Bentham, ZLégisi. civ. et pén
Le système de la prison commune est inacceptable pour les maux qui en résultent. Dans ce milieu de gens pervertis, l’émulation est telle et l’imitation si fatale, que ceux qui sont presque innocents lorsqu'ils y entrent en sortent, plus coupables encore que les autres.
Un tumulte perpétuel y règne, qui ne laisse aucun intervalle de tranquillité où le remords puisse naître et se développer. «Le peuple enfermé dans cette enceinte est nombreux; plus les clameurs sont bruyantes, plus il est aisé de noyer dans le tumulte le faible murmure de la conscience, le souvenir de cette opinion publique que l’on n'entend plus et le désir de regagner l’estime des hommes que l’on ne voit plus.»
La conscience ne peut se faire entendre que dans le calme et le silence; plongé dans la solitude, l’homme est obligé de réfléchir et de songer; il pensera au bonheur dont il jouissait autrefois quand il était un honnéte homme, quand il était digne d’être libre et de connaître toutes les joies de la vie; il songera à l’état de misère dans lequel son inconduite aura plongé ses enfants qui, bien qu'innocents, souffrent peut-être plus que lui.
Et il voudra de nouveau connaître ce temps bienheureux.
Cependant aussi salutaire que soit l'effet de l’isolement complet lorsqu'il n’est pas trop prolongé, il devient rapidement désastreux ; au calme et à la sérénité succède une période de désespoir, puis quelquefois la
folie.