Bentham, Déont, 2. Idem
quences ne s'arrêtent pas toujours à l'individu et qu’un de ses derniers caractères consiste dans: son étendue.
Pour illustrer son raisonnement, Bentham expose avec détails pour quels motifs l’ivrognerie estmauvaise, et il démontre mathématiquement qu’elle est néfaste, parce que la somme des pertes l’emporte énormément sur celle des profits.
Si l’on applique cette méthode de calcul à toutes les actions, on les voit se ranger en deux classes; elles se divisent en « bonnes et en mauvaises, puis se subdivisent en meilleures et en pires, sans que les sentiments arbitraires de sympathie et d’antipathie apportent jamais le trouble dans cette classification régulière.»1.
La morale devient une affaire d’arithmétique, et évaluer les actions équivaut à les juger. La fin morale est la recherche du plaisir dans lequel il faut considérer sept aspects. Il peut être plus ou mains durable, certain, rapproché, étendu, fécond, pur, mtense.
Pour apprécier la supériorité d’un plaisir sur un autre, il suffit de les considérer sous ces sept rapports : le plaisir le plus grand sera le meilleur, et le critérium de la doctrine de Bentham contient tout entier dans le terme de quantité.
Sa morale arithmétique a connu une grande popularité qu’elle a due, sans doute, à son extrême simplicité; elle séduit les esprits qui n'aiment point les
1, Bentham., Déont.
DEEE
spéculations métapyhsiques et par son côté réel et pratique, pour eux, elle est attrayante.
L'idée d'obligation morale n'a pas de place dans un système purement utilitaire : tout y est sensible et matériel et c’est la sanction qui seule fait l'obligation.
«L’égoïsme est la seule fin et la seule puissance, écrivait Bentham, et la tâche du moraliste consiste à régulariser l’égoïsme ». !
Mais «en passant de l’homme considéré isolément, à la société envisagée dans son ensemble, on rencontre parfois des contradictions d'intérêts entre les individus. Bentham sort habilement de cette situation délicate, tout d'abor d en niant l’opposition des intérêts quand on les comprend bien, car, dans ce dernier cas, en travaillant à son bonheur, on produit celui des autres, et ensuite en faisant appel au principe de sympathie, grâce auquel on arrive à « l'identité des intérêts.» |
Les intérêts des hommes qui sont en effet opposés dans les plaisirs rudimentaires s’identifient dans les plaisirssupérieurs,à mesure que la sensibilité se raffine, grâce à la sympathie qui nous fait ressentir les joies et les douleurs des autres. Et comme nous éprouvons «ce qu'éprouve autrui, nous ne voudrons jamais faire de mal à personne ».2 |
Mais ce principe que Bentham veut éternel et uni-
versel souffre bien des exceptions, puisqu'il propose