Bentham, Législ. civ. et pén
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d’une prison qui, au point de vue de la construction et de la discipline réalisait un énorme progrès sur le régime pénitentiaire alors en vigueur.
Ce projet attira l'attention du ministre Pitt, qui donna à Bentham l'assurance de son appui. fl l’autorisa à construire sa prison qui devait recevoir mille détenus. Bentham emplova toutes les ressources qui provenaient de la succession de son père à la réalisation de ce projet, après qu'ileût obtenu l’assentiment du Parlement en 1794. Mais l'enthousiasme qui lui avait été témoigné se calma progressivement ; l'autorisation définitive lur fut refusée en 1811. Bentham attribua cet échec à l’ininutié politique de Georges III. En 1813 on lui remboursait les 23000 livres qu'il avait dépensées pour la construction: du Panoptique.
Il s'était trouvé pendant de longues années dans
un étal proche de la misère, mais au milieu de sa:
détresse, il restait riche de ses espoirs.
L'examen du Panoptique ne présente plus aujour-:
d’hui qu’un intérêt historique et documentaire, mais
il tint dans la vie de Bentham une place trop grande
et il laissa dans sa mémoire un souvenir trop doulou-
reux pour que l'on ne veuille s'y arrêter quelques instants.
Le Panoptique est un bâtiment circulaire, composé de six étages de cellules dont les portes s'ouvrent sur des galeries cireulaires. Au centre s’élève une tour de trois étages occupée par des inspecteurs; dissimulés
derrière des jalousies, ils peuvent voir sans être
eee
aperçus des prisonniers qui sentent'ainsi peser sur eux une surveillance constante et mystérieuse.
D'un seul coup d'œil on peut voir un tiers des prisonniers, chaque étage de la tour dominant deux étages de cellules, et l’on peut passer en l’espace d’une minute une inspection complète. Des porte-voix permettent de communiquer, de l’intérieur de la tour avec chaque cellule, et de donner aux prisonniers des ordres nécessaires ou des conseils utiles.
Direction des travaux, exercice d’une surveillance continuelle, tels sont les principaux avantages de cette maison semblable à une ruche. Elle en possède d’autres encore : Sa solidité la met à l’abri des invasions extérieures, car-des fossés la séparent de la route publique, et des rébellions intérieures. Si bien surveillés les prisonniers ne peuvent pas même avoir l'idée d’une révolte ou d’une évasion car« on ne forme pas de desseins quand on voit l'impossibilité de les exécuter »; let puisque toute évasion devient impossible, il est inutile de suivre les plans d’Howard qui ne voulait dans les prisons que de très petites fenêtres, placées très haut, afin que la vue du paysage ne détourne pas les détenus de leur ouvrage. Bentham réclame au contraire la multiplication des fenêtres, en ajoutant que rien ne saurait être meilleur pour la santé et pour l’activité.
Pas de feu dans les cellules disait Howard, par crain-
te des incendies. On remplace le feu par des vêtements
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chauds. Oter à un homme sa liberté, dit Bentham, ce n’est pas le condamner à souffrir du froid; grâce à un système de tuyaux, on conduira dans chaque cellule la chaleur nécessaire pendant l'hiver.
Le dimanche, par l’ouverture des galeries circulaires, la tour des inspecteurs se transforme en chapelle, que peuvent voir les prisonniers sans sortir de leur cellule, et dans laquelle le public est admis.
Bentham prévoit une objection qu'il réfute d'avance. On pourrait soutenir, en effet, que soumettre les prisonniers aux regards du public, c’est leur faire perdre ce qui peut leur rester du sentiment de l'honneur et les endurcir à la honte. Mais l'attention des spectateurs, affirme Bentham, sera fatalement dispersée sur tous les prisonniers et c’est le sentiment affreux du crime qu'ils emporteront bien plus que le souvenir des criminels qu'ils auront vus.
Cette surveillance du public est si salutaire au bon ordre de la maison, qu’elle devra s'exercer non seulement le dimanche, mais plusieurs fois par semaine; et quel puissant exemple et quelle précieuse leçon n’est-ce point pour les spectateurs ?
On peut obtenir l'amendement du condamné, grâce à cette surveillance constante, car «être incessamment sous les yeux d’un inspecteur, c’est perdre la puissance de faire le mal, et presque la pensée de le vouloir ».1
Mais ce qui permet surtout d'obtenir ce résultat, c'est l'établissement dans le Panoptique du régime
cellulaire. :