‹ Bentham CriminalisteChapitre 17 sur 67 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

but, et cependant le domaine de la morale est beaucoup plus étendu que celui de la législation; elles ont le même centre, mais n’ont pas la même circonférence. |

La législation ne peut en effet avoir d'influence sur la conduite des hommes que par des peines qui sont des maux, eb dans beaucoup de cas où l’on ferait intervenir la loi, le mal de la faute serait moindre qe le mal de la peine.

La morale comprend les devoirs envers soi-même qu’on désigne encore sous le nom de prudence, et les devoirs envers autrui qu'on a coutume de diviser en devoirs de probité et de bienfaisance. |

-Sur ces trois points la morale n’a pas au même degré besoin du secours de la loi.

Les règles de la prudence se suffisent à elles-mêmes; la crainte de se nuire dit Bentham est un motif réprimant assez fort; il serait inutile d’y ajouter la crainte d’une peine artificielle. |

I ne faut point traiter les gens comme des enfants ou des esclaves, dès qu'ils sentiront qu'ils se nuisent, le souci de leur conservation et de leur bonheur sera suffisant pour les ramener à de justes mesures.

Il faut réserver l'intervention des lois pour les empêcher de se nuire entre eux.

D'autre part, la répression des vices entraînerait de bien funestes inconvénients; à la complication des lois et à la rigueur des peines, il faudrait ajouter la difficulté des preuves dont la recherche aboutirait à un

véritable espionnage, à une odieuse inquisition.

EL il n’est pas malaisé de voir combien le lot dés

maux serait considérable pour des imprudences qui né

causaient aucune alarme. « Le remède prétendu répañ--

dra un effroi universel; innocent ou coupable, chacun

craindra pour soi ou pour les siëns; les soupçons, les

délations rendront la saciété dangereuse; on se fuira, on cherchera le mystère onredoutera les épanchements de la confiance.

Au lieu d’avoir supprimé un vice, la loi en aurà

semé de nouveaux et de plus dangereux. »1

I faut laisser à chacun le soin de comprendre quel

est son intérêt. Si on le voyait clairement, on s’abstiendrait tout à la fois dé se nuire et de nuire à autrui On y gagnerait ce sentiment de bienveillance, qu'il est si doux et si bon d'éprouver et qui «inspire la r'épugance à faire souffrir » ; le désir de l'estime des autres et la crainte de leurs’ blâmes suffiraient pour arrêter les mauvaises tendances et étouffer les’ mauvais instincts. | % 1 Un homme éclairé sur son propre intérêt ne commettrait jamais un crime même caché; la crainte de contracter une affreuse et funeste habitude détruirait en Hui le charme et le bonheur de vivre. Mais la plupart des hommes n'ont ni assez de force, ni assez

de sensibilité pour que leur probité se passe du secours

des lois. Par un lien purement artificiel, le législateur.

a dû suppléer à leur misère et à leur faiblesse.

Les lois sont faites pour empêcher les hommes de se,

nuire. Peuvent-elles leur commander la bienfaisance ?

dl: Bentham, Légisi. civ. et pén.

rot

Sur ce point, Beéntham considère qu'il est difficiie et délicat de prendre parti. |

Il estime cependant, que dans certains cas, assez restreints sans doute, la bienfaisance prend le caractère d’une obligation, et qu’à ce titre, et pour ces espèces

elle devrait être pourvue d’une sanction.

Il faudrait ériger en délit, pour ne citer que quelques

exemples, l'abandon d’un blessé que l’on rencontre sur une route solitaire, le fait de ne pas avertir du danger qu’elle court une personne qui, sans le savoir, manie des poisons, le refus de tendre la main à un homme qui est tombé dans un fossé d’où il ne peut sortir el où il périra fatalement si on ne lui porte point l’aide qui lui est nécessaire. | Bentham a touché à à une question longtemps discutée, et qui chez nous n’a pas encore reçu de solution. Quant à toutes Les autres formes de la bienfaisance, elles sont si nombreuses et si variées qu’elles sont du domaine de la morale plutôt que de celui de la législation:..:# ! # :

Ce qui fait toute la beauté de la bienfaisance n’est-

ce point qu’elle est volontaire spontanée et généreuse?

Elle a ses caprices, ses mystères et ses charmes et elle

s'exerce sur des maux si secrets que la loi ne pourrait

* yatteindre,

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