‹ Bentham CriminalisteChapitre 39 sur 67 · LES · texte numérisé non relu

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est une des plus rationnelles. On a maintes fois remarqué que toute occupation prolongée au-delà d'un temps raisonnable devient désagréable; les condamnés : aux travaux forcés peuvent être indifféremment assujettis à tous les travaux; une de leurs principales occupätions consistait autrefois à ramer sur des galères.

En Russie et en Hongrie, les forçats étaient employés à l'exploitation des mines, ce que Bentham considérait comme une désastreuse idée, car le travail de ces individus dans les mines dégradait le métier et attachait à son exercice une sorte d’ignominie. Mineur etcriminel risqueraïent, disait-il, de devenir synonymes.

Cette peine offre d’appréciables avantages; elle est convertible en profit, et par là économique, très divisible dans sa durée et dans son intensité, et exemplaire car le travail auquel sont astreints les condamnés est marqué du sceau de la servitude.

La déportation est certainement de toutes les peines celle dont l’histoire présente le plus d'intérêt.

Avant la guerre de l'Indépendance, l'Angleterre se débarrassait des malfaiteurs dangereux en les transportant en Amérique; malgré le mécontentement de l'Amérique, le gouvernement anglais invoquait l’impérieuse nécessité qui l’obligeait à se débarrasser d’une façon définitive de ces éléments de trouble et de révolte.

Les convicts étaient remis au capitaine d’un navire qui se chargeait à ses frais du transport. Ceux qui pouvaient payer leur voyage étaient libres lors de leur

arrivée; la peine se transformait pour eux en un banni-

node

sement que venait adoucir encore leur admission dans certaines familles.

Ceux qui étaient pauvres, ou moins adroits (car ils n’avaient pas eu la chance de commettre un délit fructueux) étaient, en arrivant, vendus comme esclaves à des colons.

Pour eux la peine ne différait guère de celle des travaux forcés à perpétuité.

L'Indépendance vint mettre un terme à ces abus qui avaient duré plus d’un siècle. Botany-Bay fut désignée comme centre de Jspodaneée le gouvernement fait tous les frais de transport, et les individus sont, dans cette colonie, placés sous l’autorité d’un gouverneur. L'obligation du travail est absolue, et non plus que la liberté, elle ne peut être rachetée par de l'argent.

E? exemplarité de cette peine est rendue nulle par la distance, elle ne permet en aucune manière l’amendement des coupables qui vivent ensemble et travail: lent en commun; ils sèment l’effroi parmi la population, ils continuent à vivre de délits et de crimes, et ils sont redoutés à tel point qu’en 1796, cinq crimes durent rester impunis, malgré les fortes présomptions de culpabilité recueillies, car aucun témoin n’osa se présenLer.

Mais s'ils nuisent à la colonie, ils ne nuisent plus à la métropole qui s'assure ainsi la sécurité qu’elle désire

I n’était pas impossible de revenir d'Amérique en Angleterre; les relations étaient faciles et assez régu-

lières, mais de Botany-Bay, la distance est telle que

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lorsqu'ils quittent leur patrie Les convicts doivent aban-

donner tout espoir de retour. Les souffrances qu'ils en-

durent sont affreuses et parfois cruelles.

On les rassemble sur les bords de la Tamise où ils séjournent plusieurs mois avant de s’embarquer; puis lorsqu'ils sont assez nombreux pour remplir un bateau, le vaisseau lève l'ancre et s'éloigne. Ils vivrant ainsi pendant cinq ou six mois, enfermés dans des cages, mourant de faim, souffrant du froid, de la chaleur et des épidémies qui les éprouvent à tel point qu’un dixième d’entre eux meurt régulièrement en mer et qu’en 1799 l'effectif fut réduit exactement d’un tiers. |

Condamner des hommes à la déportation, c’est souvent en réalité les condamner à mort; c’est leur infliger une peine dont on ignore toutes les conséquences, c’est leur appliquer une sanction indéfinie, c’est les livrer avec un dédain complet de leur sort, à la colère des flots et au hasard de leur destin.

Elle est plus terrible encore qu’une peine capitale, car la mort à laquelle elle aboutit ne vient qu'après

bien des douleurs et des tortures. Dans la peine de mert

la souffrance ne dure que quelques instants, et ce

châtiment est cependant réputé d’une façon générale être Le plus redoutable de tous. Par l’élimination des coupables, il procure un moyen efficace de sécurité; mais il est très inégal car il varie suivant le degré d’attachement à la vie, et il n’est pas aussi exem-

plaire qu’on pourrait le supposer : beaucoup de mal-

faiteurs préfèrent la mort à un emprisonnement.

perpétuel, ils se sont habitués à l’envisager comme un

risque de leur entreprise, et ils l'acceptent comme un accident naturel.

Enfin, la peine de mort perd chaque jour de sa popularité et toutes les fois qu’un conflit s'élève entre les préjugés établis et les lois, l'opinion publique triomphe de celles qu’elle jugeait iniques et tyranniques.

Les lois impopulaires tombent rapidement en désuétude; il y a déjà très longtemps, Platon, dans sa République, ne disait-il pas que «les lois 6nt pour fondement nondesrochers et des chênes maisles mœurs d’une cité.»

Et la peine de mort est irrémissible; c’est surtout pour cette dernière raison que Bentham s’en déclare pour toujours l'adversaire. [ est retenu par ce sentiment si humain et si juste que Jules Simon appelait la peur de l’irréparable. L’avenir peut nous apprendre ce que le présent n’a pu découvrir; 1l faut laisser au lendemain la possibilité de réparer l'erreur de la veille. Et il faut que l’avenir puisse effacer les effets d’une haine ou d’une crainte excessive.

Pas plus que la vie, la répression ne doit être éternelle; sa nécessité présente est la mesure de sa justification et il est bien peu de nations qui ne connaissent le droit de grâce. | |

Pour Bentham cependant, ce droit est un mal. Il faut comme l'avait déjà dit Beccaria appliquer la peine édictée par la loi, si elle est juste, car la grâce est un correctif reurettable de sa sévérité.

« Faites de bonnes lois et ne créez pas une baguette

magique qui ait la puissance de les annuler. Si la peine

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