IOLE ENLEVÉE PAR HERCULE
Bas-relief placé sous le couverte de la Cassette Farnèse.
La cassette du Musée de Naples est un des plus beaux objets d’orfèvrerie que l’on puisse voir. La richesse de la pièce, tout en argent doré et en cristal de roche, n'est que le moindre de ses mérites ; le goût parfait dans les détails, les nobles proportions, 1 harmonie de l'ensemble, l’élégance savante de toute la composition, en font une œuvre achevée. C est un grand honneur pour Manno si son nom peut y demeurer attaché, auprès de celui de Giovanni Bernardi. Et s’il a existé réellement un Mariano auteur d’un tel travail, cet artiste, d’ailleurs ignoré, mérite de sortir de l’obscurité pour être placé au rang des premiers maîtres orfèvres.
(1) Peut-être l'orfévre s’est-il souvenu de la figurine que Benvenuto avait sculptée sur le manche du sceau de Frédéric de Gonzague, et est-il un des artistes qui s’en sont inspirés. (Voir pages 190 et 192.)
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Comme le missel dont nous avons parlé plus haut (i), cette pièce est entrée avec tous les biens des Farnèse dans la Maison de Bourbon, par la succession d'Elisabeth Farnèse, mère de Charles IV de Naples.
Aiguière et Bassin de Saint-Celse. — (Pl. XLVI et XLVII.)
Église de Saint-Celse, à Milan.
Bien quelles n’aient rien dans leur décoration qui les puisse rattacher au culte, ces deux pièces, ainsi que tant d'autres ouvrages profanes, sont conservées dans le trésor d’une église, où elles ont dû arriver comme présent. Elles sont en argent doré.
La panse de l’aiguière est ornée de figures en haut relief se terminant en gaine, de masques, de coquillages et de petits enfants (puttini), ces derniers repoussés presque en ronde bosse. Dans cette décoration se combinent le genre des grotesques et celui des cuirs. La tête et le buste d’une femme ayant sur les épaules des mufles de lion, forment le goulot; la coiffure de cette femme, composée d’épaisses torsades de cheveux, est surmontée d’une coquille renversée qui constitue le bec du vase. Sur ce diadème bizarre rampent des colimaçons; et, selon le goût florentin, un serpent se tou et se replie pour faire à cette pièce une anse d’une rare élégance.
Au fond du bassin, quatre grands masques, alternant avec autant de têtes d anges ailés, et séparés tous entre eux par huit petits génies, forment une frise arrondie, entre deux couronnes, l'une de feuilles, l’autre de coquilles. Les bords qui s allongent démesurément, en forme de navicelle, pour affecter la forme ovale, alors que la pièce est ronde en son milieu, sont un ajouté postérieur et malheureux. Quant au chiffre de la Vierge placé au centre, il est tout à fait moderne et dun effet encore
plus déplorable. . ,
L’aiguière mesure trente-cinq centimètres de hauteur, du sommet de 1 anse au pied. Le bassin, v compris son rebord, a quarante-cinq centimètres de long sur trente-six de large. Benvenuto est certainement étranger à ce travail. On y remarque deux pom- W ^ çons que nous reproduisons ci-contre. Le W du premier indiquerait, au
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-y w moins pour la restauration, un artiste étranger à l’Italie. Le second a été devé par M. Darcel sur un vidercome allemand des collections du Louvre (I). 766).
J n Flacon et quatre Coupes de l'Argenterie des Medicis. — (Pl. XLVlll et xlix.)
Palais Pitti , à Florence. #
Parmi les ouvrages d’orfèvrerie pouvant avec le plus de vraisemblance être attribués t Benvenuto, M. Labarte a signalé ce service de table : « Dans 1 argenterie rrand-duc de Toscane, dit-il, trois coupes et un flacon d’or émaillé, enrichis danses m forme de dragons ailés à têtes fantastiques, qui sont d’un dessin ravissant et du nerveilleuse exécution. Ces pièces portent les armes des Médias et des Farnèse.
Nous avons passé attentivement en revue les pièces que renferme la salle située
(1) Voir pages 292 et 293.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
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au rez-de-chaussée du palais Pitti, dans laquelle est conservée l'argenterie des Médicis. Nous y avons en effet trouvé un flacon et trois coupes répondant assez bien à la description de M. Labarte. De plus, le gardien nous ayant fait remarquer, dans l’armoirie compliquée que portent les trois coupes, une boule , qu’il prétendait être celle du blason des Médicis, et une sorte de fleur de lys coupée par le pied, qu’il croyait être la fleur de lys des Farnèse, cette circonstance nous a confirmé dans notre supposition que nous avions bien devant les yeux les pièces dont avait parlé l’auteur de l’ Histoire de l'orfèvrerie au Moyen Age et à l'époque de la Renaissance. Nous n’en avons d’ailleurs rencontré aucune autre qui pût répondre à sa description.
Une quatrième coupe, ayant une certaine ressemblance avec les précédentes, hormis pour le blason, paraît faire partie de cette intéressante série. Bien que la forme n’en soit pas identique, pourtant on y retrouve, en raison de la matière, du travail et de la coloration des émaux, un aspect analogue. Les anses, formées d’un buste ailé à tête de bouc, ont pu laisser dans l’esprit de M. Labarte le souvenir de ces dragons fantastiques qu’il a relevés dans sa description.
L’élégance du travail, sa merveilleuse délicatesse, son éclat séduisant, portent à première vue à prononcer le nom de Cellini, comme depuis longtemps on se sentait entraîné à le faire en pareil cas. Et c’est sans doute ainsi que, charmé comme tant d’autres, M. Labarte a confirmé l’attribution, généralement donnée d’enthousiasme.
Cependant nous nous sommes appliqué à étudier de plus près les blasons qui, en assurant aux objets un acte de naissance authentique, pouvaient devenir le point de départ de renseignements plus certains. En fin de compte, nos recherches nous ont amené à une conclusion contraire à celle de M. Labarte, et pour cette raison nous croyons devoir les exposer.
Sur le flacon se trouvent deux écus accolés : l’un, d’or, au lion de sable lampassè de gueules ; l’autre, de gueules, à la fasce d’argent.
Trois des coupes portent un écu :
Écartelé : aux i et 4 , parti d’argent et de gueules, à la fleur de lys au pied coupé (ou plutôt au trèfle, ou au roc d’échiquier ?) de l’un à l’autre; aux 2 et 3, parti d’argent au lion de gueules , et d’azur à la bande d’or. Au chef parti, d'or au lion de sâble lampassè de gueules , et fascè d’argent et de gueules. Sur le tout de l’écartelé, d’argent au bezant de sable.
L’écu de la quatrième coupe est : d’azur, au bouc saillant d’or accornè de sable; au chef parti d'or au lion de sable lampassè de gueules ; et de gueules à la fasce d’argent. Surmonté d’un chapeau d’évêque ou de cardinal.
A première vue, on remarque la similitude de ces trois blasons : les deux écus accolés qui figurent sur le flacon sont placés au chef des deux autres armoiries, sauf une variante qui transforme la fasce en un fascè (1). Cette variante n’empêche pas les deux écus accolés et les deux chefs d’être en effet le même blason.
(1) Cet écart n’est point intentionnel, mais il doit être le résultat d’une erreur de l’orfévre. Au lieu d'un fasce de quatre pièces , il faut lire de gueules à la fasce d' argent , comme sur le flacon et les trois autres coupes.
Tout d’abord, nous avons porté nos recherches sur les grandes familles italiennes du seizième siècle, et le premier renseignement nous fut fourni par le bouc saillant d’or accorné de sable sur champ d’azur, qui est d’Altemps. Ce nom nous rapprochait singulièrement des Médicis.
Bernard de Médicis, amodiateur des fermes du duc de Milan, eut une nombreuse et illustre lignée (i). Parmi ses fils, on ne peut oublier :
Jean-Jacques de Médicis, ce célèbre marquis de Marignan (2), illustre chef d’armée au service de Charles-Quint ( 1497- 1 2 3 4 555 ) ;
Jean-Ange de Médicis, né en 1499, pape en 1559, sous le nom de Pie IV, mort
en 1565.
Parmi ses filles :
Marguerite de Médicis, qui épousa Gilbert Borromée, comte d’Arona, et eut entre autres enfants saint Charles Borromée ;
Claire de Médicis, qui épousa Wolffgang Dietrich ou Théodoric, seigneur et comte de Hohen-Embs, intrépide capitaine au service de Charles-Quint. Deux fils illustres sont nés de ce mariage : le célèbre guerrier Jacques-Annibal de Hohen-Embs, puis Marx Sittich de Hohen-Embs, fait cardinal en 1561 par son oncle maternel, le Pape Pie IV, de Médicis.
Ces Médicis de Milan et ceux de Florence avaient pour ancêtre commun Philippe de Médicis, mort en 1258 (3). Cosme I" les reconnaissait comme cousins, et entretint toujours avec eux de bons rapports de parenté.
Quant aux Hohen-Embs, dont les Italiens ont fait Altemps (4), ils sont originaires d’une très-ancienne famille de chevalerie. Cette famille tire son nom de 1 antique fort d’Amisum, situé au-dessus de Bregenz, dans la vallée du Rhin et dans la direction des Grisons. Le château était nommé en roman Alt-Amychs, et en allemand, Alt-Hohen- Embs (5).
Le cardinal d’Altemps avait d’abord débuté dans la carrière des armes, selon la vieille
(1) De son mariage avec Cécile Serbelloni, Bernard de Médicis eut neuf enfants : l” le marquis de Marignan ; 2- le Pape Pie IV; 3" Jean-Baptiste, tué en 1545 ; 4" Gabriel, tué en 1531; 5" Auguste, qui devint marquis de Marignan à la mort de son frère aîné; 6* Marguerite, comtesse Borromée ; 7" Claire, femme du fameux capitaine W. D. de Hohen-Embs ; 8“ et 9* deux filles religieuses.
(2) Pie IV fit élever dans la cathédrale de Milan, à son frère le marquis de Marignan, un tombeau dont les dessins furent donnés par Michel- Ange. Leone Leoni exécuta la statue de l’illustre général , qu’il représenta tenant à la main le bâton de commandement; il la jeta en bronze, ainsi que quatre autres statues, celles de la Paix, de la Vertu militaire, de la Providence et de la Renommée. Les armes du marquis sont placées au-dessus du mausolée ; au-dessous est un bas-relief en bronze, dont le sujet est la Nativité du Christ. Vasari dit que ce monument fut payé 7,800 écus. (Édition G. Milanesi, t. VII, p. 257 et 54°I
(3) Les Medici de Milan prétendaient en effet se rattacher à ceux de Florence par le lien suivant :
Philippe Medici, à Florence, a quatre fils :
i° Evrard I*r, souche des Medici de Florence.
2° Galvan, ) , ,, • .
. ’ souches eteintes.
30 Reinier , )
4° Clarissime, souche des Medici de Milan.
(4) Hohen en allemand veut dire haut.
(ï) Un autre château fort a été construit un peu plus bas, Neu-Hohen-Embs, au pied duquel se trouve le bourg d’Embs.
tradition de ses ancêtres. Son grand-père, Ulric d’Ems, avait vaillamment servi sous Maximilien, et avait été élevé au rang de baron de l’Empire. Son père, Wolffgang Dietrich, ne s était pas moins distingué sous Charles -Quint. Quand Wolffgang mourut, Jacques-Annibal et Marx Sittich étaient encore enfants. Élevés par leur oncle, le marquis de Marignan, ils ne pouvaient manquer de devenir l’un et l’autre de rudes soldats. Jacques-Annibal s'illustra dans maint combat, laissa aussi la mémoire d’un vaillant capitaine, et devint la tige des comtes de Hohen-Embs.
Claire de Médicis eût voulu que son second fils Marx Sittich entrât dans les ordres ; déjà la famille de Hohen-Embs avait fourni plusieurs chanoines, mais elle ambitionnait plus pour ce fils. Pie IV, élevé au pontificat en 1559, avait tout aussitôt (1) revêtu de la pourpre son neveu Charles Borromée, fils de Marguerite de Médicis, à peine âgé de vingt-trois ans; il souhaitait augmenter dans sa famille le nombre des grands dignitaires de l’Eglise; mais son neveu de Hohen-Embs, Marx Sittich, résistait au chapeau. En suivant Mars, il avait surtout suivi Vénus, qui, dit-on, l’avait blessé plus qu'il ne convient. Pourtant un jour, à Rome, devant l’église de Saint-Pierre ès Liens, par la chute d'une voiture, son épée se brise, sans qu'il soit lui-même atteint; il y voit un avertissement du ciel et entre dans l’état ecclésiastique. Prélat, évêque de Cassano en Calabre, nonce auprès de l’Empereur Ferdinand, évêque de Constance, cardinal -légat au concile de Trente, il est comblé de bénéfices. Une partie des biens confisqués aux Caraffa lui est attribuée par le Pape ; Cosme I" lui facilite ensuite l’acquisition de vastes domaines dans le Val di Pesa; et plus tard, Francesco le met en possession du riche palais de l'un des complices de la conjuration d’Orazio Pucci, palais que le cardinal vendit bientôt à Alexandre de Médicis, archevêque de Florence.
Robert, fils naturel du cardinal d’Altemps, fut légitimé par le Pape, qui érigea pour lui le marquisat de Gallese en duché; ce jeune homme mourut à l'âge de vingt ans en 1586, et ce fut son fils, Jean-Ange d'AItemps, qui perpétua le nom et le titre (2).
Le cardinal d Altemps, fils de Claire de Médicis, avait donc entretenu des relations suivies de parenté et d'amitié avec ses cousins de Florence, et il y était d’autant plus porté que Cosme I , qui avait eu à se louer de Pie IV, était toujours disposé, de son côté, à favoriser les vues du Pape. Le cardinal, né en 1533, dut certainement, à la cour de Florence, connaître Cellini, qui y vécut de 1545 à 1570. Ce prélat, qui avait fait exécuter, pour 1 offrir à Notre-Dame de Lorette, une statue d’argent du poids de dix livres, qui donna en présent, non-seulement à cette église, mais à beaucoup d'autres, une grande quantité de vêtements sacrés, de vases d'argent et d’autres objets précieux (3), avait pu faire travailler les orfèvres florentins. Qu’un vase à ses armes, exécuté pour lui par Benvenuto, et offert à Cosme ou à Francesco, se trouvât dans
(2) Une planche du graveur Tempesta qui porte dans un écusson le bouc d’Altemps, au milieu de scènes guerrières, lui est dédiée : all. ill- et ecc™ sig" et pkon. col™ il sig™ gio. angelo altemps dvca d.
GALLESE MARCHESE DI SORIANO E MISVRACHA CONTE DI TOSIGNANO SIG™ DEL MONTE DE COMPADRE E MOTE PORTIO.
(3) « Sacris vestibus, argenteis vasis, alijsque pretiosis donis ditavit. » Voir Vitœ et res gestœ Pontificum Romanorum et S. R. JS. Cardinalium, etc., Alphonsi Giaconii. Romæ, 1677.
l’argenterie des Médicis, rien ne pouvait paraître plus naturel. A la vérité, d’après nos usages modernes, le nombre des glands du chapeau épiscopal qu’on voit sur le blason de la coupe aurait dû indiquer la dignité d’évêque et non celle de cardinal; mais cette distinction du nombre des glands n’existait pas encore au seizième siècle; elle ne s’établit que vers la seconde moitié du siècle suivant. Le chapeau tel qu’il a été peint émail par l’orfévre, n’était donc pas en lui-même une objection; et le voyant figurer sur un écu portant le bouc d’or sur champ d’azur, nous avons pu tout d’abord nous croire bien fondé à nous arrêter sur le nom du cardinal d’Altemps. Pourtant les armes de ce personnage que nous rencontrions ailleurs n’étaient pas blasonnées de même manière.
Le cardinal, Médicis par sa mère, et fier de cette illustre lignée, dans laquelle il se trouvait neveu du Pape et cousin du grand-duc de Toscane, écartelait habituellement ses armes avec celles des Médicis (i). Au contraire, sur la quatrième coupe, le bouc d’Altemps se trouve seul, surmonté d’un chef, parti au i d or au lion de sable , au 2 de gueules à la fasce d'argent. Aucun gentilhomme d’Italie, et à plus forte raison un personnage faisant aussi grande figure que le cardinal d’Altemps, n’aurait jamais songé à soumettre ses armes à celles d’une autre famille, quelque illustre qu’elle fût. A son chef ne pouvaient se trouver que les armes d’un Pape ou d'un Souverain, celles d'un État, ou, dans la circonstance, celles d'un évêché.
Marx Sittich d’Altemps ayant été évêque de Cassano et de Constance, nous avons recherché avec M. Aloïss Heiss, dans les riches documents de numismatique de cet érudit amateur, si quelque médaille d’évêché ne nous donnerait pas la solution du problème. Ainsi nous avons été amené à remarquer que tous les archevêques de Salzbourg, dont nous rencontrions les écussons sur leurs médailles, portaient ce blason dans leurs armoiries, soit en chef, soit écartelé avec leurs armes personnelles, selon l’usage des prélats. Mis sur la voie, nous n’avons pas tardé à trouver la médaille dun autre prélat de la famille d’Altemps : Marx Sittich, des comtes de Hohen-Embs, prince-archevêque de Salzbourg de 1612 à 1617(2).
Ce prélat éminent, restaurateur des lettres, des sciences et des arts dans ses Etats, fondateur de l’Université si célèbre de l’ordre des Bénédictins de Salzbourg, qui a fourni tant de savants ecclésiastiques à l’Autriche, à la Bavière et à la Souabe, était fils du fameux général Jacques- Annibal, comte de Hohen-Embs et de Galerate, et d’Hortense Borromée. Par son père, il était donc neveu du cardinal de Hohen-Embs ou Altemps, petit-fils de Claire de Médicis, petit-neveu du pape Pie IV et du marquis de Marignan. Par sa mère, il était petit-fils de Gilbert Borromée, comte d'Arona, et neveu du cardinal saint Charles Borromée, sous le patronage duquel il plaça la nouvelle Université (3).
(1) Tel est le blason qu’on voit sur ses médailles. Nous l’avons retrouvé sur un dessin du Louvre (n° 1645), surmontant la grande porte d’un palais.
(2) Il mourut le 9 octobre 1617. Imhof, Chronol. Archiep. Saltsburg.
(3) Il fit aussi consacrer une chapelle à saint Charles Borromée dans le palais archiépiscopal de Salzbourg. Les' Hohen-Embs ont toujours eu en grand respect leur saint parent. La tradition rapporte que le cardinal étant venu visiter à Hohen-Embs sa sœur Hortense Borromée, femme du général Annibal, laissa son cha-
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
Comme tous ses ancêtres de l'une et de l’autre branche, le prince -archevêque de Salzbourg était cousin des Médicis de Toscane, avec lesquels il dut entretenir d’autant plus de relations qu’il appela d’Italie des architectes et des artistes pour les employer aux nombreux travaux qu’il fit exécuter. Il aimait aussi les divertissements, la musique, la comédie, les mascarades, les parades de toutes sortes. Le palais de Helbrun et son magnifique parc, rempli de grottes, d’étangs, de jets d’eau, d’élégantes constructions de tous genres, ont été créés par lui en quelques mois.
C’est dans un ouvrage allemand du siècle dernier (i), auquel nous empruntons quelques-unes de ces indications, que nous avons trouvé d’abord la reproduction d’une médaille d’or (2) à l’effigie de ce prélat, avec les mêmes armes qui figurent sur l’une des quatre coupes de l’argenterie des Médicis, et nous en donnons le facsimilé, pour constater l’identité du blason avec celui que porte la coupe reproduite dans l’une de nos planches. Nous avons ensuite trouvé dans Heræus (3) la confirmation de ce renseignement sur deux autres médailles du même personnage don- Médaille de Marx Sittich de Hohen-Embs, prince-archevêque de Salzbourg 1 C& ’ ” (1612-1617).
nant également son blason.
Marx Sittich de Hohen-Embs ayant été prince -archevêque de Salzbourg de 1612 à 1617, nous sommes déjà loin de Benvenuto Cellini, mort en 1570, et la coupe qui porte ses armes ne peut plus être attribuée à l’orfévre florentin.
Il nous reste maintenant à étudier les armoiries du flacon et des trois autres coupes.
Sur le flacon, comme nous l’avons dit plus haut, l’orfévre a peint en émail deux écus accolés : 1 un, d’or au lion de sable ; l’autre, de gueules à la fasce d’argent. Or, les armes d’Etat des princes -archevêques de Salzbourg sont, soit en deux écus accolés, soit en un $eul écu parti : d’or au lion de sable, et de gueules à la fasce d’arge?it. Le Wappenbuch, armorial allemand imprimé à Munich par Adam Berg, en 1580, c’est-à-dire trente -deux ans avant l’avénement de Marx Sittich de Hohen-Embs, donne déjà ce blason comme étant celui de Salzbourg (4).
Le chef du blason des trois autres coupes présente à la vérité une objection, puisque le champ de gueules porte un fascé de quatre pièces au lieu d’une fasce. Mais les deux médailles à l’effigie de Marx Sittich de Hohen-Embs, données par Heræus, et dont nous avons parlé plus haut, présentent précisément la même disposition. On en doit
peau de voyage. L’église paroissiale de Hohen-Embs conserve encore aujourd’hui cette relique de son saint patron, objet de la vénération des fidèles, et qui est publiquement exposée tous les ans, au jour de sa fête, le 4 novembre.
(1) Historische Münz-Belustigung von Johann David Kôhler, t. IV, p. 17. Nürnberg, 1732.
(2) C’est une médaille d’indulgence.
(3) Édition de Vienne, 1828. PI. IV, 13.
(4) La réserve de la Bibliothèque Sainte -Geneviève, à Paris, possède un exemplaire du Wappcnbuch. L’écu de Salzbourg figure aux pages 8g et 106.
donc conclure que les armes de Salzbourg, quant à ce détail, n’étaient point alors arrêtées d’une manière fixe, ou plutôt que le graveur s’est trompé; et en tout cas, que ce sont bien ces armes qui figurent au chef des quatre coupes comme sur le flacon, formant un lien commun certain entre les cinq pièces.
Mais à quel personnage appartiennent les armes écartelées placées sous le chef de Salzbourg dans le blason des trois coupes pareilles? Aux quartiers un et quatre, cette figure, qui avait été prise par erreur pour le lys des Farnèse, n’a rien à voir avec le blason de cette famille, puisque c’est, ou une fleur de lys au pied coupé, ou un trèfle, ou plus vraisemblablement encore un roc d’échiquier (i). Aux quartiers deux et trois, se montre un lion de gueules sur champ d’argent (2).
Ces armes écartelées rappelaient -elles des provinces ou des abbayes de l’État de Salzbourg? ou ne devait-on pas croire plutôt qu'elles indiquaient tout simplement les alliances du personnage dont les armes sont placées sur le tout : d'argent au besant de sable f
Quoi qu’il en soit, il importait avant tout de savoir quelle famille désigne cet écu posé sur le tout. D’abord, c’est par erreur que ce besant a été confondu avec les boules des Médicis. Rien dans les armoiries de ces trois coupes n’est emprunté aux armes de cette maison, non plus qu’à celles des Farnèse. Tous les indices précédents portaient, au contraire, à se diriger vers l’Autriche ou la Bavière. Cette fois encore, ce sont des médailles qui nous ont mis sur la voie. Sur quelques-unes nous pouvions reconnaître que la famille de Raitenau ou Raitnau devait porter un besant ou une boule (3) ; mais les indications de couleur manquaient (4).
Wolf Dietrich de Raitenau avait été prince-archevêque de Salzbourg de 1587 à 1612 ; c’était le prédécesseur de Marx Sittich de Hohen-Embs. Les armoiries dont nous recherchions l’explication n’étaient-elles pas les siennes? Nous nous sommes alors adressé aux Révérends Pères Bénédictins de Salzbourg, les dignes successeurs de ces savants Pères que Marx Sittich avait appelés auprès de lui au commencement du dix-septième siècle, et grâce au concours desquels il avait, avec tant d’éclat et par une fondation si durable, restauré dans ses États les sciences et les lettres, tombées avant eux dans un tel abaissement, que c’est à peine si l’on savait baptiser les enfants en bon latin (5). Les Révérends
(1) Ou tout autre chose dont le blason français ne nous donne pas le nom précis.
(2) Dans une des armoiries de Salzbourg donnée par le Wappcnbuch (p. 28 de cet ouvrage), celle-là plus compliquée, nous voyons figurer un écu coupé, d' argent au lion de gueules , et de gueules au lion de l un en V autre.
(3) Cette famille est appelée Reitenaw par Spener, qui reproduit son écu, d’argent au besant de sable, besant ou boule, car le dessin de cet héraldiste représente un orbes avec des traits d'ombre d’arrondissement.
(4) Ce n’est que vers le milieu du dix-septième siècle que l'usage tendit à s établir de faire comprendre, par le sens des traits qui ombrent le dessin , la couleur ou le métal d un champ et de 1 objet qu’il porte. Pour les temps antérieurs où ce langage conventionnel n’était pas encore adopté, on a souvent grand peine à lire les blasons soit sur les médailles, soit sur les gravures, soit sur les pièces d’orfèvrerie non émaillées; et quelquefois même on est induit en erreur par les fantaisies de l’artiste.
Les Trophées du Brabant, de Butkens, publiés vers 1630 ou 1640, passent pour le premier ouvrage qui ait distingué les couleurs et les métaux par le sens des traits de la gravure. — Voir Armorial général de J. B. Rietstap, publié en Hollande en 1861.
(5) J. D. Kôhler , Historischc Münz-Belustigung, t. XI , dit à ce propos : « Le clergé salz bourgeois s'était lui-même laissé envahir par une telle ignorance, qu'il s’en fallait de peu que plus d’un curé ne fût
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
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Pèles ont eu 1 obligeance de nous répondre que les armoiries telles qu’elles figurent sur les trois coupes sont celles-là mêmes que porta le prince-archevêque Wolf Dietrich depuis 1597 ou 1598. Le chef est celui de Salzbourg, bien qu’il soit plus généralement blasonné avec une seule fasce d’argent. Le besant de sable sur champ d’argent est de Raitenau. Quant à l'écu écartelé, il n’a rien de commun avec Salzbourg, et indique sans aucun doute les familles auxquelles l’archevêque était allié par les liens de la plus proche parenté.
Il nous a paru inutile de pousser plus avant la recherche des détails de ce blason, ce point devenant trop étranger au but que nous nous proposions. Il suffisait, en effet, d’avoir, par les données précédentes, fixé d’une manière précise à quelle époque appartiennent les cinq pièces qui avaient été attribuées à Benvenuto. Wolf Dietrich de Raitenau fut prince-archevêque de 1587 à 1612; il a, depuis 1597 ou 1598, porté des armes semblables à celles qui figurent sur trois des coupes. Marx Sittich de Hohen-Embs fut prince-archevêque de 1612 à 1617. Le travail d’orfèvrerie a donc dû être exécuté entre les deux dates extrêmes, 1597 et 1617. Les circonstances historiques de la vie des deux prélats peuvent en outre expliquer avec assez de vraisemblance comment les cinq pièces sont arrivées ensemble dans l’argenterie des Médicis.
Wolf Dietrich de Raitenau avait vingt-huit ans lorsqu’il devint prince-archevêque de Salzbourg (1). Il fut d’abord adversaire déclaré des protestants, qu’il expulsa de ses Etats; mais plus tard, ayant eu des démêlés sérieux avec le duc Maximilien de Bavière, au sujet d’une question de douane, il se montra hostile à la Ligue catholique fondée par le duc, et entretint des intelligences avec le parti protestant. Voici en quelques mots l’histoire de la querelle : l’importation du sel salzbourgeois de Hallein en Bavière, consentie par un ancien traité, rapportait deux cent mille florins par an à l’archevêque. Le duc obtient de l’empereur Rodolphe le privilège d’établir en Bavière un double droit de transit par lequel il frappe le sel de Salzbourg (2). Le différend dure longtemps, il se complique, s envenime; l’archevêque, croyant le moment venu de séculariser son diocèse et de passer au protestantisme, prend les armes; en 1611, les Salzbourgeois entrent en Bavière et occupent l’abbaye de Berchtolsgad, dont Ferdinand, frère de Maximilien, était prieur. Bientôt ils sont battus à Tittmoning, et Wolf Dietrich, après avoir vainement cherché à négocier, est abandonné par son chapitre lui-même et obligé de prendre la fuite. Il emmène avec lui sa concubine et ses dix enfants; il emporte les trésors des églises, d’une valeur d’un million de florins, et il espère se réfugier en Carinthie, dans les possessions de son frère; mais il est atteint sur la frontière, ramené, mis en prison au château de Hohen-Salzbourg; et le duc de Bavière, après avoir traité avec le chapitre, se retire.
Le pape Paul V se plaignit d’abord, mais il fut bientôt calmé par le rapport du cha-
incapable de dire la formule du baptême, comme au temps de saint Virgile, et qu'on baptisait les enfants In nomma Patna et Film et Spintua sancta, suivant ce qu’on lit dans Baronius, Annal, ecclcs., t IX » (1) Voir Ranke, Histoire des Papes, t. II de la 4' édition allemande.
(a) Voit ' le récit de ce différend dans l' Histoire du duc Maximilien de Bavière du D' Schreiber. Munich, 1868.
pitre de Salzbourg sur la conduite scandaleuse de l'archevêque. Wolf Dietrich dut renoncer à son siège, et eut pour successeur son cousin, alors prieur au même chapitre, le comte Marx Sittich de Hohen-Embs, dont nous venons de parler précédemment.
Plus tard, plusieurs princes, et l’Empereur lui-même, demandèrent vainement la liberté du prélat prisonnier et repentant, dit-on, qui mourut le 16 janvier 1617 sans l’avoir recouvrée.
Ne pourrions-nous pas reconstituer maintenant avec une certaine vraisemblance 1 histoire de ces cinq pièces d’orfèvrerie? Les trois coupes aux armes de Raitenau étaient emportées avec les trésors des églises par Wolf Dietrich, lorsque ce prélat peu orthodoxe fuyait à toute bride vers la Carinthie, poursuivi par les cavaliers du duc de Bavière, quand il fut atteint sur la frontière, elles reprirent le chemin de Salzbourg avec le prisonnier. Plus tard, le nouvel archevêque, Marx Sittich, ayant fait ciseler une quatrième coupe, probablement par le même orfèvre qui avait exécuté les trois premières et le flacon, peut avoir offert les cinq pièces à son cousin le grand-duc de Toscane, qui était alors Cosme IL
Quoi qu’il en soit, le service du palais Pitti, attribué à tort à Cellini, est une œuvre du premier quart du dix-septième siècle, exécutée en partie avant l’année 1612, en partie peu de temps après cette date.
Le flacon mesure vingt-trois centimètres de hauteur ; les coupes aux armes de Raitenau, onze de hauteur et vingt-trois de largeur; la coupe aux armes de Hohen-Embs, dix de hauteur et vingt-trois de largeur.
M. Labarte a reproduit en chromolithographie une coupe (1) qui présente une grande analogie de composition et d’ornementation avec celles dont nous parlons ici. Cette pièce porte à l’intérieur les armes du prince Janusichius Radziwill. Dans les émaux d’une orande vivacité de ton qui la décorent, M. Labarte croit reconnaître le travail particulier aux ouvriers de Nuremberg et d’Augsbourg à la fin du seizième siècle. Mais le nom de Janusichius Radziwill nous porte déjà au commencement du dix-septième siècle (2). Le même auteur retrouve aussi ce travail sur un autre calice aux armes de Maximilien, électeur de l’Empire, et de sa femme Élisabeth, fille de Charles, duc de Lorraine, et qui n’a pu être exécuté que postérieurement à 1623 (3). Les mêmes considérations artistiques et historiques nous portent à voir aussi des œuvres germaniques dans les cinq pièces du palais Pitti. Et de leur rapprochement avec celles de la même époque relevées par M. Labarte, n’y a-t-il pas à tirer cette conclusion, que quelque orfevre de Nuremberg ou d’Augsbourg, élève des maîtres italiens du seizième siècle (4), a fait
(1) Planche LXXV de la i" édition de X Histoire des arts industriels, etc.
(2 Janusichius ou Jannusius Radziwill, premier du nom, duc de Bierze et châtelain de Wilna, mouru en ,62! , âgé de quarante-deux ans. En 1613, il avait épousé Elisabeth-Sophie, fille de Jean-Georges, élec-
teur de Brandebourg, et d’Élisabeth d’Anhalt. , ÎT no i„
(^) Maximilien, duc de Bavière, épousa Elisabeth de Lorraine en 1595, et 1 Empereur Ferdinaiid I créa électeur qu’en 162V Voir aussi dans la 1" édition de M. Labarte ses planches LXXIII et LXXiV.
(4) Les travaux de M. Bertolotti ont révélé combien d’ouvriers étrangers vinrent a la fin du seizième siècle, envahir les boutiques de Rome. Le plus grand nombre étaient Flamands ; mais il y avait aussi parmi eux quelques Français et beaucoup d’Allemands.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
revivre leur meilleur style de composition jusque dans la première moitié du dixseptième siècle?
Quant aux ornements gravés et émaillés sur le flacon et sur les coupes aux armes des princes-archevêques de Salzbourg, nous croyons les avoir retrouvés dans l'œuvre de Mathias Beitler ou Beytler. Un volume du département des Estampes à la Bibliothèque Nationale (L e 52 a) renferme une suite signée de ce maître et datée de 1612. On y voit en silhouette de petits oiseaux et des animaux divers d’un dessin élégant, nerveux, un peu grêle, qui se jouent au milieu de rinceaux et d’arabesques formant une décoration extrêmement fine et déliée. On y rencontre aussi, notamment dans deux cartouches d’armoiries du même style que ceux qui figurent sur les coupes du palais Pitti, des Guirlandes, des bouquets de fleurs et de fruits, suspendus à des nœuds de rubans ou à des fleurettes, le tout paraissant dessiné de la même main que la décoration des pièces qui nous occupent. Or une suite de six sujets dus à Mathias Beitler établit par l'inscription du titre que ce dessinateur silhouettiste travaillait dès 1582 chez un orfèvre d’Onoltzbach, près de Nuremberg (1), nommé Stefîan Herman. On trouve encore son nom sur une autre série gravée en 1616 à Augsbourg d’après ses dessins (2). Il y a donc quelque présomption que le flacon et les quatre coupes attribuées à Benvenuto ont été exécutés soit par Steffan Herman, soit par quelque orfèvre d’Augsbourg, de Munich ou de Nuremberg, et que Mathias Beitler a fourni les dessins qui ont servi de modèles à leur décoration.
Vase en forme de dauphin, et Bassin, de l’Argenterie des Médicis. — (Pi.L.)
• Palais Pitti, à Florence.
Ce mesciacqua, en argent doré, a été, comme les pièces précédentes, attribué avec quelque persistance à Cellini.
Le vase destiné à verser l’eau a la forme d’un dauphin (3). Sur le bassin, qui est ovale et mesure soixante-quatre centimètres sur cinquante-trois, l’artiste a représenté, en demi-relief, le mythe de Neptune et Amphitrite. Au milieu, dans la partie creuse, on voit un blason écartelé, dont les couleurs ne sont pas régulièrement indiquées. Les quartiers 1 et 4 se composent d'un parti : un lion et une fasce. Sur les quartiers 2 et 3 se trouve une boule ou un besant.
L’opinion paraissait acceptée que ces armes pouvaient être celles de Francesco de Médicis, figurées par une boule aux quartiers 2 et 3, et celles de sa femme, Jeanne d’Autriche, rappelées aux quartiers 1 et 4 par cette fasce dont la couleur ou le métal n’était point indiqué. Les armes de Jeanne d’Autriche étaient, en effet, de gueules à la fasce d'argent.
Francesco de Médicis, du vivant de son père, avait, on le sait, pris les rênes du gou-
(1) Onoltzbach, aujourd’hui Ansbach, en Franconie, est situé à quarante- quatre kilomètres ouest de Nuremberg.
(2) Guilmard, Les Maîtres ornemanistes , p. 389.
(3) Dans la vitrine des faïences de Bernard Palissy, au Louvre, se trouvent deux dauphins d'un dessin analogue (n°‘ 48 et 49 H).
3io
vernement, avec le titre de prince-régent. Le 16 décembre 1565, il épousa Jeanne d’Autriche (1). Cosme avait jugé sage, pour assurer l’avenir de sa dynastie, d’allier sa famille à la toute-puissante Maison d’Autriche. Déjà son prédécesseur Alexandre avait épousé une fille naturelle de Charles-Quint. Les Médicis savaient, peu à peu et par degrés, entrer dans le concert des Maisons souveraines de l’Europe. De grandes fêtes furent données à Florence à l’occasion du mariage de Francesco. Le souvenir en a été gardé dans plusieurs publications, notamment dans un livre intitulé : Dcscrizione dell' entrata delta Sereniss. Rcina Giouanna d’Austria et dell' Apparato fatto in Firenze nella vennta, et per le felicissime nozzc di S. Altezza et dell’ Illiistrissirno et Fccellentiss. S. Don Francesco de Mcdici , Principe di Fiorenza, etc. (2). A la première page de ce volume, sont gravées sur un écu parti les armes réunies des époux, que nous reproduisons ci-dessous en fac-similé. Celles de Francesco sont les six pâlies des Médicis. Le
Armoiries de Francesco de Médicis et de Jeanne d’Autriche.
blason de Jeanne d’Autriche est bien composé d’une fasce, mais l’écart du lion ne figure pas. D’autre part, comme nous avons eu l’occasion de le faire remarquer dans la notice précédente, nous pouvons constater que les pâlies des Médicis, régulièrement disposées ici et au nombre de six, n’ont aucun rapport avec le besant unique qui figure sur les armes du bassin.
Si les armes du bassin avaient été celles de Francesco et de Jeanne, on aurait pu en conclure que le mesci acqua exécuté à l’occasion de leur mariage était contemporain de Benvenuto ; et cependant, même dans ce cas, il n’eût pas été raisonnable de l’attribuer à Cellini, qui, dans la préface de son Traité de V Orfèvrerie , se plaint, non sans amertume, de n’avoir pas été appelé à l’honneur de produire quelque ouvrage de son art en cette solennelle circonstance, empêché qu’il en fut alors par la maladie. Pour se dédommager, il dédia d’abord son Traité à Don Francesco. Puis, un peu plus tard, se ravisant, il en fit décidément hommage au second fils de Cosme, le cardinal Don Fernando.
Quelles sont donc ces armoiries que nous avons démontré ne pas être celles des illustres époux? Mettant à profit les recherches que nous avons faites au sujet des pièces précédentes, il ne nous est plus difficile de reconnaître, aux quartiers 1 et 4, les armes
(1) Voir pages 104 et 116.
(2) Par Domenico Mellini. Florence, 1566.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
de Salzbourg, et aux quartiers 2 et 3, celles de Raitenau. En effet, Heræus donne le dessin d’une médaille de Wolf Dietrich de Raitenau, dans laquelle ce prélat avait écartelé ses armes avec celles de Salzbourg, précisément comme sur le plat dont nous nous occupons ici (1). Pour faire toucher du doigt l’identité, nous reproduisons en fac-similé le dessin d’ Heræus.
La médaille est antérieure à l’époque à laquelle le prince-archevêque blasonnait ses armes comme elles sont indiquées sur la coupe reproduite dans notre planche XLIX. Au contraire, le vase et le bassin gravé à la planche L datent du même temps que la médaille, et c’est encore de Salzbourg qu’ils sont venus quelque jour dans l’argenterie des Médicis, offerts probablement en cadeau à ses cousins de Florence par le princearchevêque Marx Sittich de Hohen-Embs, de même que le flacon et les cinq coupes d’or émaillé.
Coupe de lord Warwick. — (Pi. li.)
Château de Warwick (Angleterre).
Cette coupe a déjà été relevée et reproduite dans l’ouvrage intitulé : The art Treasures of the United Kingdom, or List of art Treasures frorn the art Exhibition at Manchester in 1857 (2). L’auteur, M. J. B. Waring, en parle ainsi :
« Coupe en argent doré, habituellement connue sous le nom de Coupe de Cellini , soigneusement travaillée au repoussé et ciselée. Cette noble coupe, dont lord Warwick peut avec raison se sentir fier d’être le possesseur, est à tous égards digne de Cellini. Si elle n’est pas sortie de ses mains, elle est l’œuvre d’un artiste d'un mérite égal dans ce genre de travaux.
« Il y a lieu de regretter que la longue et verbeuse inscription, gravée tout autour de la partie supérieure, se rapporte au sujet du bas-relief, les Fastes d'Annibal, plutôt qu’à l’artiste qui a reproduit cette œuvre magnifique ou au personnage pour lequel elle a été exécutée. »
La coupe est en argent doré; sa hauteur totale est de trente centimètres; sa forme, à peu près celle d’un calice. Le corps du vase est orné, au milieu, d’un bas-relief représentant la furieuse mêlée des guerriers d’Annibal et des armées romaines. Au-dessus et au-dessous, deux larges bordures de feuillages sont séparées de cette composition mouvementée par des inscriptions latines. Des feuillages décorent aussi la tige du vase et son pied, autour duquel se tiennent des satyres accroupis.
Cette belle pièce est depuis fort longtemps la propriété de la maison des lords Warwick, et toujours elle a été attribuée à Cellini, bien que d’ailleurs aucun document n’établisse cette origine. Sans contester le mérite de son exécution, on a douté pourtant qu’elle fût l’œuvre d’un artiste italien. Elle paraît appartenir à la première moitié du seizième siècle, et les pièces italiennes, celles de cette époque surtout, ont habituellement plus de grâce et de légèreté. La forme générale de celle-ci, un peu lourde, au contraire, et les profils aigus de la tige, ont fait supposer à plusieurs amateurs une origine germanique. Dans cet ordre d’idées, on a pensé à Hans Holbein, qui donna un grand
(1) Voir C. G. Heræus, pl. IV, 12.
(2) Ouvrage grand in-folio, avec planches, publie à Londres en 1858 par Day and Son.
nombre de dessins aux orfèvres anglais. Pourtant, la composition de ce calice ne se rapporte guère au caractère de ceux des dessins du maître qui nous sont parvenus.
En comparant la pièce, non pas à des objets d’orfèvrerie, mais à des vases de bronze italiens, on retrouvera au contraire des analogies et dans l’ensemble de la construction et dans’ les détails. La composition du bas-relief qui orne le corps de la coupe, les masques qui décorent la bordure supérieure, les figurines assises sur le pied, appartiennent bien, croyons-nous, à l’art italien, quoique toute l’œuvre soit en effet un peu lourde.
Deux Paix de la chapelle Riche.
Reiche Kapelle , à Munich.
Nulle part, ni dans ses Mémoires ni au Traité de 1 Orfèvrerie , Benvenuto ne dit qu il ait exécuté de ces bas-reliefs, représentant un sujet religieux encadré généralement dans une sorte d’édicule, et qui étaient destinés à recevoir le baiser de paix; d’où leur appellation de pace. Pourtant, comme cela était au nombre des travaux courants des orfèvres de son temps, il paraît bien probable que des ouvrages semblables ont dû lui être confiés. Dans ce cas, ils ont disparu, car des quelques paix auxquelles on a voulu attacher son nom, deux au plus, à notre connaissance, pourraient peut-être soutenir l’attribution, tandis que pour les autres il faut absolument 1 écarter.
C’est ainsi que l’on doit reconnaître comme germaniques les deux paix de la chapelle Riche, aujourd'hui encore attribuées à Benvenuto par quelques Guides. M. le doyen L. En’zler, conservateur de cette chapelle, que nous avons eu l’honneur de voir à Munich, nous a d’ailleurs lui-même exprimé la conviction que dans cette rare collection, renfermant tant d’œuvres intéressantes de l’art allemand au temps de la Renaissance, il ne se trouve qu’une seule pièce italienne, celle-ci exécutée à Venise, comme il résulte de la correspondance échangée entre le duc Albert V et son négociateur en cette
ville (i). ,,
La plus petite des deux paix, faussement attribuées lune et 1 autre à Cellmi, a du, selon toute vraisemblance, être exécutée à Munich; elle est en or.
L’autre, plus grande, est en argent doré. D’après les recherches nouvelles du conservateur, le travail d’orfèvrerie semblerait pouvoir être attribué au maître allemand Reirner (2). La pièce est ornée de deux petits tableaux : d’un côté, la Mise au tombeau; de l’autre, la Naissance de Jésus- Christ . , exécutés d'après Jean d’Achen, probablement par le peintre de la cour Wôrle. On y remarque le monogramme VV et la date I552’
On avait autrefois cru pouvoir aussi attribuer au Florentin deux autres objets de a chapelle Riche, qui depuis ont également été reconnus pour des ouvrages germaniques. Ce sont deux petits autels, dont le fond est en ébène et les figures en or. Sur 1 un est
(è) Voi '?QueUmschrifi<l flir Kunstgeschichte uni Kunsttechnik des MMelaltet’s und der Renaissance, etc., tome VIII; der Kunstbestrebungen am Baycrischcn Hofe, par le D' J. Stockbauer. Vien e, 1874. W. Braumüller (p. 13).
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
représentée la Flagellation ; sur l’autre, qui a la forme d'un triptyque, se trouvent trois compositions : au milieu, Y Adoration des Mages ; à droite, le Crucifiement ; à gauche, la Salutation angélique. Valentin Drausch pourrait être l’auteur de ces deux pièces. Ce maître orfèvre était né à Strasbourg, et l'on sait qu’il a travaillé à Augsbourg pour le duc de Bavière Guillaume V, mort en 1626. Dans ses lettres, publiées parle Dr J. Stockbauer (1), il est souvent question de semblables petits autels. Valentin Drausch était un artiste d’un grand talent, auquel le duc Guillaume V avait donné le titre d’orfévre de la cour. S'étant un jour, de sa propre autorité, rendu à Prague, il y fut retenu fort longtemps par l’Empereur Rodolphe II, qui, sans tenir aucun compte des réclamations, des prières, des plaintes et des marches réitérées du duc de Bavière, entendit garder à son propre service un orfèvre si habile, jusqu’à ce qu'il eût achevé l’exécution de toutes les commandes impériales.
Pour revenir à notre sujet, nous devons donc conclure qu’il n'y a rien de Cellini à la chapelle Riche; si les deux paix sont des ouvrages contemporains de cet artiste, elles sont, d’autre part, étrangères à l'art florentin.
Paix de i Argenterie des Médias. — (Pi. lu.)
Palais Pitti , à Florence.
Dans un encadrement architectural d'une composition assez lourde, se trouve un bas-relief qui représente Jésus au milieu des Apôtres, soulevant les plis de son manteau pour montrer à saint Thomas la plaie de son côté. Cette paix, en argent doré, haute de vingt et un centimètres et large de treize à la base, servait au culte dans la chapelle du palais Pitti. Ce n’est que depuis une quinzaine d'années qu’elle a été mise dans les vitrines de la galerie du rez-de-chaussée contenant l’argenterie des Médicis. L'attribution emprunte précisément tout son crédit à cette circonstance, que la pièce se trouvait depuis un temps immémorial dans la chapelle des successeurs de Cosme.
Le mouvement du Christ présente une certaine analogie avec celui du Précurseur dans le sceau du cardinal de Ferrare. Mais si l'on compare ensuite cette paix avec le sceau du cardinal de Gonzague, on trouve plus d'ampleur recherchée et plus de manière dans les plis des manteaux que portent les Apôtres sur la pièce du palais Pitti. Néanmoins, cette composition paraît italienne et contemporaine de Cellini. Nous n’en dirons pas autant du cadre, qui peut lui avoir été ajouté plus tard par un ouvrier flamand (2), car il rappelle de très-près les modèles de meubles gravés par Philippe Galle d’après Vredeman de Vries (3). La fleur de lys placée de chaque côté de la base ne présente pas le dessin habituel de la fleur de lys florentine ; elle semblerait plutôt appartenir au blason de la Maison de France ou à celui des Farnèse.
(1) Se reporter aux pages 135 à 144 de l’ouvrage cité dans la note précédente.
(2) Nous allons avoir occasion de parler ci-après du Flamand Bylivelt, qui fut au service du second fils de Cosme. — Souvent des plaquettes ont été encadrées pour être transformées en paix ; on en rencontre de nombreux exemples dans les pièces du Cabinet de M. G. Dreyfus, et dans une autre collection récemment acquise par le Louvre. Nous voulons parler de celle qu’avait formée avec un goût si sùr et si distingué notre regretté ami Charles Timbal.
(3) Voir Bibliothèque Nationale, Departement des Estampes, H b 34, p. 76 et suiv.
Bassin de nacre. — (Pi. Lin.)
Griine Gewôlbe , à Dresde.
Le fond du bassin est en nacre, la monture est en argent. Au milieu des ornements de la bordure se trouvent des bustes, presque en ronde bosse, d'empereurs romains et d'impératrices, au nombre de six. Le Catalogue du Trésor royal saxon fait remarquer qu’une pièce du Trésor de Vienne, qui a pu être un pendant à celle-ci, est attribuée à Cellini ; mais nous ne croyons pas que cette attribution ait été maintenue à Vienne, car le Trésor impérial autrichien, de l’avis de ses conservateurs actuels, ne possède qu’un seul ouvrage de Cellini : la Salière de François I .
Nous pensons que la monture du plat du Musée saxon pourrait être une œuvre italienne du milieu du seizième siècle ; mais le caractère d’ornementation de sa bordure ne se rapporte certainement en rien à celui des œuvres connues de 1 orfèvre florentin.
Nautile. — (Pi. liv.)
Trésor de la Reine, à Windsor.
Une grande coquille, avant la forme d'une nef, est portée par un Neptune monté sur un cheval marin. L’artiste a représenté, au sommet du couvercle, un Jupiter armé du foudre et posé sur l’aigle. Le pied du vase a la forme d’une écaille de tortue ; il est supporté par des sirènes en ronde bosse qui chantent en s’accompagnant de la guitare. D’autres sirènes bordent le couvercle, et quatre figures de femmes, posées en cariatides, relient la monture de la coquille.
Ce magnifique ouvrage fait partie des collections d’argenterie de la Reine d’Angleterre, au château de Windsor. Il a été quelquefois attribué à Benvenuto; nous serions plutôt porté à y voir la main d’un de ces habiles maîtres qui, au seizième siècle, produisirent tant de belles pièces d'orfèvrerie à Nuremberg, à Augsbourg et à Munich. Un Nautile dont la monture présente un travail semblable se voit au Musée de Dresde ( i ) ; un autre au Louvre, où il est classé dans l’orfèvrerie allemande (2). Le vase du château de Windsor est d’ailleurs assez beau en lui-même pour se passer d'attribution. La monture entière est en argent, et quelques parties en sont dorées, notamment l’armure et le vêtement de Jupiter, ainsi que le cheval marin. La hauteur totale est de cinquante et un centimètres ; la coupe en mesure vingt-quatre.
Marteau de jubilé du Pape Jules III. — (Pt lv.)
Musée National, à Munich.
Ce marteau est en argent doté, et mesure trente-huit centimètres de hauteur, y compris son manche d’ébène ; la partie d'orfèvrerie, vingt centimètres de haut sur vingt-cinq centimètres de large.
(1) N° 189 du Catalogue du Trésor royal saxon.
(2) N° 770. Notice des Émaux et de l’ Orfèvrerie , par M. Alfred Darcel.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
Au-dessus de l’arc formé par les deux côtés du marteau, dont une extrémité est plate et 1 autre tranchante, sont couchées deux figures d’hommes, se terminant en gaine. Elles sont repoussées et ciselées en ronde bosse. A l’intersection de l’arc et de la tige, l’artiste a placé deux chérubins ailés. Sur les deux côtés de la tige se lisent les inscriptions suivantes, gravées et niellées sur argent, dans deux petits cadres rapportés, fixés chacun par deux vis :
IVLIVS III . PONT MAX . IOB ILAEVM VIII . CON DIDIT . FE LICITER
PERCVS SIT PE TRAM ET FLVX ERVNT AQVÆ
C’est-à-dire : «* Jules III, Souverain Pontife , a ouvert heureusement le huitième jubilé. » — « Il a frappé la pierre, et les eaux ont coulé. »
La première inscription est surmontée des armes émaillées de Jules III : « d’azur à la bande de gueules chargée de trois monts d'or et accompagnée en chef et en pointe d’un double rameau d’olivier croisé par le pied. »
Un bas-relief représentant Moïse frappant le rocher est placé au-dessus de la seconde inscription. Les deux faces les plus étroites de la tige sont ornées d’une guirlande de fruits et de trois grosses têtes de clous.
Le Pape Paul III avait préparé ce grand jubilé, auquel il comptait bien présider; mais il mourut d’un accès de colère précisément en l’année 1550, et ce fut Jules III qui ouvrit cette fête solennelle, dans les premiers mois de son pontificat. A la vérité, Benvenuto, on le sait par ses récits, se rendit à Rome sous le pontificat de Jules III, pour régler quelques affaires avec Bindo Altoviti et solliciter Michel-Ange de la part de Cosme, en vue de le faire venir à Florence. Lors de ce voyage, peu s’en fallut qu’il ne s’engageât au service du nouveau Pape; mais rien n’indique que ce fut au lendemain de son avènement. D’ailleurs, un travail d’orfèvrerie tel que le marteau dont nous parlons ici exigeait une assez longue application, et il est certain que l’artiste quel qu’il soit qui l’a exécuté l’avait commencé sous le pontificat de Paul III. Or il est tout à fait invraisemblable que Paul III, qui haïssait Benvenuto depuis qu’il l’avait persécuté, lui ait confié cet ouvrage; d’autre part, l’artiste vivait alors à Florence, fort peu soucieux sans doute d’aller se remettre dans les mains du Pontife qui l’avait autrefois incarcéré au château Saint-Ange.
Mais est-ce bien à l’un des orfèvres de Paul III que l’on doit attribuer cette jolie pièce, dont nous avons vainement cherché la trace dans les comptes des maîtres de Rome qui furent au service de ce Pape et de son successeur? Le marteau ne pourrait-il pas avoir été exécuté à Augsbourg, à Munich ou à Nuremberg, pour un cardinal allemand qui l’aurait offert au Pape? Le caractère de la pièce nous semblerait indiquer,
en effet, une origine germanique. Quant aux armoiries du nouveau I ontife et aux inscriptions, elles ont dû être ajoutées à Rome au moment de la cérémonie.
On sait que le Souverain Pontife ouvre le jubilé en donnant le premier coup de marteau dans la porte jusque-là murée par laquelle doit entrer la foule des fidèles. De nombreuses médailles ont été frappées pour représenter cette cérémonie. La formule qui fait allusion à Moïse frappant le rocher : « Percussit petram et fluxerunt aquœ », doit donc s’entendre dans le sens absolu pour les premiers mots : « Il frappa la pierre », et dans le sens mystique pour les derniers : « Les eaux coulèrent », c’est-à-dire les eaux de la grâce.
En 1575, le marteau de Jules III fut offert par Grégoire XIII au duc Ernest, fils du duc Albert V de Bavière; plus tard, il devint propriété privée, et ce n’est quen 1865 qu’il entra par voie d'achat dans le Musée National de Bavière (1).
Sonnette, dite de Clément VII. — (Pl. lvi.)
Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres.
Dans sa collection de Strawberry Hill, commencée en 1749, et devenue une des plus riches et des plus intéressantes de l’Angleterre, le célèbre Horace AValpole, comte d’Orford, possédait cette pièce, qu’il prétendait être la sonnette du Pape Clément VII, exécutée par Cellini. Nous ignorons sur quelles preuves Walpole avait cru pouvoir fonder cette assertion. L’attribution était peut-être de pure fantaisie, et lui-même n’en était d’ailleurs sans doute pas l’auteur. A la fin du siècle dernier, sa collection fut vendue une première fois et passa en possession de la famille Waldegrave; puis elle fut vendue aux enchères en 1842. Le Catalogue (2) qui en fut alors dressé contient d’assez intéressants renseignements sur la sonnette dite de Clément \ II. Nous croyons devoir en donner la traduction :
« Un spécimen de l’art, œuvre vraiment magnifique et sans égale, qui peut être incontestablement désignée comme la perle de cet extraordinaire assemblage de tout ce qui est rare et précieux, c’est la fameuse sonnette d’argent faite expressément pour le Pape Clement II par cet artiste sans rival, Benvenuto Cellini. La surface de cet objet est couverte d’une quantité de sculptures du plus haut relief, représentant des masques antiques , des serpents , des mouches, des sauterelles et des insectes divers. Au sommet, se trouvent la Vierge et 1 Enfant avec des anges (3). La base est ornée d’une guirlande de feuillages dans laquelle s’entrelacent des lézards. Le°goût de l’ensemble du dessin est parfait, l’esprit de son exécution est unique. La représentation aussi délicate que naturelle des figures et des insectes, leur merveilleuse profusion, rendent presque croyable tout ce que l’inimitable artiste dit de lui-même dans sa l te.
(1) Un autre marteau a été remarqué à l’Exposition des arts du métal à Paris. Cet objet , qui appartient à M. Dupont- Auberville, est un bronze florentin du seizième siècle; il a été jeté à cire perdue et dore. L’une des branches de ce marteau est formée par une tète de serpent qui engoule un tronc d arbre. Au milieu ont été fixés, d’un côté, une médaille représentant une tête de guerrier romain casque ; de 1 autre, les armoiries du cardinal Jules de la Rovère, fils de François-Marie de la Rovère, duc d'Urbin, et d Rleonore de Gonzague (né 1535, cardinal 1549, mort 1578).
(2) Catalogue of ïhe classic contents collcctcd by Horace Walpole and sold at Strawberry Hill, with list
of priées and naines of purchascrs. In-40, 1784-1842. (Quinzième jour de vente, p. 1 2 3 r 7 • ) ^
(3) Le groupe en ronde bosse qui sert de «poignée à la sonnette nous paraît représenter plutôt une iai 1 t .
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
« Ce bijou extraordinaire demeura pendant une longue période dans la Collection du marquis Leonati, de Parme; puis il fut acquis par le marquis de Rockingham, qui l’échangea avec Horace Walpole pour des monnaies et des médailles très-rares de l’époque romaine. »
Le même Catalogue nous apprend que la sonnette a été acquise à la vente par le comte Waldegrave, pour la somme de deux cent cinquante-deux livres sterling. Une note autographe de Walpole, inscrite dans son exemplaire de V Essai de Pinkerton sur les médailles (i), relate en ces termes comment il avait acquis la sonnette d’argent :
« M. Walpole échangea une médaille unciale d’Alexandre Sévère, médaille en airain , unique, et portant l'Amphithéâtre au revers, plus environ soixante médailles romaines, rares et de grand module, avec lord Rockingham, pour la sonnette d’argent de Benvenuto Cellini. »
Telle est l’histoire de cette pièce, dont le propriétaire actuel ne croit pas l’attribution exacte, puisqu’il serait plutôt porté à considérer ladite sonnette comme un travail allemand, peut-être du célèbre maître Wenzel Jamnitzer, né à Vienne en 1508, mort à Nuremberg en 1585. Bien que la décoration un peu chargée puisse au premier aspect faire croire à une origine germanique, nous ne pensons pas pourtant devoir nous ranger à l’opinion qui classerait la pièce comme travail allemand. S’il y a excès dans la richesse des ornements, il n’y a point confusion, et les détails se déduisent bien nettement avec la grâce italienne. L'architecture, pour ainsi parler, de l’objet, est identique à celle de plusieurs sonnettes que nous avons attentivement comparées avec celle-ci dans le cabinet de M. Eugène Piot. Les sonnettes de M. Piot sont en bronze et d’un travail italien non douteux. On y retrouve, avec plus de simplicité, il est vrai, mais avec des dispositions toutes semblables, les mêmes zones de décoration, les mêmes guirlandes, les mêmes petits masques. Tout indique la communauté d’époque et d’origine.
Calice d'Eberard, archevêque de Cologne. — (Pi. lvii.)
Grüne Gewôlbe, à Dresde.
Ce magnifique calice provient de l’héritage de l’électrice Madeleine Sibylle, morte en 1659. Il est en or, enrichi d’émaux et d’une quantité de pierres précieuses; et c’est à juste titre qu’il passe pour un des chefs-d’œuvre de la collection d’orfèvrerie du Musée de Dresde. La décoration est d’une richesse inouïe. Le savant rédacteur du Catalogue du Trésor royal saxon, le docteur Th. Graesse, relève son attribution à Benvenuto. Sans vouloir en rien déprécier la valeur d’une pièce aussi remarquable, nous serions plutôt disposé à en faire honneur à un maître germanique ou flamand.
Sur la base de ce calice on voit, d’un côté, Jésus crucifié; de l’autre, les armes d’Eberard, comte de Mannsfeld, qui fut archevêque de Cologne de 1558 à 1562. La pièce est donc contemporaine de Cellini ; mais il nous paraît probable que le prélat a dû confier ce travail à quelqu’un de ces habiles orfèvres de Nuremberg ou de Munich
(1) Pinkerton' s Essay on Medals, 1789.
qui ont rempli de leurs œuvres les trésors des églises d’Allemagne. Par le nombre d Allemands qui s’étaient rendus en Italie dans la seconde moitié du seizième siècle, on peut deviner combien d'entre eux, de retour dans leur patrie, avaient pu y rapporter de leurs maîtres de Rome ou de Florence les enseignements qui leur ont permis de donner ensuite une certaine saveur italienne à leurs productions, notamment dans l’exécution des émaux. Cependant le caractère germanique et l’empreinte de son goût particulier se retrouvent alors dans les figures, le dessin et la construction générale des pièces. Les masques placés au nœud du calice, au milieu des pierreries et des émaux, sont à observer : l’artiste a cru devoir renverser ces masques, leur mettant la bouche en haut et les yeux en bas.
Petit Coffret a parfums de l'ancienne Collection Walpole.
Dans la Collection d’Horace Walpole (i) figurait un petit coffret d’ébène destiné à contenir des parfums, et dont les montures étaient attribuées à Cellini. Cette pièce, qui provenait, disait-on, du mobilier des grands-ducs de Toscane, a été adjugée au prix de trente-six livres sterling et dix shillings. Nous ne savons pas à qui elle appartient aujourd’hui, et nous ne la relevons ici qu’en raison de la célébrité de la collection par laquelle elle a passé. Avait-elle, en vérité, l'origine que l’on prétendait? Il y aurait alors à faire un rapprochement avec un objet analogue, un coffret d ébène offert par le grand-duc Ferdinand I" à Élisabeth, Reine d’Angleterre.
Le second fils de Cosme avait à son service un orfèvre flamand, nommé Jacques Bylivelt (2), sorte de factotum, qui s’occupait non-seulement des travaux de sa profession, mais aussi de surveiller l'exécution d'une foule d’ouvrages commandés par le prince, notamment de ces portraits de cours, que quelques peintres étaient sans cesse occupés à reproduire, les copies étant destinées à être offertes en présent à des Souverains amis. Bylivelt paraît avoir été chargé aussi de missions politiques toutes confidentielles, comme on l’apprend par une de ses lettres adressée au secrétaire du grand-duc (3), dans
(1) Voir ci-dessus, page 316. ,
(2) Jacques Bylivelt était né à Delft, comme le constate son testament, conservé à 1 Archivio Aotanlc de Florence. L’ Archivio Medicco possède de cet artiste un assez grand nombre de lettres donnant des indications sur divers travaux d’art que les successeurs de Cosme faisaient exécuter soit à Florence, soit ailleurs. Une pièce de comptabilité de f Archivio di Guardaroba révèle qu’il touchait une pension de vingt ecus florentins par mois. Il mourut le 17 février 1602.
(3) Voici la traduction de cette lettre {Cartcggio Medicco, filza 877) : . .
« Grâce à Dieu , nous sommes arrivés ici sains et saufs avec le signor Amengo. Tout aussitôt j ai ete
mandé à la cour de notre Sérénissime Reine. Introduit seul dans sa chambre, où nous avons parlé secrètement ensemble pendant l’espace de trois heures, je lui ai démontré combien est grande l’amitié et 1 affection du Grand-Duc envers Elle, et je n’ai pas manqué de lui donner avis de toutes les choses que le Grand-Duc m’avait ordonné de lui dire. En même temps, je lui ai présenté le coffret d’ébène renfermant les médicaments d’un si grand prix. Elle le reçut avec beaucoup d’empressement, et m’ordonna de le remettre a son médecin, ce que je fis. Ensuite je lui présentai les portraits, qui furent accueillis avec le plus grand empressement comme étant très-chers à Sa Majesté, à ce point qu’Elle n’a pas voulu se dessaisir de celui du Grand- Duc, et qu’Elle a déclaré vouloir le garder toujours auprès d’Elle. Pourtant Elle m’a permis d en faire prendre une copie, et ainsi Elle pourra toujours avoir l’original devant les yeux, car Elle dit que pour montrer combien est grande son estime pour un Duc si plein de mérites, ce n est pas trop que de possé ei
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
laquelle il rend compte de la conversation secrète qu’il eut avec la Reine d’Angleterre quand il lui présenta le portrait de Ferdinand et la cassette d'ébène dont nous voulons parler.
Or ce présent, apporté de Toscane à la Reine d’Angleterre par Bylivelt à la fin du seizième siècle, était une cassette à médicaments, destinée sans doute à contenir ces contre-poisons que les successeurs de Cosme se préoccupaient de fabriquer, et qu’ils offraient à leurs plus chers amis (1). Le coffret, catalogué dans la Collection Walpole comme cassette à parfums, peut avoir été une pièce de ce genre.
Coffret.
Palais Balbi-Senarega, à Gênes.
Ce coffret, en argent, malachite, écaille et argent doré, est enrichi de figurines flanquées de colonnettes. Les médaillons en bas-relief, les rinceaux et les feuillages qui ornent les panneaux, sont en argent. Le couvercle et les petites colonnes sont en malachite, avec quelques ornements d’argent doré. Les figurines en ronde bosse placées entre les colonnes et des têtes de femmes en haut relief sculptées sur les pieds, sont en argent. Quoique restauré en quelques parties (2), ce coffret est un joli objet de curiosité; mais son attribution à Cellini ne peut certainement pas être maintenue, car il est d’une époque postérieure. C’est probablement un ouvrage du dix-septième siècle.
portrait. Quant aux. deux autres, Elle veut qu'ils soient placés dans un endroit où Elle puisse les voir trèssouvent, tant Elle témoigne les avoir tous en haute estime. Comme Sa Majesté va écrire Elle-même au Grand-Duc pour le remercier, je n’en dirai pas davantage sur ce point; j’ajouterai seulement que si la lettre de la Reine ne part pas avec celle-ci, cela tient à ce que son secrétaire, à cause de l’état de sa femme, n’est pas venu à la cour depuis que je suis arrivé ici. Mais aussitôt qu’il viendra, la lettre sera écrite, et j’irai la prendre, parce qu’ainsi j'aurai un entretien avec ledit secrétaire, dans lequel on me dit que je puis avoir confiance, et qui fera en sorte que l'affection de Sa Majesté pour Son Altesse soit augmentée et que dorénavant le Grand-Duc ne soit plus desservi. En attendant, je prie Votre Seigneurie très-chaleureusement de vouloir bien me communiquer chaque semaine les nouvelles de Rome ainsi que celles d’Espagne, ayant assuré la Reine que Votre Seigneurie apportera la plus grande promptitude dans la transmission desdites nouvelles que Sa Majesté attend avec la plus vive impatience. Quant à moi, je vous serai trèsreconnaissant de me tenir au courant. Ici , une grande flotte est prête à mettre à la voile pour aller en Espagne sous les ordres du comte d’Essex. En Flandre, on a massé deux mille hommes des Pays-Bas sous les ordres du Cardinal d'Autriche. Je prie Votre Seigneurie, etc.
« D’Anvers, le 19 février.
« Votre serviteur très-affectionné, lâches Bylivelt.»
La lettre ne porte pas de millésime, mais les circonstances qu'elle relate indiquent la date de 1596 : c’est alors que le comte d’Essex préparait son expédition d’Espagne, et que dans les Flandres une armée allait opérer sous les ordres du cardinal Albert d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, au nom de Philippe II, son oncle. L archiduc Albert d’Autriche, sixième fils de Maximilien II, d’abord cardinal- archevêque de lolède, puis vice-roi de Portugal, devait, comme on sait, renoncer à la pourpre, pour épouser en 1598 Isabelle-Claire-Eugénie, fille du Roi d'Espagne, et devenir souverain de fait des Pays-Bas catholiques.
Bien que pour une raison quelconque la lettre de Bylivelt soit datée d’Anvers, c’est évidemment d’Angleterre qu’elle a été écrite, car tout indique clairement que c’est auprès de la Reine Élisabeth que le messager du grand-duc de Toscane eut à remplir alors cette mission confidentielle. Ferdinand jouait un double jeu entre Philippe II et les ennemis de l’Espagne. La Reine d’Angleterre, de son côté, s'efforçait de flatter un prince qui, par ses richesses et sa situation au cœur de l’Italie, pouvait servir utilement sa politique.
(1) Voir Armand Baschet, la Diplomatie vénitienne , les Princes de l' Europe au seizième siècle , p. 140.
(2) En plusieurs endroits, la malachite a été remplacée par de l’ivoire peint en vert.
Armoire ou Cabinet.
Galerie de l’ancien Palais ducal , à Modène.
Quantité de meubles sculptés, armoires, coffres, cabinets, ornés de figurines en cuivre ou en bronze doré, ont été depuis un siècle attribués sans raison à Cellini, qui ne dut vraisemblablement pas se livrer à des travaux de ce genre. Sans doute, dans 1 inventaire de sa boutique, dressé à Rome par le notaire en 1538, il est fait mention de plusieurs coffrets et d'une petite armoire fermant à clef, sculptée et ornée de beaucoup de petites figures : « Un armarietto intarsiato chiauato, con moite figure sopra »; mais il nous paraît évident que ce sont là tous objets d'ameublement à son usage, d ailleurs absolument étrangers à son art.
Des meubles de ce genre ont été fabriqués en grande quantité en Italie et en Allemagne. Il en est un au Musée du palais ducal de Modène que les Guides imprimés persistent, bien à tort, à mettre sous le nom de Benvenuto. On sait maintenant le nom dun artiste allemand qui en exécuta un nombre considérable : c’est maître Valentin Drausch, qui travaillait à Augsbourg dans la première moitié du dix-septième siècle (1). Le cabinet du Musée de Modène pourrait bien être un ouvrage germanique.
Coupe et son plateau , en corne de rhinocéros.
Trésor Royal , à Munich.
Nous n’avons pas jugé utile de reproduire cette pièce, que M. Labarte a donnée en chromolithographie, dans la planche LXXII de la première édition de son Histoire des arts industriels au Moyen Age et à V époque de la Renaissance, en l’accompagnant de la notice suivante :
« La monture de cette coupe, qui appartient au Trésor de Sa Majesté le Roi de Bavière, est attribuée à Benvenuto Cellini. Si elle n’est pas du grand orfèvre italien, elle est au moins de son école. On v retrouve sa manière de traiter les figurines dont il décorait les bijoux et de monter les pierres’fines. Le médaillon central a pour sujet la Toilette d’Amphitnte; au-dessus, on voit Jupiter sur son aigle, accompagné de deux figures de femmes couchées; ces figurines sont exécutées au repoussé et émaillées de blanc. De l’autre côté, il existe également un medai Ion, au centre duquel est une pierre fine, qui est soutenue par deux enfants nus; au-dessus de a pierre sont deux chevaux ailés : ces figures sont également exécutées au repoussé et emaillees de blanc. A l’intérieur de la coupe, au-dessus d’un piédestal chargé de pierres fines qui se termine dans une forme hémisphérique, s’élève un dauphin qui supporte une coquille dans laquelle sont assis Neptune et Amphitrite : ces figures de ronde bosse sont exécutées au repousse (2). c p ateau...
net- m Antp pn
L’attribution à Benvenuto n’a pas été maintenue à Munich. Les deux pièces sont aujourd’hui considérées comme allemandes, et avec beaucoup de raison, croyons-nous.
(1) Voir plus haut, page 313. , r
(2) M. de Lasteyrie a parlé ainsi de cette pièce : « A Munich, on conserve également une coupe de forme très-bizarre, en corne de rhinocéros, dont la riche monture, toute composée de figurines et d ornements en or émaillé, passe pour être l’œuvre du grand orfèvre florentin. » — Histoire de V Orfèvrerie , page 219. Paris, Hachette.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
Les masques dont le vase est orné nous paraissent notamment avoir tout le caractère germanique.
Coupe.
British Muséum.
La partie supérieure de cette coupe, en argent repoussé, est divisée en six lobes, sur lesquels sont représentés en bas-relief des sujets tirés sans doute des Métamorphoses d'Ovide : Dédale et Icare, Arachné, Apollon et Marsyas, etc. Les six autres lobes, formant le fond du vase, montrent de petits Amours portant des instruments de musique. Sous chacun d'eux on lit une légende : Sut amans se perdit et ipsum. — Brevis at damnosa voluptas. ■ —
Virtus sine fine virescit, etc. Le piédouche est formé de trois têtes de béliers ; sur ce pied rampent des reptiles et d’autres animaux.
Cette pièce, après avoir été attribuée à-Cellini, a été récemment reconnue pour un travail allemand, et l’on peut presque avec certitude en désigner l’auteur. La forme, en effet, se rapproche beaucoup de celle d’une autre coupe, celle-là exposée au South Kensington Muséum, et qui paraît bien être de la même main. Or, on sait l'origine de cette dernière. C’est Wenzel Jamnitzer, le célèbre orfèvre de Nuremberg, qui l’a lui-même donnée avec une autre semblable à la corporation des orfèvres de cette ville. Lorsque cette corporation fut dissoute, une des coupes fut acquise par la cité de Nurem- coupe du BrUis/i Muséum.
ber g, et l’autre par un particulier, M. A. Pic- Travail allemand.
kert, qui la cédée au South Kensington Muséum pour le prix de cent cinquante livres sterling (i).
Aiguière du Palais Dura^o.
Palazzo Durazzo, à Gênes.
Cette aiguière, en argent, a été rapportée par M. Ferdinand de Lasteyrie, qui en a
(i) Confronter au Musée de Cluny (n" 5249 du Catalogue) une reproduction galvanoplastique de la coupe de Nuremberg. — Voir GoM ami Silver SmitKs Work (page 131), by John Hungerford Pollen. London Chapman and Hall. — Dans l’œuvre gravé d’Altdorfer et dans celui des trois Hopfer, on trouve plusieurs vases qui, sans être absolument semblables, ont des formes analo<mes.
donné une gravure dans son Histoire de l'Orfèvrerie. L’auteur exprime d’ailleurs, et très -judicieusement, des doutes sur l’exactitude de l’attribution de cette pièce à Benvenuto. Elle est, en effet, d'une époque de beaucoup postérieure. La manière dont sont traités les feuillages, leur agglomération tellement resserrée que le fond n’est plus qu’à peine visible, offre le caractère d’ornementation que M. H. Barbet de Jouy fait observer sur une cassolette de la Galerie d’Apollon (i), comme ayant été poussé à son plus haut point de perfection sous le règne de Louis XIII, pour s’altérer ensuite avec les orfèvres de l’époque de Louis XIV .
Diane chasseresse.
Musée National, à Naples.
Cette pièce mécanique, en argent doré, qui a probablement servi aux jeux de quelque jeune prince de la maison Farnèse, provient de l’ancien Museo Borbonico. Elle représente Diane montée sur un cerf, et avant près d’elle le génie de la chasse.
Ce travail, absolument étranger à Benvenuto, bien qu’on le lui ait attribué, appartient à l’art germanique. Il existe des ouvrages analogues dans plusieurs collections, notant ment dans le Trésor impérial de Vienne. Une Diane chasseresse presque semblable faisait partie de la Collection de San Donato. Lors de la vente, elle a été attribuée à Wenzel Jamnitzer (2).
Chandeliers.
Trésor de Saint-Marc , à Venise.
Cette attribution est une de celles qui se réfutent d’elles-mêmes sans qu il soit besoin de les discuter; et cependant, la plupart des Guides imprimés persistant a 1 enregistrer, nous devons en dire un mot. La décoration de ces deux grandes et superbes pièces d’argent doré appartient au gothique fleuri le plus riche. Quelques amateurs les considèrent comme travail vénitien; d’autres, avec plus de raison, il nous semble, croient y reconnaître une œuvre allemande de Munich ou de Nuremberg. Quoi qu'il en soit, on sait que ces chandeliers ont été offerts à l’église ducale par Cristoforo Moro (3). Or, ce doge, élu en 1462, est mort le 9 septembre 1471, c’est-à-dire vingt-neuf années avant la naissance de l’orfévre florentin.
Salière.
Corporation des marchands de vin, à Londres.
Cette pièce, en argent doré, est de forme quadrangulaire ; l'édicule a trente centi-
(1) A 'otice des gemmes et joyaux. N° 42, série E. 1876. , journal
(2) Une gravure sur bois de la Diane chasseresse de la Collection San Donato a paru dans le journal
t^Gnide trènise de Selvatieo les donne pour ouvrage vénitien, en indiquant leur véritable époque : Lavoro d'orafi Veneti, durante Cristoforo Moro (1462-1471). » On connaît une médaillé de Cristoforo doro, exécutée par un artiste qui signait « Ant. » — Voir Armand, Midailleurs italiens.
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
mètres de haut sur onze centimètres de large. Sur chacun des panneaux sont sculptées en relief quatre Vertus. Des cariatides se terminant en gaines sont placées aux angles. Quatre sphinx font l’office de pieds. Le couvercle est surmonté d’un vase sur lequel est placée une figurine de femme debout. Le bouclier qu’elle tient porte les armes de la corporation des marchands de vin de Londres, à laquelle la salière a été offerte en ij'02, par un ancien maître de la compagnie, nommé John Powel, ainsi que le constate une inscription. M. Wilfred Cripps, dans un ouvrage consacré à la vieille orfèvrerie anglaise, a relevé cette salière, longtemps attribuée à Cellini, mais qu’il considère comme un travail exécuté à Londres. Elle porte en effet la marque ci-contre,
connue, paraît-il, pour être un poinçon anglais. En tout cas, la pièce n’appartient certainement pas à Benvenuto.
Coffret de la Confession de Saint-Pierre.
Église de Saint-Pierre de Rome.
Ce coffret, en argent doré, qui se voit dans la chapelle souterraine, près des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, ad limina Aposiolorum, contient le pallium que le Pape adresse aux archevêques et aux rares évêques auxquels cette haute distinction est accordée. Montré aux visiteurs comme œuvre de Benvenuto, il est en réalité de deux siècles postérieur à l’artiste; il porte le blason de Benoît XIV (Prosper Lambertini), qui fut Pape de 1740 à 1758. Par un examen un peu attentif, il est facile de se convaincre que les armoiries n’ont pas été rapportées à une époque postérieure à l’exécution de la pièce.
Nous arrêterons ici nos notices sur les pièces d’orfèvrerie attribuées à Benvenuto. Par les documents que nous venons de grouper dans ce chapitre, on se sera suffisamment rendu compte du petit nombre de celles qui peuvent être maintenues avec de bonnes et sages présomptions, et du nombre beaucoup plus grand qu’il en faut écarter par des raisons péremptoires. Si nous voulions relever tout ce que la fantaisie ou un zèle peu réfléchi a mis sous le nom de l’artiste florentin, nous devrions écrire des volumes. Bornons-nous, pour clore ce chapitre, à mentionner un fait vraiment curieux dans cet ordre d idées. Il y a deux ans, nous avons vu dans une galerie faisant partie de l’Académie des beaux-arts d’une des grandes villes de l’Italie un moulage en plâtre soufré, placé avec honneur au milieu d'une salle, et portant une étiquette imprimée avec le nom de Benvenuto Cellini. La pièce est, en effet, magnifique, et l'artiste qui en est l'auteur a donné un tel souffle michelangélesque à ses figures, que ce n’était pas se tromper grossièrement que de prendre à première vue un tel ouvrage pour un travail du seizième siècle. Aussi voudrions -nous éviter de désobliger la personne de nous inconnue, qui a commis la méprise. A qui n’en échappe-t-il pas dans ces questions délicates, où l’erreur prend quelquefois, avec tant de ruse contre notre bonne