bentham naquit en 1748 à Londres et il montra, de bonne heure, qu’il était le digne héritier des doctrines utilitaires, L'activité de son esprit s'étendit à des domaines divers; mais sur le terrain de la législation aussi bien qu’en matière d'économie politique et de morale, on retrouve toujours chez lui la marque de l’utilitarisme.
Adam Smith qui l'avait précédé, avait posé la “sympathie comme fin des actions humaines; mais
Bentham estima qu'elle est aussi variable que les individus et 1l assigna comme fin de la vie non plus la sympathie, mais l’intérêt. : | Il n'existe, pour lui, ni vertu, ni devoir; l’amour de soi, l’égoïsme, l'intérêt sont les seuls mobiles qui guident l'individu avec autant de justesse que de
sûreté. | È
:« Nul homme, dit-il, ne lèvera pour autrui le bout de son doigt, s’il n’y voit son intérêt. » 1 Chacun vit pour satisfaire son plaisir; on arrive à posséder le bonheur grâce à l’arithmétique morale qui consiste dans l'évaluation des plaisirs.
Quelques milliers d'années avant que Bentham ait “exposé son arithmétique des plaisirs Platon l'avait par avance réfutée.
« Fuir un plaisir pour s’en procurer un plus grand, ce n’est être tempérant que par intempérance; affron-