‹ Benvenuto Cellini drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 18 sur 73 · BENVENUTO , LA 1>UUI1£$E, SCOZZONE · texte numérisé non relu

BENVENUTO , LA 1>UUI1£$E, SCOZZONE

LA Dl'CHEtSE.

Monsieur, je vous écoute.

BENVKNCTO.

Madame, il est convenu quo j« ne vous connais pas. Je ne puis vous parler de tous, il faut bien que j** vo ■« parle de moi. Je sms un orfèvre florentin. Il y a trois mon je me suis réfugié d'Italie en France, après mètre évadé du château Saint-Ange par trois chutes effroyable» du haut d’un escarpement do pierre d'un quart de lieue,— le poignet rompu, la jambe cassée, brisé de corps et d'âme, proscrit, ruiné, naufrage de toutes maniè<es. Mais, en France, deux espérances , deux bonheurs m ont tout à coup raaimé : un grand et puissant personnage voulait bien m'aider et me protéger, et je pouvais me donner et me dévouer à ce doux et charmant jeunu humilie. Vous comprenez, madame, un mourant so dit alurs : Me voifa «auve! désormai- quelqu'un me comprendra et quelqu’un m'aimera; l’artiste et l'homme en moi seront content*, et j’ai enfin un peu d’air ei d'horizon pour mon esprit et pour mon cœur. — Ah! bien ouil Savez-vous ce qui m’arrive? Si je ne m’y oppose , demain mon p>oiecleur peut être offensé mortellement par mon p'Otogé, et mon protégé, à son tour , mortellement puni par mon protecteur. — Puis-je les trahir tous les deux ? puis-je manquer a ma reconnaissance et manquer à mon amitié? puis-je laisser frapper à la fois les deux moitiés de mon cœur? — Costco que je vous demande, madame!

LA DUCHESSE

Est-ce que cela me regarde, monsieur ?

BINVBRirrO.

* Madame, je n» vous connais pas, c’est entendu. Cependant n° m’obligez pas non plus à être trop clair. Vous avez d- jà do vitie qu'il y a un- I- ram- dans l'affaire; une femme qui, ardemment H j.il.uisfm-nt amie- par l’un des deux hommes dont je parle, semble sYürc iniprudeiom'uit et folkiue t éprise de l'autre. Or, quand même je serais assez ingrat pour laisser blesser dans s- n amour <-t «fans son honneur mon t-euneur ei m«>n hdie, pourrais-je «.ouflrir que mon ami et mon en '«ni courût le ri que d'étre jeto dans qu. Ique cachot «le la Bastille ou du Châtelet ?

U DVCIIESSB.

Eh ! que m'importent, monsieur, vos scrupule®?

BESVRNi m.

Que vous importe? Modem* 4 , midoine, je no veux toujours

Î ias savoir voire nom ; mais soyez témoin que « ’wt vous qui me oicez d*' vous paib-r directement et ou tellement , et d- rous dire : Je ii’aei use dab lu femme dont il est qu siion ; mais, enfin , dus doux derniers gentilshommes qui l'ont aiineo , l'un est mort dans une «mbuscade , le second »e meurt -iau- je ne sais quel cachot. J* 4 passe lus autres. L’amour de cette femme est Jonc hUl, la beauté de cette femme est mortelle I — et cette femme, madame, cYst vous!

LA DUCHES" K.

Assez ! — Qui vous a donne le druit de vous jeter au travers de ma vio et de ma pensre?

Vous, madame , en vous jetant au travers do ma pensée et de ma vie.

LA DUCHESSE

Est-ce lu lotie Alors? et la ques ion se réduit-elle à savoir qui sera le plus fotl?

Qui que vous soyez , madame, jo no vous conseille pas d'en tuilier l'epteuve avec moi.

LA DUCHESSE

Fo*t bien I vous me d - hoiicctvz à ce maître rodoutable qui m’aime I

Non, madame; mais b ce jeune homme timide que vous aimez.

LA DUCHESSE

Oui, re sera d'un homme, n i moin-*. Mais chacun son champ de bataille t l> qui sera d une («mas, ce *-r« «1 m vous perdre auprès de votre protecteur. Ou pourra voir qui aura le plus de churioA, do su maîtresse — ou d» son orlovro.

Digiti;

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BENYENUTO CELLINI.

imwnTOè

Môme dans cc* termes, madimc, croyez-vous que je reculerais devant ledu'-l? Vous auriez pour auxiliaires toute* les mauvaises passions, j’aurais toutes It’sgnmJes. Vous me corn bat triez à fbrce de sourires , je me défendrais à coup» do chefs-d'œuvre. Vous ôtos belle et séduisante mai* jo suis fécond «I infatigable. Et sait-on, apres tout, qui de l'artiste ou de l’amoureux Unirait par remporter chez François I** ?

LA DCCfltSSS.

Ahl vous nommez déjb le roi, monsieur! prenez (farde ! — Ne me découvrez pas trop ! Tant que vous ignorez qui je suis , c’est bient Mais faites-y attention! si vous me roconnaisser, jo vous connais. Me jeter mon nom , c’est me jeter votre gant. Mon nom prononcé, c’est co manque arraché ; oe masque arrache, c’cst la guerre.

BRtmrro.

Si vous no la voulez pas, madame, renoncez & l'amour d’Ascanio !

LA DUCHESSE

Non ! non 1

benvenuto , faisant un pas vers eUe.

Non T

LA DL'CllF.SSB.

Prenez garde ît vous, signor Cellini !

Je ne vous crains pas, duchesse d’Elampes !

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